
Mis en ballotage pendant le covid, les déplacements professionnels sont revenus près des niveaux d’avant la pandémie. C’est donc qu’ils ont un vrai sens économique pour les entreprises, comme le montre la dernière étude d’American Express.
Arnaud Bernet – Le voyage d’affaires a longtemps été considéré comme un centre de coûts. A travers cette étude (*), nous avons cherché à comprendre la perception des dirigeants d’entreprises, des plus petites jusqu’aux très grandes, sur ce sujet souvent appréhendé sous l’angle budgétaire. Or, par-delà le coût, il apparaît clairement que les entreprises ne dépensent pas cet argent pour rien. Si 93% d’entre elles effectuent des déplacements professionnels, c’est qu’elles y trouvent un sens économique. Deux tiers des dirigeants interrogés considèrent que les voyages permettent de développer leur chiffre d’affaires. Pour 56% d’entre eux, il serait même impossible que leur entreprise se développe sans ces déplacements professionnels.
Les habitudes ont évolué avec la pandémie. Pour autant, le virtuel n’a pas réellement pris la place des rencontres physiques.
A. B. – Ce que l’étude met en lumière, c’est que les voyages d’affaires ont évolué depuis cinq ans, une perception partagée par 55% des dirigeants. La dimension virtuelle est certes de plus en plus importante, mais pour autant le virtuel n’a pas remplacé ces déplacements, que ce soit sur le plan local, national ou international, au regard d’une vraie dimension économique. Aujourd’hui, 70% des dirigeants plébiscitent le présentiel, que ce soit pour fidéliser leurs clients ou aller chercher de nouveaux prospects, de même qu’en interne, pour la cohésion des équipes et la formation, pour 60% d’entre eux. Le virtuel ne se substitue pas aux rencontres physiques, les deux sont complémentaires.

Ce besoin de voyager est-il identique selon la taille des entreprises ?
A. B. – Quand on parle des voyages d’affaires, on a souvent à l’esprit les grandes entreprises ou les ETI. Mais cette étude interroge tous les types de sociétés à partir de 10 salariés. Quelle que soit leur taille, et toutes ont une même perception de l’importance des voyages d’affaires pour leur développement commercial et économique. Si, dans les entreprises de 500 salariés et plus, 79% des employés effectuent des déplacements professionnels, ce chiffre atteint les 82% pour celles de 50 à 99 salariés. Quant aux entreprises de moins de 20 salariés, il est de 63%. Les pourcentages peuvent varier légèrement, mais cette volonté de se déplacer est généralisée à tout le prisme des entreprises.
Les grandes et les petites entreprises se déplacent-elles autant à l’international ?
A. B. – Dans les grandes entreprises, un tiers des déplacements se fait à l’international, en Europe en majorité (84% des déplacements), mais aussi en Asie (29%) et en Amérique du Sud (16%). Pour les entreprises de 50 à 99 salariés, si les déplacements internationaux ne s’élèvent qu’à 12%, on observe une grande diversité des zones géographiques visitées. L’Europe reste en tête, avec 68% des déplacements, devant l’Asie (32%), l’Amérique du Nord (21%), l’Afrique (14%) et l’Amérique du Sud (14%).
Quelles contraintes encadrent aujourd’hui les déplacements professionnels ?
A. B. – Plus que des contraintes, deux défis sont mentionnés par les dirigeants d’entreprise. Le premier, c’est évidemment la dimension économique. Le retour sur investissement des voyages d’affaires est étroitement scruté. La maîtrise budgétaire est un élément clé, la gestion des coûts étant le principal défi pour 35% des dirigeants interrogés. Le second défi, c’est évidemment la RSE. Dans ce cadre, 26% des dirigeants se déclarent plus respectueux de l’environnement dans l’organisation des déplacements qu’auparavant.
Comment répondre à ces défis ?
A. B. – La première idée est une plus grande automatisation des processus, pour une meilleure visibilité et donc un meilleur contrôle. Dans ce cadre, les grandes entreprises sont souvent mieux équipées que les plus petites en raison du coût des différents outils. 54% des entreprises de plus de 500 salariés disposent ainsi d’un outil de réservation et 68% ont un outil de notes de frais, quand 53% d’entre elles reposent leurs déplacements sur une agence de voyage. Si on réfléchit au voyage de bout en bout, il commence par une réservation et se termine par un paiement. Le fait d’avoir des outils de réservation et de gestion des notes de frais, et d’être accompagné par une agence de voyages, améliore d’autant la visibilité et le contrôle sur les dépenses.
Comment les solutions de paiement participent-elles à une meilleure maîtrise budgétaire des voyages d’affaires ?
A. B. – C’est la dernière brique. Le fait de mettre en place un moyen de paiement unique à travers l’entreprise – une carte logée de façon centralisée ou des cartes corporate distribuées auprès des voyageurs – permet à l’entreprise et aux travel managers d’avoir accès aux données liées aux voyages de leurs collaborateurs. Et, grâce à cette visibilité, de trouver des sources d’économies. Par exemple, American Express accompagne ses clients grandes entreprises avec des éléments de benchmark sur leurs performances achats. Ils peuvent ainsi savoir si, sur un vol Paris-New York, ils ont un meilleur ou un moins bon tarif comparé à leurs pairs.

Cette visibilité s’applique non seulement sur le budget voyages, mais aussi sur l’empreinte carbone.
A. B. – Tout à fait. La source de l’information est identique. Le fait de capturer l’ensemble des dépenses réalisées par les collaborateurs permet aussi de comprendre le poids de l’empreinte carbone des déplacements effectués par l’entreprise, grâce à nos tableaux de bord automatisés qui s’appuient sur des méthodologies de calcul reconnues dans l’aérien ou l’hôtellerie. D’où notre capacité à calculer le poids CO2 d’un vol ou d’un séjour en fonction de la classe de voyage ou de la catégorie de l’hôtel. Ce qui donne au travel manager une visibilité directe de l’empreinte carbone du déplacement. Pour aller plus loin, nous avons un service de consulting qui fait des recommandations pour réduire l’empreinte carbone des voyages d’affaires.
L’étude d’American Express porte sur toutes les tailles d’entreprise. Pour autant, vos produits sont-ils accessibles à toutes ?
A. B. – American Express accompagne tous les types d’entreprises, de la TPE jusqu’aux sociétés du CAC 40, du dentiste qui utilise une carte business aux multinationales qui vont utiliser nos différentes solutions de paiement. A toutes ces entreprises, la première valeur qu’apporte American Express est avant tout une meilleure gestion de trésorerie, avec des délais de paiement offerts par nos solutions centralisées ou individuelles.
L’écosystème du voyage d’affaires est en constante évolution, avec de nouveaux entrants, de nouveaux besoins. Comment vos solutions se fondent-elles dans ce paysage ?
A. B. – Un des autres piliers de notre valeur est d’être capable d’être interopérable avec l’ensemble des acteurs de la chaîne du voyage : les outils de réservation et de gestion des notes de frais, les agences, les spécialistes de la réservation hôtelière. Comme chaque client fait appel à des fournisseurs différents, notre enjeu au quotidien est de répondre à leurs besoins, quels que soient les fournisseurs auxquels ils font appel. Nous avons une équipe dédiée à s’assurer que les flux de datas et d’informations soient parfaitement branchés avec tous ces autres acteurs, en conformité avec les normes en matière de cybercriminalité ou de fraudes. Nous veillons le marché en permanence pour connaître tous ces nouveaux acteurs.
La portée de vos solutions a-t-elle récemment évolué ?
A. B. – Sans parler de nouveaux produits, nous faisons sans cesse évoluer l’un de nos produits phare, la carte logée, lancée de façon pionnière il y a déjà plus de vingt ans. Elle marche très bien dans l’univers aérien ou rail, et nous la développons de plus en plus dans l’hôtellerie. Un univers particulier, plus éclaté, avec un nombre d’intervenants conséquent. Depuis trois ans, nous sommes capables de proposer une carte logée qui fonctionne avec l’hôtellerie au quotidien, en travaillant avec un tiers qui nous sert de connexion directe avec les groupes et les indépendants. Ce qui s’ajoute aux liens que nous pouvons avoir avec les principaux acteurs de la réservation hôtelière.
Les entreprises cherchent aussi à gagner en visibilité sur leurs dépenses MICE. Est-ce un secteur que vous regardez ?
A. B. – Le MICE est en effet un axe de développement majeur. Et ce sujet est revenu au centre des discussions depuis l’année dernière au sein des entreprises, qui cherchent encore à ce que leurs équipes se retrouvent, pour la cohésion, l’esprit d’équipe, la culture d’entreprise. Dans ce domaine aussi, nous pouvons apporter de la valeur à nos clients, avec la capacité de payer les fournisseurs pour faire en sorte que les entreprises aient cette visibilité complète sur les dépenses MICE. Selon les fournisseurs, cela peut se faire via une carte individuelle ou via un outil centralisé comme notre carte logée, les acteurs majeurs du MICE l’acceptant comme moyen de paiement.
(*) Une enquête réalisée en ligne avec viavoice du 27 mai au 14 juin 2024 auprès d’un échantillon représentatif de 500 dirigeants d’entreprises de 10 salariés et plus en France.


















