L’hôtellerie mondiale proche des niveaux d’avant crise

Les résultats présentés par les leaders de l'hôtellerie mondiale pour le second trimestre montrent un quasi retour aux niveaux pré-covid. Une embellie tirée par une hausse des prix, mais aussi par la reprise des voyages internationaux et la demande des groupes affaires.
Le groupe IHG a constaté une nette amélioration des performances de ses hôtels en Europe au cours du second semestre. En photo, l'Holiday Inn Barcelone Sant Cugat.
Le groupe IHG a constaté une nette amélioration des performances de ses hôtels en Europe au cours du second semestre. En photo, l'Holiday Inn Barcelone Sant Cugat.

Depuis le printemps dernier, l’hôtellerie mondiale semble avoir tiré un trait quasi définitif sur des mois et des mois troublés. Une embellie confirmée par les résultats présentés par les principaux groupes au milieu de l’été. « À nouveau ce trimestre, Accor enregistre une très forte croissance de son activité avec un chiffre d’affaires qui dépasse pour la première fois ses niveaux d’avant crise« , a déclaré Sébastien Bazin, en commentaire des chiffres annoncés par le groupe français. Son chiffre d’affaires atteint en effet les 1 725 millions d’euros, en hausse de 97% à périmètre et change constants par rapport au premier semestre 2021. En parallèle, le revenu par chambre – le RevPAR, indicateur majeur du secteur – du second trimestre 2022 enregistre une hausse de +1% au par rapport à la même période en 2019.

En comparaison du premier trimestre, encore marqué par la vague Omicron, le printemps 2022 a été le premier depuis longtemps à ne pas être frappé par les séquelles de la pandémie, excepté en Chine, dont la politique « zéro covid » pénalise les résultats hôteliers de l’ensemble de la région Asie. Bien sûr, ce retour généralisé aux niveaux pré-covid est avant tout la conséquence d’une hausse sensible des prix, tirée à la fois par la demande, mais accentuée aussi par l’inflation. Le prix moyen du groupe IHG dépasse par exemple de +4% celui du premier semestre 2019.

En parallèle, la fréquentation des établissements de l’hôtelier britannique est restée en retrait de 10 pts par rapport à cette même période pré-covid. Cependant, cette fréquentation s’est améliorée mois après mois depuis le début de l’année, notamment grâce au nombre plus important de déplacements professionnels et de rencontres business. « Parallèlement aux séjours de loisirs, le retour de la demande de voyages d’affaires et de groupes s’est poursuivi au cours de la période« , a commenté Keith Barr, PDG d’IHG Hotels & Resorts.

Le redémarrage des voyages internationaux s’ajoutant à la bonne tenue des différents marchés domestiques, les leaders de l’hôtellerie mondiale affichent des résultats très favorables. Du côté de Hilton, son revenu net au second trimestre – 367 millions de dollars – a, selon le groupe américain, dépassé ses attentes les plus optimistes, tandis que son RevPAR au plan mondial n’est plus qu’en retrait de 2,1 % par rapport au deuxième trimestre 2019.

Quant à Hyatt, les revenus tirés des redevances de ses hôtels ont atteint un plus haut historique, « de 27 % plus élevé que tout autre trimestre, grâce à un niveau record de la clientèle loisirs de passage et à une amélioration rapide de la demande des groupes et des entreprises« , notait Mark Hoplamazian, PDG de l’hôtelier américain. Un groupe qui a notamment constaté une demande supérieure à 2019 pour les réservations court-terme des groupes business. De bon augure alors que l’embellie s’est prolongée en juillet, Hyatt y enregistrant un RevPAR de 5% plus élevé qu’en 2019. Soit, là aussi, un des meilleurs mois jamais réalisés par le groupe.

La forte demande pour les réunions et séminaires est la bonne surprise des derniers mois pour les hôteliers, que ce soit en Europe ou outre-Atlantique. Marriott note qu’en Amérique du Nord, le RevPAR généré par les groupes est le segment ayant connu la plus forte accélération au second semestre « en retrait de 1% seulement en juin par rapport à 2019, comparé à un repli de -30% au premier trimestre« , a décrit Anthony Capuano, PDG de Marrriott.

Le premier groupe mondial par le nombre de chambres – qui a dépassé les 1,5 million de clés au cours du trimestre – voit le RevPAR de sa région clé, l’Amérique du Nord, afficher une hausse de 1,3 % par rapport au second semestre 2019, alors que ses autres marchés internationaux enregistrent une baisse de -14,1 %. Un résultat global grevé par la Chine et la région Asie, mais non par l’Europe qui a connu « a également connu une forte reprise, en grande partie grâce au retour des visiteurs internationaux, les RevPAR de juin ayant dépassé ceux de 2019« , selon Anthony Capuano.

L’Asie du Sud-Est, dépendante de la clientèle chinoise, est pénalisée par la politique « zero covid » du plus grand pays de la région. Ici, le Tribe Phnom Penh, récemment ouvert.

La région Europe-Moyen-Orient-Afrique a vécu une excellente amélioration de ses performances« , a également constaté Keith Barr, chez IHG. L’analyse des résultats par région présentée par Accor donne une idée des dynamiques de reprise au sein du continent. Ainsi, au second trimestre 2022, les hôtels de la sous-région Europe du Sud ont affiché un RevPAR 2% supérieur à celui de 2019. En France en particulier, ce résultat est de 3% plus élevé, les hôtels parisiens, longtemps en retrait par rapport à la province, profitant de la reprise des voyages internationaux et d’événements porteurs comme la finale de la ligue des champions de football. De la même manière, l’hôtellerie d’une autre grande métropole mondiale, Londres, affiche un net regain d’activité, comme le Royaume-Uni tout entier. Pour autant, la région Europe du Nord affiche un RevPAR en baisse de -7% par rapport au second trimestre 2019, un résultat global plombé par l’hôtellerie allemande, pénalisée par une levée plus tardive des restrictions sanitaires, mais dont l’activité s’est remise au diapason de ses voisins à l’arrivée de l’été.

Pour le reste du monde, l’effet de la réouverture des frontières intérieures et extérieures des pays du Pacifique fin 2021 s’est poursuivi avec pour conséquence un second trimestre en hausse de 9% par rapport au second trimestre 2019. Cependant, la région Asie-Pacifique, dépendante du marché intérieur chinois et de ses voyageurs, enregistre une baisse du RevPAR de -18% au second trimestre 2022 par rapport au second trimestre 2019. L’Asie du Sud-Est (-31% au second trimestre 2022) est notamment pénalisée par la clientèle chinoise. A l’inverse, la région Inde, Moyen-Orient, Afrique & Turquie poursuit sa progression depuis maintenant trois trimestres (+32%), tandis qu’en Amérique du Sud, notamment au Brésil, la fréquentation des hôtels a atteint des niveaux supérieurs à 2019 sur l’ensemble du second trimestre 2022.

Qu’attendre pour les mois suivants ? Sébastien Bazin prédit que l’été allait « confirmer ces tendances« , l’automne s’annonçant également « solide avec le retour des grands séminaires et congrès« . Malgré un climat géopolitique et économique flou, Keith Barr se montre aussi confiant quant à la solidité de la reprise du secteur : « bien que les perspectives économiques soient incertaines, les banques centrales et les gouvernements prenant des mesures pour gérer l’inflation, nous restons confiants dans notre modèle d’entreprise et dans les fondamentaux de l’industrie qui permettront une croissance durable à long terme.«