Le hub high-tech du continent africain

Le Cap aiguise ses ambitions high-tech face à ses concurrentes africaines, Lagos et Nairobi.

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Si l’Afrique du Sud s’est globalement fait un nom sur la scène des start-up, Le Cap doit à son environnement géographique exceptionnel, et à son art de vivre, l’affluence extraordinaire des jeunes entrepreneurs innovants. La ville accueille en effet 60 % de toutes les start-up du pays, bien devant Johannesburg. Cette année encore, elle s’est remarquablement bien classée dans l’indice StartupBlink qui évalue l’écosystème de 1000 villes dans une centaine de pays, en se plaçant à la 146e place. Cette position dans un classement toujours traditionnellement dominé par les villes américaines a été accueillie avec satisfaction par le premier édile de la ville, le maire Dan Plato. « Ceci peut être attribué à différents facteurs, a-t-il souligné. La ville du Cap a toujours fait du soutien aux petites entreprises et aux jeunes entrepreneurs une priorité et se retrouver à ce rang montre que nos efforts ont payé ».

De prime abord, il n’était pourtant pas évident de disputer la palme de la meilleure destination high-tech du pays à Johannesburg, la traditionnelle ville du business sud-africain. Mais la dernière décennie a vu au Cap l’émergence de start-up exceptionnelles qui ont fait vaciller les villes concurrentes. En 2015, l’app de paiement mobile Snapscan est vendue à Standard Bank et en 2018, c’est la plateforme d’enseignement à distance Get Smarter qui prend son envol sur les marchés pour 103 millions de dollars. La légende high-tech du Cap est née.

Incubateurs et coworking

A son origine, on retrouve une délicate combinaison de financement, d’accompagnement et d’incubation. La création en 1998 du Cape Innovation and Technology Inititative (CiTi) et le lancement en 2009 de Bandwidth Barn Woodtsock – financé par l’état sud-africain et plus ancien incubateur du continent – marque un véritable tournant. En 2009, alors que GetSmarter vient de démarrer et n’a encore que six employés, Clickatell, une start-up du Cap spécialisée dans le messaging mobile, est recrutée par le Département d’Etat américain pour envoyer des extraits des discours du président américain Barrack Obama au Caire et à Accra. L’année suivante, Silicon Cape, un deuxième incubateur, est fondé par deux entrepreneurs pour soutenir les starts-up locales qui commencent à se multiplier. Sumarie Roodt, présidente de Silicon Cape aime à dire que « Le Cap offre une base formidable pour la collaboration pan-africaine ».

Aujourd’hui, on trouve plus de 500 start-up dans l’éco-système high tech du Cap : 20% d’entre elles sont spécialisées dans l’e-commerce et 15% dans la fintech. Logique, alors que l’argent liquide perd progressivement de son importance dans les échanges des grandes métropoles africaines et que les populations rurales sont sous-bancarisées. Les solutions d’argent mobile sont particulièrement plébiscitées, aussi bien par les consommateurs que par les investisseurs. En comparaison des autres centres de high-tech africains que sont Nairobi et Lagos, les start-up du Cap attirent davantage les financements : au moins un tiers d’entre elles sont soutenues par des business angels ou des investisseurs, qu’ils soient privés ou institutionnels, comme le Français Proparco. Le dynamisme semble aussi être davantage au rendez-vous au Cap où 3% des start-up ont plus d’une centaine d’employés. Le secteur y contribue à plus de 12 500 emplois, l’équivalent de Lagos avec plus du double d’entreprises.

Formation et code

Ceci explique l’afflux constant de jeunes entrepreneurs ainsi que la multiplication des structures pour les accueillir, le tout allant d’incubateurs classiques à des formules plus spécialisées et à des accélérateurs. Le Cape Innovation and Technology Initiative continue de gérer deux incubateurs Bandwidth Barn, dont l’un est toujours situé dans le célèbre immeuble Woodtstock Exchange et offre des programmes de trois mois pour les femmes entrepreneurs, des stages de six mois pour les porteurs de projets et des sessions de programmes de développement de deux jours à trois ans.

Plus spécialisé, Grindstone Accelerator aide les start-up à se hisser vers la durabilité et à devenir attractives pour les investisseurs, tandis que GSB Solutions crée en 2014 à l’université du Cap, se consacre aux toutes jeunes pousses et RLabs, accélérateur d’impact social à la reconstruction de communautés marginalisées. Cet incubateur co-fonde jusqu’à cinq start-up par an à travers son instrument de financement, Venture Garage. A cette offre, s’ajoute une multitude d’espaces de coworking dont le plus important, Workshop 17, est également un marché d’art et d’artisanat.

Dans une ville où les entrepreneurs se plaignent davantage de l’accès aux talents qu’à celui des capitaux, la formation joue un rôle essentiel avec des initiatives comme Code X, qui forme des programmeurs en un an, ou encore Code for Cape Town, qui propulsé 200 jeunes femmes à de hauts niveaux professionnels de technologies de l’information.

Créativité, innovation, inspiration, montagnes, océan et nature : c’est le cocktail qui permet au Cap d’espérer gagner contre la concurrence africaine du high-tech. Et ce n’est pas le Covid qui va changer la donne, si on en croit un jeune entrepreneur local : « personne ne va au bureau le même jour. Plutôt, on travaille beaucoup depuis des cafés, face à la baie ». Du télétravail, avant l’heure…