Les compagnies africaines dans l’oeil du cyclone

Conséquence logique - et mondiale - de la crise : les compagnies africaines souffrent depuis un an. Et attendent impatiemment le retour des voyageurs d'affaires, peut-être grâce au pass sanitaires, sous peine d'assister à d'autres faillites...
ethiopian addis abeba
La nouvelle aérogare pour Ethiopian Airlines à Addis Abeba.

L’évaporation du trafic aérien international vers le continent africain pendant plusieurs mois va laisser des traces. Au total, même avec la reprise de la seconde moitié de l’année 2020, la région ne devrait pas avoir attiré plus de 45 millions de passagers sur l’année, contre 155 millions en 2019. Pire : le retour à ce niveau de 2019 ne serait pas envisageable avant 2023, selon l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA). En cause : les restrictions d’entrée dans l’Union européenne pour les voyages non essentiels qui persistent pour les ressortissants de tout le continent, à l’exception du Rwanda.

La reprise des vols domestiques, en train de se dessiner, n’est pas suffisamment robuste pour épargner un secteur vital pour l’économie du continent : le transport aérien constitue en Afrique le cœur de la chaîne à valeur ajoutée de l’industrie du voyage et du tourisme. Ces deux secteurs contribuent à l’économie du continent à hauteur de 169 milliards de dollars et représentent 7,1 % de son PIB, tout en faisant vivre près de 25 millions de personnes. Dès le printemps dernier, l’IATA avait tiré la sonnette d’alarme en estimant que les compagnies aériennes africaines perdraient 4,2 milliards de dollars en 2020.

faire en sorte de survivre à cette crise globale et en sortir plus forts

La première des compagnies africaines et la plus prospère, Ethiopian Airlines, se disait elle-même très affectée. Son président, Tewolde Gebremariam, avait révélé des pertes de 550 millions de dollars entre janvier et avril 2020 et avait décidé de se battre contre l’adversité en adaptant la compagnie aux besoins de la crise sanitaire : « nous nous concentrerons sur le transport des marchandises, un segment qui se porte bien parce qu’il y a un besoin urgent de fournitures médicales dans le monde entier. Nous essayons de convertir nos avions de passagers en avion-cargo, et pour ce faire nous sommes en train d’enlever les sièges des cabines pour utiliser ces dernières dans le transport de marchandises, faire en sorte de survivre à cette crise globale et en sortir plus forts », déclarait- il au printemps dernier.

Pas moins de 25 appareils de la flotte Ethiopian Airlines ont été convertis en cargo les mois suivants pour acheminer les énormes besoins de matériels de santé délivrés à l’Afrique. L’évolution de la crise a donné raison au PDG de la compagnie puisqu’en janvier dernier, à rebours de la tendance internationale, la demande de cargo des compagnies aériennes africaines a augmenté de 22,4 % par rapport à la même période de 2019, tirée par les échanges Afrique-Asie.

Cela n’empêche pas le bilan de rester sombre : d’après les chiffres les plus récents compilés par l’International Civil Aviation Organization (ICAO), les pertes de revenus des compagnies africaines se sont montées à 14 milliards de dollars sur l’année. D’après l’AFRAA, l’Association des compagnies aériennes africaines, un soutien des Etats africains de près de 2,5 milliards de dollars est nécessaire pour combler les pertes. Mais en face, seulement 311 millions d’euros ont été promis par les gouvernements du Rwanda, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Burkina-Faso et plusieurs autres organisations internationales pour contribuer à redresser le secteur.

Quatre compagnies en faillite, concentration en vue

Entre temps, les dégâts sont là : quatre compagnies africaines, dont l’emblématique South African Airways et la compagnie nationale de Namibie, Namibia Airlines, ont fait faillite, et deux autres sont en procédure de redressement judiciaire. Les pertes de Kenya Airways, qui était déjà déficitaire, ont triplé à 329,6 millions de dollars et la compagnie a dû se mettre à la recherche de nouveaux partenaires, Air France-KLM mettant fin en septembre à la coentreprise entre les deux compagnies.

Même Ethiopian Airlines, qui a assuré une large part des transports logistiques du continent et de nombreux vols de rapatriements pendant la crise sanitaire, souffre. Installée au cœur du hub est-africain d’Addis Abeba, elle se sent pourtant encore suffisamment robuste pour oser penser à la reprise de South African Airways. De quoi ouvrir la voie à une concentration du secteur en conséquence de la crise.

Pour l’heure, ce sont les conditions de la sortie de la crise sanitaire qui mobilisent les compagnies africaines. Kenya Airways et Ethiopian Airlines testent actuellement un nouveau système de passeport numérique Covid développé par les Centres africain de Contrôle et de Détection des maladies et destiné à aider les passagers et le personnel aéroportuaire à authentifier les certificats des tests avant les départs. Ce « Trusted Travel Pass » pourrait être prochainement déployé dans tous les pays membres de l’Union africaine en vue de standardiser les protocoles de déplacements aériens sur tout le continent. Et de redonner des ailes aux transports aériens du continent.