Baromètre IFTM x EPSA : croissance, modération tarifaire et consolidation

Le baromètre IFTM x EPSA montre une croissance toujours présente pour le voyage d’affaires, encadrée par des hausses tarifaires maîtrisées et une vague de consolidation entre les acteurs.

« Le voyage d’affaires est le miroir de l’actualité économique, de la confiance des entreprises », constate Christophe Roth, directeur Associé – BU Expertises Conseil du groupe EPSA. Selon la 15e édition de son baromètre, dévoilé en partenariat avec le salon IFTM, le secteur ne s’en sort pas si mal que ça dans un environnement complexe. Avec de bonnes nouvelles comme la fin des croissances tarifaires à deux chiffres ou une croissance, certes « molle » mais plus forte qu’imaginée, et de moins bonnes, que ce soit le flou politique en France et, plus globalement, un contexte international chahuté par 61 conflits. « Du jamais vu depuis 1945 », selon Christophe Roth.

Dans ce cadre, malgré cet environnement économique et géopolitique, l’industrie du voyage d’affaires a enregistré en 2025 un nouveau record historique après plusieurs années de rattrapage post-COVID. Son chiffre d’affaires est ainsi estimé à 30,9 milliards d’euros, supérieur aux 29,9 Mds€ réalisés en 2019. Pour une croissance qui devrait atteindre les 3,7 % en 2025, avant une nouvelle progression de 2,2 % attendue en 2026.

« On sent une forme de résilience, remarque Clarisse Sounillac, directrice des clients globaux d’American Express GBT qui, comme d’autres professionnels du secteur, participait à la table ronde organisée par ESPA lors du salon IFTM. Les entreprises ont conscience que les déplacements professionnels sont nécessaires à leur développement. Dès lors, la croissance est là, malgré ce contexte, mais elle est moins élevée qu’escomptée l’an dernier. On sent chez nos clients une vigilance accrue. »

Résilience, mais prudence

« Le marché atteint un sommet historique, mais la prudence s’impose. Nous observons des signaux de ralentissement, en particulier dans l’hôtellerie », prévient Christophe Roth. L’hôtellerie est sans doute le secteur du voyage d’affaires où la flambée des prix n’est plus de mise. Après une croissance de +30% sur les trois dernières années, « on est arrivés à un seuil, constate Ziad Minkara, CEO de S4BT, maison mère du spécialiste de la réservation hôtelière CDS Groupe. Les prix moyens restent élevés, mais se sont stabilisés et ne progressent plus ».

Selon CDS et son partenaire MKG, dans certaines villes comme Berlin, Londres ou Genève, la tendance est même à la baisse des tarifs corpo, à la différence des grandes métropoles du sud de l’Europe telles Milan, Madrid ou Lisbonne, tirées par des économies plus florissantes. Tandis qu’à Paris, les tarifs corporate sont stables, « mais beaucoup plus bas que ceux du loisir, les entreprises ayant souvent leur siège en périphérie », poursuit Ziad Minkara.

Dans l’aérien aussi, le temps de la croissance à deux chiffres est révolu. La progression estimée par EPSA ne s’élève plus qu’à +2,2 % sur les vols domestiques, +3,8 % sur le moyen-courrier et +1,1 % sur le long-courrier. « L’inflation est ralentie, mais des facteurs de hausse existent toujours comme la croissance de la demande avec, en face, des difficultés de livraison jouant sur l’offre, mais aussi les taxes ou l’achat de SAF », a commenté Vincent Audusseau, directeur des ventes globales d’Air France-KLM. Selon lui, « le segment corporate montre une bonne résilience, avec une croissance portée par l’Asie et l’Amérique du Sud, mais aussi l’Amérique du Nord. Mais nous constatons des différences : à l’inverse de la sortie du covid, les PME-PMI sont plus à la traine, alors que les comptes globaux connaissent une hausse, parfois forte. »

Même au sein de ces grandes entreprises où des politiques de réduction des coûts sont de plus en plus présentes – touchant 42% des comptes globaux, contre 28% auparavant –, Vincent Audusseau constate des disparités avec une forte croissance pour les secteurs de l’aérospatiale et de la défense, mais aussi de la banque ou du conseil, alors que le luxe, la mode ou l’automobile sont en retrait. Dans ce cadre, concernant les relations de la compagnie avec ses grands comptes et leurs TMC, la distribution NDC continue sa percée. « C’est une réalité aujourd’hui avec un million de coupons par mois provenant de la NDC. Toutes les TMC sont engagées dans ce processus. Pour certains comptes corpo, ce n’est même plus un sujet », décrit le directeur des ventes globales d’Air France-KLM.

Fin de l’inflation tarifaire

Le ferroviaire ne fait pas exception à cette hausse atténuée des tarifs. Si EPSA a constaté une augmentation de 2,8% pour le segment corporate au premier semestre 2025, la SNCF prévoit de son côté une croissance de 1,5% sur la même période. « Alors que ces dernières années, elle était de 5% à 7% », remarque Frédéric Miel, directeur Distribution Entreprises et Agences de Voyages du groupe SNCF.

Les acheteurs voyages soucieux de maîtriser les dépenses de leur entreprise doivent d’ailleurs s’attendre à une bonne nouvelle dans les années à venir. Si le calendrier industriel est respecté, 2026 verra la mise en circulation des TGV M, en premier lieu sur l’axe Paris-Lyon-Sud Est avec, comme cadence, l’introduction d’une nouvelle rame par mois. Des trains de plus grande capacité qui devraient avoir un effet positif sur l’offre, et partant sur les prix. « Aujourd’hui, nous n’avons pas assez de rames face à la hausse de demande. En plus de la politique de prolongation de la durée de vie du matériel existant, ces nouveaux TGV offriront un apport d’oxygène, qui, mécaniquement, devrait relâcher la pression sur les tarifs », prévoit Frédéric Miel.

Cette offre étoffée s’inscrit dans une croissance globale du ferroviaire en France. L’ouverture à la concurrence a vu l’arrivée de nouveaux entrants, ceux à venir comme Velvet – anciennement Proxima –, attendu en 2028, Uber qui vise la desserte Paris-Londres pour 2029, ou ceux déjà présents à l’image de la Renfe et, surtout, de Trenitalia. La compagnie italienne s’apprête en effet à renforcer son offre en fin d’année sur la ligne Paris-Lyon, la plus fréquentée par les voyageurs d’affaires, avec 14 allers-retours quotidiens. En plus du lancement de la desserte de Marseille par la compagnie italienne en juin dernier.

« Sur ces lignes en concurrence, c’est là que la SNCF connaît le plus fort taux de croissance. La ligne Paris-Marseille affiche des records, chez nous comme chez notre concurrent. Le système devient vertueux, estime Frédéric Miel. Cette hausse de la concurrence change tout, car nous ne sommes plus les seuls. Ce qui nous oblige à nous réinventer, à nous focaliser davantage sur le voyageur. »

La réaction de la SNCF s’appuie dans ce cadre sur deux piliers, tout d’abord des prix qui reflètent la nouvelle réalité du marché, de même que les contraintes budgétaires du voyage d’affaires. D’où, notamment, la pérennisation de la baisse du prix de la carte Liberté, pour faire de la SNCF « le choix premier ». En parallèle, cette pression de la concurrence se traduit par une montée en gamme du service avec le lancement tout juste annoncé lors du salon IFTM de la nouvelle classe Optimum, et même d’Optimum Plus sur les Paris-Lyon.

Consolidation à gogo

Avec cette concurrence accrue, le ferroviaire va à contre-voie du monde du voyage, où l’heure est à la consolidation. C’est vrai dans l’aérien avec l’entrée d’ITA Airways au sein du groupe Lufthansa, le rachat d’Air Europa par Turkish Airlines ou l’acquisition de SAS par Air France-KLM qui lorgne aussi fortement sur la compagnie portugaise TAP. « L’enjeu est d’être plus compétitif, d’avoir la bonne taille par rapport aux grands groupes américains et aux compagnies du Moyen-Orient », explique Vincent Audusseau. Synergies des coûts et des recettes, achats en commun : cette efficacité opérationnelle se traduit aussi, pour les voyageurs, par de nouvelles destinations et davantage de possibilités de correspondances.

Mais ce mouvement de consolidation est surtout patent dans le voyage d’affaires avec deux mastodontes qui ne font maintenant plus qu’un, suite au rachat de CWT par Amex GBT. « Nous sommes ravis d’accueillir les clients de CWT, souligne la directrice des clients globaux d’American Express GBT. Ils vont pouvoir profiter des outils et solutions du groupe, de nos services, de la valeur de notre portefeuille. Mais il est encore tôt pour en dire plus, nous sommes en phase de découverte ».

« Cette consolidation est nécessaire pour accompagner les besoins des clients, favoriser l’innovation, le développement technologique, commente Ziad Minkara. Ces deux très belles agences trustaient le CAC 40 auparavant. Aujourd’hui, on voit BCD les concurrencer. D’autres agences ont la capacité de répondre aux besoins des ETI, voire de grandes sociétés, comme VoyageExpert ou le groupe Marietton ». Ce dernier, maison mère de Havas Voyages, Ailleurs et Bleu Voyages, vient d’ailleurs d’annoncer la reprise de Supertripper, à peu près au même moment qu’un autre exemple de la consolidation en cours, le rachat de la TMC britannique ATPI par Direct Travel. Lesquels pourraient se superposer à l’introduction en bourse de Navan, attendue pour la fin d’année, pour une valorisation de 8 milliards de dollars. « Ce qui montre que le secteur du voyage d’affaires intéresse », se réjouit Clarisse Sounillac.