Hôtellerie : la croissance des groupes portée par la région EMEA

Entre turbulences américaines et dynamisme à l'international, les leaders de l’hôtellerie mondiale dressent un portrait contrasté de l'année 2025, plus favorable aux groupes européens comme Accor.
Le siège du groupe Accor, à Issy les Moulineaux.
Le siège du groupe Accor, à Issy les Moulineaux.

L’Europe qui rit, les Etats-Unis qui pleurent. En grossissant le trait, ce sont les conclusions des résultats annuels présentés ces derniers jours par les leaders de l’hôtellerie mondiale, groupes américains en tête. Tandis que le Vieux Continent a fait partie de leurs moteurs de croissance l’an dernier, la performance de ces derniers sur leur sol originel a laissé à désirer. Hilton a ainsi connu un recul de -0,8% du revenu par chambre aux Etats-Unis sur l’année 2025, quand son « RevPAR » – l’indicateur majeur du secteur – a progressé de +5,3% de ce côté de l’Atlantique. De la même manière, le RevPAR d’IHG aux USA a enregistré un recul de -0,1% en 2025, contre une hausse de +4,6% en Europe, portée par une excellente fin d’année avec +7,1% au quatrième trimestre, marqué par « une bonne croissance dans chacun des segments, le loisir comme les voyages d’affaires et de groupes ».

A l’inverse, l’hôtellerie américaine a appuyé sur le frein au dernier trimestre avec des RevPAR en retrait de -2,0% chez IHG et de -1,6% chez Hilton. La raison de ce recul est claire : le shutdown, auquel s’ajoutent des voyageurs internationaux moins nombreux. « Si le RevPAR de la clientèle loisir individuelle a progressé de 2 % au cours du trimestre et de 1 % pour le segment groupes, ces gains ont été annulés par un recul de 3 % du RevPAR de la clientèle affaires », a commenté Anthony Capuano, le PDG de Marriott. Principal coupable, le revenu généré par les déplacements gouvernementaux a plongé de 30 % pendant les 43 jours qu’ont duré cette impasse budgétaire, puis de -15% par la suite. Marriott et Hyatt, moins exposés à la clientèle corporate domestique de par le positionnement plus haut de gamme et luxueux de leur parc hôtelier alors que les marques milieu de gamme et longs séjours ont davantage souffert de la situation, ont de leur côté limité la casse avec une progression de +0,5 % chez Hyatt et un résultat presque à l’équilibre chez Marriott, contre une croissance de +3,3% en Europe.

Le Marriott Bethesda Downtown at Marriott HQ,
Le Marriott Bethesda Downtown at Marriott HQ.

Si les États-Unis concentrent une majorité de leur offre, les turbulences connues en fin d’année n’empêchent pas tous ces groupes d’enregistrer des résultats globaux en croissance. Marriott affiche ainsi une progression du RevPAR de +2,0% au plan mondial sur l’ensemble de l’année, la hausse des prix moyens de +2,1% ayant tiré ce résultat alors que la fréquentation est restée stable. Concernant l’activité générée par la clientèle affaires, la directrice financière du groupe, Lenny Oberg, constate que le revenu généré par les groupes – MICE en particulier – a augmenté de 2% l’an dernier, tandis que le RevPAR de la clientèle d’affaires individuelle est resté « stable sur l’ensemble de l’année ».

Porté par les segments luxe et haut de gamme supérieur, Hyatt fait encore mieux en enregistrant une croissance du RevPAR de +2,9 %. Pour sa part, le RevPAR mondial du groupe IHG a progressé de +1,5% sur l’ensemble de l’année, avec une hausse quasi identique des taux d’occupation et des prix moyens. Plus en retrait, Hilton affiche pour sa part une croissance de +0,4% de son RevPAR en 2025, notamment en raison d’une occupation en léger recul de -0,1 point.

Croissance du RevPAR au-dessus des attentes chez Accor

Souvent habitués à mener la marche, les hôteliers américains se trouvent plus en retrait cette année en ce qui concerne la croissance du revenu par chambre. Leader de l’hôtellerie en Europe comme dans la plupart des parties du monde hors de l’Amérique du Nord et de la Chine, Accor profite de la dynamique de toutes ces régions pour présenter des résultats supérieurs aux objectifs annoncés, à savoir une progression annuelle comprise entre 3% et 4% sur la période 2023-2027.

Le groupe français enregistre en effet une croissance du RevPAR de 4,2% pour l’exercice 2025, tirant partie de sa stratégie axée sur le renforcement de son offre luxe et lifestyle et porté par une accélération en fin d’année avec un RevPAR en hausse de 7% au dernier trimestre. « La croissance des revenus chambres a été portée à la fois par les segments loisir et corporate, ce dernier ayant fait preuve d’une remarquable résilience avec une activité qui a même accéléré au quatrième trimestre », a commenté Martine Gerow, la directrice financière d’Accor, lors de la présentation des résultats.

A titre d’exemple, au quatrième trimestre, si sa division Premium, Milieu de Gamme et Économique, constituée autour de ses enseignes Ibis, Novotel, Mercure et Pullman, a affiché un RevPAR en hausse de 5,8 % au dernier trimestre, principalement tiré par les prix, ses hôtels luxe et lifestyle dépassent cette performance en atteignant une hausse de 9,5% par rapport 2024. L’accent mis sur ces deux segments se traduit en parallèle par une élévation de 67% de la valeur du portefeuille d’hôtels d’Accor. Dans ce cadre, la possible entrée en bourse de sa filiale Ennismore, concentrant l’offre lifestyle, est toujours en cours d’exploration, Accor entendant garder le contrôle de « ce moteur de croissance clé » tout en capitalisant sur sa dynamique selon Sébastien Bazin, le PDG du groupe français.

Géographiquement, les trois principaux marchés européens d’Accor – la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni – ont tous affiché des résultats positifs au dernier trimestre, notamment l’Allemagne « revenu en territoire positif après trois trimestres de croissance négative », a précisé Martine Gerow, soulignant aussi de bonnes performances au Moyen-Orient, « qui continue d’être un puissant moteur de croissance ».

Le dynamisme de la région EMEA se lit aussi dans les résultats financiers d’IHG, notamment en ce qui concerne le segment affaires dont le RevPAR a progressé de +5% l’an dernier. Porté par une hausse de la fréquentation de 3 pts et des prix moyens en hausse de 2%, la progression de la clientèle affaires s’impose devant celles des groupes (+4%) et de la clientèle loisirs (+3%). A comparer à une hausse des revenus générés par les voyages d’affaires de 2% au plan global, de 1% pour les groupes, quand le segment loisirs est resté stable.

Le Signia by Hilton La Cantera Resort & Spa, 9000e hôtel du groupe Hilton dans le monde.
Le Signia by Hilton La Cantera Resort & Spa, 9000e hôtel du groupe Hilton dans le monde.

Au Moyen-Orient, l’élan se confirme également avec des croissances annuelles à deux chiffres ou presque, de +8,8% chez IHG, +10,2 % chez Hyatt et +11,5% chez Hilton pour le Moyen-Orient & Afrique. Quant à l’Asie-Pacifique, la zone Asie-Pacifique présente un tableau hétérogène entre la dynamique constatée en Asie du Sud-Est et un marché chinois toujours compliqué pour les hôteliers. Les résultats d’IHG illustrent cet état de fait avec une croissance +5,5% en dehors de la région Grande Chine et un recul de -1,6%, avec des revenus chambres business « globalement stables », mais une clientèle de groupes en baisse de -4%.

De son côté, porté par une clientèle affaires régionale en forte reprise et des flux touristiques intra-asiatiques soutenus, Marriott affiche +8,4% en Asie-Pacifique hors Chine, quand le groupe affiche une légère progression de +0,4% en Chine. Comme aux Etats-Unis, son positionnement plus luxe joue également en sa faveur sur ce marché, de même que pour Hyatt, dont le RevPAR s’élève de +2,8 % dans la zone Grande Chine.

Optimisme pour 2026

Qu’attendre de l’année en cours ? Précisant que ses prévisions reposent sur un environnement macroéconomique relativement stable, Lenny Oberg table sur une croissance du RevPAR « comprise entre 1,5 et 2,5 % » au plan mondial pour le groupe Marriott. « À l’exception de la Grande Chine, où le RevPAR sera à nouveau globalement stable, la croissance du revenu par chambre à l’international devrait rester supérieure à celle enregistrée aux États-Unis et au Canada », envisage-t-elle. Et ce, même si l’année 2026 se présente sous de meilleurs auspices outre-Atlantique avec une activité qui sera soutenue par l’accueil de la coupe du monde de football.

« Nous sommes optimistes quant à 2026, que nous anticipons plus dynamique que 2025 », estime de son côté le PDG du groupe Hilton, Chris Nassetta, notamment grâce à « une reprise aux États-Unis, soutenue par des conditions économiques plus favorables, de grands événements et une offre d’hôtels toujours limitée ». Mais ce sont surtout « la solidité continue de la région EMEA et une amélioration en Asie-Pacifique » qui devraient porter une croissance du chiffre d’affaires de 1 % à 2 % à périmètre constant.

Si le groupe Hyatt prévoit lui aussi une nouvelle croissance comprise dans une fourchette allant de +1,0 % à +3,0 % pour 2026, Accor prévoit une performance en ligne avec ses objectifs annuels de croissance du RevPAR, qui devrait être comprise entre 3% et 4%, le bon début d’année confirmant un élan positif autant dans la région EMEA qu’en Asie-Pacifique. De son côté, IHG ne donne pas de chiffre précis tout en mettant en avant ses fondamentaux solides. Dans ce cadre, le groupe britannique décrit un environnement favorable pour l’année en cours avec « des conditions d’activité moins turbulentes aux États-Unis », « une demande plus soutenue » et des enquêtes réalisées auprès des entreprises anticipant « une hausse des budgets de voyages d’affaires en 2026 ».

Les groupes américains s’accordent pour désigner d’ores et déjà le vainqueur de l’année : le MICE. « Nous pensons que le tourisme de groupe sera le segment le plus performant cette année. Nous le pensions déjà l’année dernière également, mais pour les raisons que vous connaissez, cela ne s’est finalement pas concrétisé », a commenté Chris Nassetta lors du jeu de questions-réponses suivant l’annonce des résultats annuels. En croisant les doigts pour éviter un nouveau shutdown…