
Les voyages d’affaires en Afrique vont-ils retrouver rapidement leur forme d’avant la crise de la Covid ? En dépit de l’avancée de la vaccination, l’ombre des tests PCR, des quarantaines et des frontières fermées continue de hanter les séjours d’affaires de courte durée vers le continent. Une incertitude qui avait frappé dès le 4 mars 2020 les passagers du vol d’Air France : dans le grand flou des débuts de la pandémie, ils avaient échappé de justesse à l’hypothèse alors inconcevable d’une quarantaine à leur arrivée à Brazzaville, mesure décidée par les autorités du pays pendant le vol. Les jours suivants, la situation épidémiologique se...
Les voyages d’affaires en Afrique vont-ils retrouver rapidement leur forme d’avant la crise de la Covid ? En dépit de l’avancée de la vaccination, l’ombre des tests PCR, des quarantaines et des frontières fermées continue de hanter les séjours d’affaires de courte durée vers le continent. Une incertitude qui avait frappé dès le 4 mars 2020 les passagers du vol d’Air France : dans le grand flou des débuts de la pandémie, ils avaient échappé de justesse à l’hypothèse alors inconcevable d’une quarantaine à leur arrivée à Brazzaville, mesure décidée par les autorités du pays pendant le vol. Les jours suivants, la situation épidémiologique se dégradait encore et les pays africains imposaient à tour de rôle des mesures de quarantaine. Les annulations de vols se multipliaient et bientôt, les lignes aériennes entre l’Europe et l’Afrique se sont trouvées suspendues les unes après les autres.
Le quasi black-out aura duré jusqu’à l’été dernier. A partir de juillet toutefois, une sorte de zone grise a commencé à gagner du terrain : en premier lieu pour les voyageurs d’affaires du continent africain désireux de se déplacer en Europe qui n’avait alors pas mis en place de restrictions trop sévères. Des voyageurs d’affaires sud-africains racontent ainsi avoir pu gagner l’Europe, mais très difficilement, en empruntant des vols rapatriant des nationaux.
Puis les vols réguliers ont commencé à reprendre. A l’ouest du continent, la Côte d’Ivoire a été le premier pays à rouvrir ses frontières à la mi-juillet, après trois mois de fermeture totale. Air France et Corsair ont alors repris des vols en nombre réduit. Le Nigéria a suivi le mouvement en juillet, ainsi que le Ghana au mois d’août. En Afrique de l’Est, seule l’Ethiopie a fait le choix de ne pas fermer son aéroport tout en imposant une quatorzaine. Nairobi, la capitale du Kenya a ouvert à nouveau son aéroport au mois d’août, mais la situation sanitaire dégradée depuis le déferlement de la troisième vague de la pandémie a depuis entraîné un confinement de toute la région. Les informations sur la situation sanitaire réelle dans plusieurs états demeurent fragmentées (voir encadré : où trouver des informations) et le continent compte pour le moment le plus faible pourcentage de vaccinés au monde.
Des cabines à moitié vides et de nouvelles procédures
C’est dire que la réouverture des aéroports et l’accessibilité des principales métropoles économiques africaines ont été loin de rimer avec un retour des voyageurs d’affaires. Et certainement pas au même niveau qu’en 2019. Les passagers de récents vols commerciaux vers l’Afrique décrivent ainsi des cabines à moitié vides et des procédures de voyages plus complexes à l’aller comme au retour : test PCR, justificatifs de contrat de travail, mais aussi d’invitations de structures locales, de titres de transports ou encore, selon les pays, des formulaires à remplir pour obtenir une autorisation d’embarquement auprès du consulat.
Sur place, les procédures des compagnies aériennes africaines sont généralement clairement précisées, mais il peut être difficile de réussir sans encombre un voyage rapide multi escales en Afrique avec un seul test PCR. De même, le défi à prendre en compte est le test PCR de retour. Les voyageurs fréquents conseillent de sélectionner des centres capables de fournir les résultats des tests en 24h, voire en 12h et de trouver des structures qui ne sont pas débordées. Dans ce cadre, la plupart des grands hôtels internationaux fournissent des informations sur la disponibilité des meilleurs centres pour effectuer ces tests PCR et certains peuvent même les organiser.
Déplacements au compte-goutte
Entre le risque sanitaire et les procédures, les entreprises françaises qui envoient habituellement des salariés en Afrique ont préféré réduire nettement la voilure des déplacements. C’est le cas par exemple de JA Delmas. Cette entreprise de plus de 2200 collaborateurs, présente dans 11 pays africains, n’envoie plus ces derniers mois qu’une ou deux personnes en déplacement vers le continent quand elle en envoyait 10 à 20 avant la pandémie. « Déplacements au compte-goutte », « voyages qui se comptent sur les doigts de la main » sont des expressions qui reviennent souvent dans la bouche des responsables des départements de services généraux, y compris chez des groupes habitués à de multiples déplacements internationaux, comme Meridiam. « Nous suivons toujours la même politique restrictive de voyages en avion, avec des déplacements qui se concentrent sur les activités sans lesquelles le business ne peut pas continuer : cela peut être par exemple rencontrer un acteur local fondamental pour que le projet puisse se dénouer ou progresser ou bien signer un projet, mais en aucun cas il ne peut s’agir de faire de l’exploration. Cela fait très peu de voyages. Chaque voyage est examiné et validé en interne avec le manager », explique Arnaud Kalika, directeur de la sûreté à Méridiam.
Demande hybride de web-réunions
Le statu quo peut être difficile à comprendre pour des commerciaux adeptes du contact humain, le « face à face » très apprécié par les managers du continent. Mais, souligne Arnaud Kalika, « les Africains se sont très bien mis à la visioconférence et la partie négociations se fait ainsi à distance ». D’où l’arrivée d’une nouvelle demande hybride de web-réunions. Chez Accor, Daniel Karbownik, directeur régional Afrique de l’Ouest et Centrale pour les marques du groupe Accor et nouveau directeur de l’Hôtel Sofitel Ivoire d’Abidjan a remarqué l’intérêt pour la solution All Connect d’Accor qui offre la possibilité d’organiser « des réunions avec une partie en présentiel et une partie via Teams ou Zoom sur grand écran avec des salles adaptées » (lire interview).
Visioconférences, télétravail, retombées financières de la crise sanitaire : en réduisant drastiquement les flux de voyages d’affaires vers l’Afrique, la Covid-19 a aussi durement touché l’assurance des voyages d’affaires. D’ores et déjà, les assureurs signalent que des groupes ont demandé à suspendre les garanties compte tenu de l’interruption des déplacements. L’évolution n’a pas semblé occasionner une vague de résiliations, même si les assureurs et leurs clients anticipent une fréquence des voyages d’affaires réduite sur plusieurs mois.
Corollaire de la crise sanitaire, les entreprises mettent aussi davantage l’accent sur la gestion du risque : « Les voyages ont certes diminué, mais notre activité n’a pas décru parce que nos clients qui continuent de voyager nous sollicitent jusqu’à cinq fois plus, souligne ainsi Cécile Caplin, responsable Sûreté chez International SOS. On estime que voyager est plus complexe et nécessite cinq fois plus d’aide de notre part. Préparer un voyage est un casse-tête, et préparer un voyage en Afrique l’est d’autant plus en raison des conditions sanitaires dans certains pays. A cela s’ajoutent les risques inhérents à certaines zones africaines qui se trouvent accentués par la Covid ».
De nouvelles tendances hôtelières
C’est ainsi qu’International SOS conduit beaucoup d’audit de sûreté pour les résidences d’expatriés en Afrique (lire l’interview). Pour Cécile Caplin, « les préoccupations de nos clients sont davantage centrées sur les échéances électorales, nombreuses en 2020 comme en 2021, et les possibles débordements et violences ».
Dans ce contexte, la crise Covid ne facilite pas la tâche du voyageur d’affaires qui séjourne quelques jours à l’hôtel et recherche un endroit sûr où vivre et travailler. En effet, il a été estimé que 78 % des hôtels d’Afrique subsaharienne ont fermé pendant plusieurs mois. Leur réouverture est progressive et compliquée par les restrictions sanitaires. Surtout, elle dépend de la reprise complète du trafic aérien. Au troisième trimestre 2020, les taux d’occupation des hôtels africains se sont affaissés de plus de 60 %. Des tensions financières risquent se faire ressentir rapidement. Dans les capitales phares du business, de Casablanca au Cap en passant par Dakar ou Abidjan, les conventions et salons internationaux qui drainaient une clientèle d’affaires considérable n’ont pas encore repris, de nombreux événements ayant été reportés à l’automne 2021. Les chaînes hôtelières, dont les deux tiers des clients sont étrangers, sont particulièrement à la peine. En Afrique du Sud, de grandes chaînes ont décidé de fermer temporairement la porte de leurs établissements.
Coworking et « distanciel paradisiaque »
D’autres s’essaient fébrilement à la reconversion : restauration, ou bien offre de safaris virtuels en Afrique de l’Est et australe, mais aussi émergence de la tendance du coworking. Casablanca mise ainsi sur les partenariats entre les groupes hôteliers et les espaces de coworking pour offrir des chambres à des professionnels en télétravail. Accor réfléchit à étendre à Abidjan et Dakar sa stratégie européenne avec sa filiale Wojo pour installer des espaces de coworking dans les hôtels.
Enfin, plus original, certaines destinations d’affaires les plus attractives du continent visent à se transformer en refuge du professionnel du travail à distance. C’est le cas de l’Ile Maurice et de la métropole sud-africaine du Cap. Ces destinations veulent mettre en place des visa spéciaux pour ce type de voyageurs d’affaires de longue durée. Une sorte de distanciel paradisiaque, certainement l’héritage le plus séduisant de la crise Covid pour sauver les hôtels, mais qui ne devrait pas se substituer aux déplacements de courte durée pour des échanges réguliers avec l’Afrique. Reste à savoir si, et quand, ces voyages retrouveront leur rythme de croisière antérieur.
Où trouver des informations sur les déplacements vers l’Afrique ?
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Dossier - Afrique : les voyages d'affaires remontent lentement la pente
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Les compagnies africaines dans l’oeil du cyclone
Interview : Cécile Caplin, responsable sûreté régional d’International SOS
Interview : Daniel Karbownik, Directeur Régional Afrique de l’Ouest et Centrale, Accor
Le variant sud-africain coûte cher à Johannesburg et au Cap



















