Est-ce vraiment la fin des lignes domestiques ?

Alors que l’aéroport d’Orly rouvre au trafic le 26 juin avec 25 lignes, le gouvernement souhaiterait publier un décret bannissant toute reprise de lignes domestiques si Air France confirme l’abandon de certains axes. Quelles seront les possibles conséquences ?

Orly
Avec 18 000 entreprises, Orly est le premier pôle économique du Sud francilien

Le 26 juin marquera la réouverture de l’aéroport d’Orly, fermé depuis la fin mars. Le terminal 3 accueillera 130 vols quotidiens au lieu des 650 vols sur l’ensemble de la plate-forme. Seront desservis la Corse, une douzaine de pays de l’espace Schengen dont le Portugal et la Grèce ainsi que les territoires d’outre-mer, soit la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion. Selon l’évolution du trafic, Aéroports de Paris prévoit de réactiver les terminaux d’Orly 4, puis d’Orly 1 et 2. Mais Orly reste aussi au cœur de l’actualité avec les déclarations récentes du secrétaire d’Etat aux transports Jean-Baptiste Djebarri sur l’activité future d’Air France sur la plate-forme.

On savait que l’aide financière de sept milliards d’euros accordée par le gouvernement français a Air France était assortie de contreparties pour le transporteur, sommé de restructurer son réseau en abandonnant les lignes jugées peu rentables non seulement sur un plan économique mais aussi écologique. Dans l’œil du cyclone, le gouvernement visait notamment les lignes aériennes domestiques pour lesquelles le train constitue une alternative sur des trajets n’excédant pas 2h30. Air France s’est déjà engagée à réduire de 40% son offre sur les liaisons domestiques, en particulier avec l’arrêt de certaines lignes au départ d’Orly mais aussi en suspendant la plupart des liaisons transversales de sa filiale HOP ! Air France – a l’exception des lignes alimentant son hub régional de Lyon.

Ce lundi, Jean-Baptiste Djebarri, a indiqué travailler à un arrêté qui interdirait la reprise des futures lignes abandonnées par Air France par tout autre exploitant – notamment easyJet, pour ne pas la nommer. Un tel arrêté n’aurait que des conséquences limitées pour l’aéroport d’Orly, et de fait apparaît plus comme une opération de communication politique.

Sur les axes transversaux de région a région, l’arrêté tel que formulé par le gouvernement n’aurait a priori aucun impact, la plupart des liaisons ferroviaires dépassant largement la barre des deux heures trente de voyage. Par exemple, selon le site de réservation de la SNCF, le trajet le plus rapide entre Bordeaux et Nantes plafonne à 4h35, entre Marseille et Toulouse à 3h45, entre Lille et Nantes à 4h08 et entre Strasbourg et Marseille à 6h28.

Cette jauge des deux heures trente dans la durée d’un voyage avait déjà été énoncée par le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire le 30 avril dernier. « Lorsqu’il existe des alternatives ferroviaires à un vol intérieur de moins de deux heures et demie, ces vols intérieurs devraient être réduits de manière drastique et se limiter en fait à des transferts vers un hub », avait alors déclaré M. Le Maire. Un vol ne devrait plus être utilise pour un voyage d’une heure ou une heure et quart quand il pourrait être effectué, a coût d’émission moindre, par le train en deux heures ou deux heures et demie. Cela devrait être la règle et nous veillerons à ce qu’elle soit respectée« , avait encore ajouté le ministre.

Nonobstant la décision commerciale d’Air France de concentrer l’offre de sa filiale HOP à Roissy CDG et Lyon – le détail de cette restructuration du réseau devant être précisé avant la fin du mois par le groupe, l’arrêté devrait donc laisser toute latitude à d’autres compagnies aériennes pour se positionner sur la place laissée vacante par le départ annoncé d’Air France. ASL a ainsi annoncé vouloir se positionner sur de nouvelles lignes domestiques, la compagnie effectuant pour le moment un test entre Paris CDG et Pau. Il est probable que le transporteur régional Volotea trouvera également un terrain favorable à l’expansion de son réseau.

Au départ d’Orly, la limitation affecte en priorité la ligne Paris-Bordeaux desservie par la navette. Il existe également toujours deux à trois vols quotidiens d’Orly vers Lyon et Nantes. En revanche toutes les autres lignes exploitées actuellement par HOP ou par la navette Air France n’ont pas d’alternatives ferroviaires de 2h30. Le temps de parcours sur la ligne ferroviaire Paris-La Rochelle est toujours d’un peu plus de trois heures…

Quant à imaginer que les radiales d’Orly vers Bordeaux, Lyon et Nantes soient reprises par la concurrence, la réponse est évidente. Ces lignes n’ont jamais tenté d’autres transporteurs, surtout avec la montée en puissance du TGV. Il y a peu de chances a priori qu’elles suscitent tout à coup de nouvelles vocations. Si bataille il y a, elle pourrait porter sur l’unique liaison entre Paris Orly et Bordeaux.

Et là, on peut imaginer que les lobbies industriels et agro-alimentaires, les aéroports ainsi que les chambres de commerce ou encore la région de Nouvelle-Aquitaine vont tenter de faire le forcing pour conserver cette ligne. Car le gouvernement oublie que les territoires autour d’Orly comme de Mérignac sont deux importants bassins économiques. Orly est de fait le premier pôle économique du Sud francilien avec 18 000 entreprises et le plus gros marché de produits frais d’Europe à Rungis. Mérignac compte pour sa part 1 500 entreprises, notamment avec un secteur aéronautique/spatial et défense important. Préserver au moins trois vols quotidiens entre Orly et Bordeaux aurait ainsi tout son sens. Il est à parier que les acteurs économiques des deux territoires sont déjà en ordre de bataille pour trouver un compromis avec le gouvernement.

D’autant que ce fameux arrêté que souhaiterait faire passer le gouvernement pourrait être considéré comme illégal par l’Union Européenne. Il va en effet à l’encontre des directives européennes qui garantissent la totale liberté de droits de trafic pour toutes les compagnies aériennes de l’UE quelle que soit la ligne desservie…

Une autre menace planerait cependant sur les lignes aériennes domestiques et a pour nom la « convention citoyenne ». Dans ses propositions, cette convention proposerait que l’interdiction de l’avion soit étendue aux liaisons desservies par le train en moins de 4 heures. Plusieurs dizaines d’autres lignes intérieures pourraient alors être concernées, si cette proposition est entérinée.