
« L’Afrique représente 18 % de la population mondiale, mais seulement 2,1 % des activités de transport aérien (fret et passagers réunis). « Focus Africa » vise à combler cet écart, afin que l’Afrique profite de la connectivité, des emplois et de la croissance associés à l’aviation », explique Willie Walsh, directeur général de l’IATA lors de la présentation de l’initiative « Focus Africa » le 3 avril dernier.
A résoudre d’urgence : pertes financières et pénurie de devises
L’Afrique aérienne souffre en effet d’infrastructures limitées, de coûts d’exploitation élevés et d’un manque de connectivité. S’y ajoutent des obstacles réglementaires, l’adoption lente des normes mondiales et les pénuries de main-d’œuvre. Ce sont autant de facteurs qui nuisent à l’expérience client ainsi qu’à la viabilité et à la durabilité des compagnies aériennes africaines.
De plus, les compagnies aériennes du continent se trouvent en grande précarité financière. Elles ont subi des pertes cumulatives de 3,5 milliards $ sur la période 2020–2022. IATA reste également pessimiste sur l’évolution à court terme. L’association estime que les pertes de 2023 vont encore s’élever à 213 millions $.
Les compagnies africaines se trouvent également confrontées à une autre bombe à retardement. Celle-ci a pour nom pénurie de devises. IATA estime en effet à 1,6 milliard de dollars les fonds appartenant à des compagnies aériennes, qui sont actuellement bloqués dans divers pays africains. IATA tente désormais de réduire un déficit en devises qui a augmenté de 25 % au cours des six derniers mois de 2022.
Devises bloquées, lignes aériennes suspendues
Cette situation inquiète l’association. « Les personnes qui souffrent de ces fonds bloqués sont les consommateurs de ces marchés, car on ne peut pas s’attendre à ce que les compagnies aériennes continuent à fournir des services si elles ne sont pas payées« , a déclaré Willie Walsh, directeur général de l’IATA.
IATA indique que l’impossibilité de récupérer ces fonds pourraient conduire à des interruptions de services aériens si aucun progrès n’est réalisé dans les négociations visant à débloquer les fonds dus. Ce qui déconnecterait encore un peu plus l’Afrique aérienne du reste de la planète.
Au Nigéria par exemple, British Airways a suspendu ses vols, face à l’impossibilité de récupérer des devises. Le gouvernement bloque en effet toute conversion de la monnaie locale des compagnies aériennes. Lesquelles ne peuvent plus rapatrier leurs recettes tirées de la vente de billets. Dans la liste IATA des pays retenant des fonds, on trouve également, à côté du Nigeria, l’Algérie et le Ghana.
Si ce problème de devises est résolu, l’initiative « Focus Africa » prendra tout son sens. Elle vise à relier de façon durable le continent par des lignes transcontinentales et intercontinentales. Et ainsi stimuler le développement économique et social.

La connectivité du continent s’avère donc essentielle au développement du tourisme et du commerce pour IATA. Ces derniers sont effectivement les principaux pourvoyeurs d’emplois et de revenus. Avant la période du Covid, l’aviation soutenait 7,7 millions d’emplois et générait 63 milliards de dollars d’activités économiques en Afrique. IATA est optimiste sur la demande des prochaines années. L’association prévoit qu’elle devrait tripler au cours des deux prochaines décennies.
Six domaines d’action pour IATA
« L’Afrique se distingue comme étant la région possédant le plus grand potentiel et le plus de possibilités pour l’aviation. L’initiative Focus Africa réitère l’engagement de IATA en faveur de l’aviation sur le continent. En tant que présidente désignée du Conseil des gouverneurs de l’IATA, et première à provenir de l’Afrique depuis 1993, je suis impatiente de faire en sorte que cette initiative démarre en force et procure des bienfaits mesurables », a déclaré Yvonne Makolo, PDG de RwandAir.
Six domaines prioritaires ont été retenus par l’association pour cette initiative.
• Sécurité : améliorer la sécurité opérationnelle au moyen d’un programme collaboratif pour réduire le nombre d’incidents de sécurité et d’accidents, en vol et au sol.
• Infrastructures : faciliter la croissance d’infrastructures d’aviation efficaces, sécurisées et économiques pour améliorer l’expérience client et l’efficacité opérationnelle.
• Connectivité : promouvoir la libéralisation de l’accès au marché intra–africain au moyen du Marché unique africain de transport aérien (SAATM).
• Finance et distribution : accélérer la mise en œuvre de services financiers sécurisés,
efficaces et économiques et adoption de normes commerciales modernes.
• Durabilité : aider l’industrie aérienne africaine à atteindre les cibles d’émission du
programme « Net Zero by 2050 » adoptées par l’industrie et les États membres de
l’OACI.
• Compétences futures : promouvoir les carrières en aviation et assurer la disponibilité de compétences pour répondre aux besoins futurs de l’industrie.
Des partenariats seront annoncés et mis en œuvre à Addis-Abeba les 20 et 21 juin au moment du lancement officiel de l’initiative Focus Africa. Avec l’objectif de permettre au trafic aérien africain de prospérer comme dans le reste du monde.

















