Eurostar en cessation de paiement ?

Eurostar se retrouve dans une situation catastrophique en raison de la pandémie. L'opérateur ferroviaire pourrait même se retrouver en faillite si les gouvernements britanniques et français restent campés sur leurs positions nationales. 
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Cela arrive rarement au Royaume-Uni. L’organisation patronale London First, qui regroupe de nombreuses grandes entreprises britanniques, a pris la plume pour demander au Trésor et au ministère des transports britannique d’agir en faveur de la compagnie ferroviaire Eurostar.

Dans cette lettre, ils demandent instamment « une action rapide pour sauvegarder l’avenir du transporteur ferroviaire ». Ils souhaitent que le gouvernement britannique fasse ainsi un geste en accordant des prêts ou en allégeant les taux d’intérêt à l’exploitant.

Il est vrai qu’Eurostar se trouve dans une position extrêmement délicate. La pandémie et les mesures d’isolement très dures prises par le gouvernement de Boris Johnson pour contenir le covid ont décimé le trafic. En 2020, Eurostar aura transporté deux millions de passagers contre 11,1 millions l’année précédente. Son milliard d’euros de chiffre d’affaires a fondu et a été divisé par 20 l’an passé.

Trop britannique ou trop française?

Alors que l’opérateur exploitait avant la crise jusqu’à 15 aller-retour en semaine entre Paris et Londres, elle ne propose plus qu’un aller-retour par jour. Même histoire sur Bruxelles-Londres où le nombre de train est passé de neuf à un aller-retour quotidien. Selon l’opérateur, le taux de remplissage ne dépasse guère 20%.

Echangeant avec l’AFP, le directeur général d’Eurostar, Jacques Damas, confiait qu’une « catastrophe est possible » et évoquait la possibilité d’ « être en cessation de paiement quelque part au cours du deuxième trimestre, plutôt dans la deuxième moitié du deuxième trimestre« . Et de préciser encore: « Mais si jamais la crise était encore plus dure, ça pourrait même arriver un peu plus tôt. »

L’opérateur trans-Manche est en fait handicapé par son statut. « Trop britannique » avec son siège à Londres pour bénéficier des aides d’état au transport aux yeux du gouvernement français. « Trop français » pour le gouvernement britannique, si l’on en juge par son actionnariat. Il est vrai que la SNCF possède 55% du capital. Dans le reste de l’actionnariat on trouve le consortium Patina Rail – composé pour 30% de la Caisse de dépôt et placement du Québec et 10% d’un fonds britannique – à 40% et enfin, la SNCB (Belgique) à hauteur de 5%.

Eurostar demande ainsi à accéder aux mêmes prêts garantis que les compagnies aériennes. Elle souhaiterait également une réduction temporaire sur les péages acquittés pour faire circuler ses trains.

Côté français, la SNCF – également sous pression financière – voit une solution au problème dans une possible fusion de l’entreprise avec Thalys. Cette proposition avait été lancée en 2019. Un géant international européen permettrait de consolider l’activité et réaliser des économies. Tout en gagnant en influence sur les gouvernements.