L’hôtellerie française affronte une deuxième vague de fermetures

Sans atteindre les proportions d'avril dernier, l'hôtellerie française enregistre une nouvelle vague de fermetures en raison du confinement.

Paris
L'hôtellerie parisienne souffre du reconfinement

A reconfinement, son cortège de refermetures d’hôtels. La recrudescence de la pandémie, et les mesures gouvernementales pour y faire face, conduisent de nombreux hôteliers à mettre une nouvelle fois leur activité en pause. Cette deuxième vague de fermetures est certes moins sévère qu’au printemps, quand une très large part de l’hôtellerie française avait rideau baissé, mais reste néanmoins sensible.

Alors que le cabinet de conseil MKG constatait un taux d’ouverture des hôtels de 93 % en France début octobre – mais de seulement 76 % à Paris – , la dynamique s’est inversée « deux semaines après l’annonce des nouvelles restrictions« . Ce chiffre est en effet retombé à 73 % au plan national, avec des différences selon les territoires, puisque le taux d’ouverture s’élève à 76 % en province et à 74 % en Ile-de-France, tandis qu’il n’est que de 58 % à Paris.

« Les dix plus grandes villes françaises et l’Île-de-France souffrent particulièrement du manque d’activité, remarque Olivier Cohn, directeur général de Best Western France. Le confinement actuel étant moins strict que le premier, il permet encore de faire des déplacements professionnels. Mais, les grands groupes étant absents, les volumes de déplacements sont majoritairement issus de PME et TPE françaises, et cette activité se concentre essentiellement sur les villes secondaire et les périphéries. »

Territoriale, cette disparité se ressent aussi selon les catégories. Dans sa très large majorité, l’hôtellerie super économique reste ouverte, soutenue notamment par la poursuite de l’activité dans certains secteurs comme le BTP. En revanche, selon les chiffres diffusés par MKG Consulting sur le site Hospitality On, « le taux d’ouverture des segments économique et milieu de gamme reculent de respectivement 23 et 22 points (à 73 % et 69 %), tandis que celui du segment haut de gamme rechute en dessous du seuil des 50 % (45 %)« .

Perspectives peu encourageantes

Absence de clientèle internationale, recours au télétravail, le tout couplé à une fin d’année traditionnellement creuse à laquelle se surajoute l’effet confinement : les perspectives pour les prochaines semaines ne sont guère encourageantes pour la fréquentation des établissements. Dès fin octobre, un sondage réalisé par la chaîne d’hôtels indépendants Logis auprès de 500 de ses adhérents montrait que seuls 56 % des établissements comptaient restés ouverts en novembre, « notamment pour répondre aux besoins de la clientèle affaires » et que 18 % étaient encore en réflexion.

Si, pour le groupe Evok, « the show must go on » pour ses hôtels parisiens Nolinski, Brach, Sinner et Cour des Vosges, d’autres établissements ont fait le choix inverse et annoncé début novembre leurs fermetures pour quelques semaines, notamment les six hôtels Maisons Albar de Paris, Nîmes et Porto et les Mama Shelter de Paris East, Bordeaux, Lyon et Marseille. En revanche, les Mama Paris West, Lille et Toulouse restent toujours ouverts au public.

Face aux coûts de fermeture et de remise en service, les hôtels Marriott entendent garder leurs portes ouvertes pendant ce confinement espéré plus court que le premier. Le groupe Accor note pour sa part, sans donner plus de précisions, une baisse du nombre d’hôtels ouverts, alors que son parc était actif à 91 % au 22 octobre, jour de la publication des résultats trimestriels du groupe.

De son côté, Best Western France constate à cette date la fermeture de 115 des 300 hôtels de son réseau. « Il est difficile de prévoir le nombre de fermetures supplémentaires dans les prochaines semaines. En fonction de l’activité des prochains jours et des prochaines annonces gouvernementales, un certain nombre d’hôtels prendront leur décision, décrit Olivier Cohn. Pour les hôtels non saisonniers, la fermeture sera plus courte, de quelques jours pour certains à plusieurs semaines pour ceux qui attendent le déconfinement pour imaginer une réouverture. Un certain nombre d’établissements ont également opté pour une ouverture sur les jours de semaine et une fermeture les week-ends.  »

Faillites à craindre

Reste qu’avec ce nouveau coup d’arrêt de l’activité, les organisations professionnelles craignent que ces fermetures temporaires ne se transforment en arrêt définitif de l’activité. Selon une enquête réalisée après la mise en œuvre du deuxième confinement par le GNC, le GNI, l’UMIH et le SNRTC, la crise du coronavirus pourrait entraîner la fermeture de deux tiers des établissements dans le secteur de l’hôtellerie-restauration. « La profession fait face à une crise inédite qui va entrainer un nombre sans précédent de faillites et de licenciements, ont alerté les organisations professionnelles. L’Etat doit venir au soutien de nos professionnels empêchés de travailler et pour cela répondre à leurs demandes par des mesures aussi fortes qu’indispensables et urgentes. »

En début de mois, le groupement Logis Hôtels annonçait que 76 % des établissements indépendants de son réseau avaient une trésorerie qui ne dépasserait pas la fin de l’année, seuls 5 % considérant pouvoir tenir jusqu’à l’été 2021. Pour Karim Soleilhavoup, directeur général de Logis Hôtels : “Si tout le monde comprend la nécessité de protéger tous les Français, nous entrons dans l’hiver de tous les dangers. Danger sanitaire bien sûr, mais aussi économique. » Le retour des beaux jours pour l’hôtellerie n’en est que plus attendu.