Emirates pourrait précipiter la fin de l’Airbus A380

Emirates et Airbus discutent de l'avenir de l'A380 qui - douze ans après son inauguration - ne semble plus adapté à la demande. La mise à jour stratégique de la compagnie pourrait mettre fin au programme de production de ce géant des airs.

Emirates
L'A380, pilier de la flotte Emirates

Voilà à peine douze ans que l’Airbus A380 effectuait son premier vol commercial, sous les couleurs de Singapore Airlines. Ses jours semblent aujourd’hui comptés. De fait, cet appareil, qui peut accueillir jusqu’à 600 passagers est un demi-succès. Il n’est présent que dans la flotte de 15 compagnies internationales dans le monde, dont en Europe Air France, British Airways et Lufthansa.

Airbus indique d’ailleurs qu’en janvier 2019, un total de 313 avions avaient été commandés ou étaient en commande, dont 162 appareils (109 étant déjà en service au 1/01/2019) pour la seule Emirates Airlines. Dans le monde, Airbus recense 232 A380 actuellement en service, qui desservent actuellement plus d’une soixantaine de villes dans le monde, dont Nice et Paris dans l’Europe francophone. On cherchera en vain des compagnies US ou africaines dans ce palmarès…

L’avion avait été lancé pour pallier à l’absence de capacités aéroportuaires sur les très grands hubs aériens de la planète. Car à Londres Heathrow, New York JFK, Tokyo Narita, Hong Kong ou Paris CDG, les créneaux horaires pour les avions se font de plus en plus rares depuis des décennies. L’Airbus A380 avec sa capacité de 500 à 600 passagers apparaissait comme idéal pour permettre aux compagnies aériennes d’augmenter leur capacité en sièges à nombre de mouvements constants.

Excellent raisonnement. Sauf qu’en dix ans, l’industrie du transport aérien a totalement changé. On peut citer pêle-mêle l’émergence de nouveaux avions plus confortables et moins gourmands en carburant ou la multiplication des lignes de point à point avec le lancement de vols intercontinentaux depuis des destinations secondaires.

Une telle situation commence même à générer des problèmes de stratégie pour la compagnie Emirates. Le transporteur de Dubaï avait lié une grande partie du développement de son réseau en corollaire avec l’acquisition d’A380. Elle est de fait la compagnie qui en exploite le plus au monde, à hauteur de 40 % du total de sa flotte.
Aujourd’hui, Emirates semble atteindre les limites de cette stratégie. Elle a du mal à trouver de nouvelles lignes aériennes qui supporterait – économiquement parlant – la mise en service d’un A380. De plus, l’énorme capacité générée par ce géant des cieux, force la compagnie à offrir des prix relativement bas afin de remplir ses appareils. Le revenu passagers/km (RPK) chez Emirates est l’un des plus bas de l’industrie. Selon Bloomberg, il atteignait 6,891c/RPK contre 11,016c pour Lufthansa, 9,049c pour IAG et 7,431c pour Singapore Airlines.

L’époque est de fait à des vols directs sans escale sur des lignes de point à point exploités par des avions de plus faible capacité. C’est par exemple le cas de la ligne Londres Heathrow-Perth de Qantas, exploitée en B787 et qui permet en conséquence d’éviter l’escale de Dubai… Et ce n’est que le début !

Or Emirates est la seule compagnie au monde à n’exploiter que des avions de grande capacité, désignés comme avions à double couloir. Emirates semble donc perdre en flexibilité face à la concurrence.

Aussi, le transporteur de Dubaï réfléchirait, selon l’agence de presse Bloomberg, à convertir 20 de ses 53 A380 en commande pour un modèle plus petit, comme l’Airbus A350 ou même la future version de l’Airbus A330 équipé de nouveaux moteurs. Une telle décision pourrait s’avérer fatale à l’A380, un programme de production qui semble ne toujours pas être rentable chez Airbus. Mais Emirates n’a de fait guère le choix pour se muscler commercialement face à la concurrence des autres transporteurs du Golfe, Qatar Airways en tête.

Début février, dans un communiqué, Airbus « confirme être en discussions avec Emirates au sujet du contrat A380 », ajoutant que le contenu des négociations était confidentiel. Mais une rapide décision est attendue sur l’avenir de cet avion, qui reste malgré tout l’un des plus appréciés des passagers pour son calme et son espace.