Interview : Pascal Personne, Directeur de l’aéroport de Bordeaux

L’aéroport de Bordeaux fait maintenant face à la concurrence de la LGV qui rapproche la destination à 2h de Paris. Mais la nouvelle ligne n’entame en rien les perspectives optimistes de la direction de l’aéroport. Si le trafic devrait stagner ou légèrement progresser en 2017, la croissance à terme reste excellente pour l’aéroport. Propos recueillis par Luc Citrinot.

aéroport de Bordeaux
Les aéroports de Bordeaux et d'Orly possèdent leur propre zone de chalandise, souligne Pascal Personne, directeur de la plateforme bordelaise

Comment expliquer la progression de l’aéroport de Bordeaux ?

Pascal Personne – Nous avons vu le trafic croître de près de 67% en une décennie, entre 2007 et 2016. Nous sommes fiers d’être parmi les grands aéroports régionaux ayant la plus forte croissance. Nous avons accueilli 5,8 millions de passagers l’an dernier, un résultat dû à la dynamique de notre réseau. Nous avons 105 lignes aériennes en vol direct, plus qu’à Toulouse, auquel on nous compare souvent. Il y a aussi l’image internationale que Bordeaux a acquise ces dernières années. Son statut de patrimoine mondial de l’UNESCO, son classement comme destination de l’année en Europe par Lonely Planet ainsi que la dynamique de son tissu économique expliquent l’attrait de cette ville. Nos chiffres au premier semestre en témoignent. Nous enregistrons une bonne croissance du trafic passagers au premier semestre, de l’ordre de 8,5%.

Quels sont les secteurs de trafic les plus porteurs ?

P. P. – Nous sommes très bons sur l’international, avec une hausse moyenne de 13,6% du trafic passagers sur l’aéroport de Bordeaux, porté par la dynamique low cost. Nous enregistrons par exemple une hausse de trafic de 31% vers la Péninsule Ibérique, de +19% sur l’Italie ou encore de +12,5% sur le Royaume-Uni. Je suis également pleinement satisfait de l’évolution du trafic sur l’Allemagne où nous avons enfin un vrai réseau avec Berlin, Hambourg, Munich et Francfort depuis cette année avec Lufthansa. Autre motif de satisfaction : le trafic vers les hubs marche très bien. Madrid est par exemple en hausse de 56%, Bruxelles de 26% tandis que Roissy progresse de 4% à 5%. Nous sommes aussi très heureux de la décision d’Air France de renforcer la desserte de Bordeaux avec des lignes sur Copenhague et Francfort.

il existe bien une demande pour du Paris-Bordeaux en avion

Avec la LGV Paris-Bordeaux, quelles sont vos attentes sur l’évolution de la ligne aérienne ?

P. P. – Air France est le premier opérateur pour l’aéroport de Bordeaux, représentant 2,7 millions de passagers, loin devant easyJet avec 1,5 million de voyageurs. Le trafic entre Bordeaux et Roissy génère quelque 650 000 passagers annuels, 70% de ce dernier étant de la correspondance. Il ne devrait donc pas être réellement affecté. La navette Bordeaux-Orly représente quant à elle un million de passagers annuels. Ce segment devrait certes être touché par le LGV mais, dans des proportions que nous estimons très limitées. Pourquoi ? Tout simplement parce que les aéroports d’Orly et Bordeaux Mérignac ont leur propre zone de chalandise. Autour de notre aéroport, nous avons un véritable pôle d’excellence dans l’aérien et le militaire avec Thalès, Ariane Groupe, Dassault. Cela représente plus de 20 000 emplois dans la zone de Mérignac. La zone de chalandise d’Orly s’est également densifiée ces dernières années et le Sud de Paris possède sa propre dynamique économique.

Comment Air France a décidé de réagir ?

P. P. – Forte de notre étude qui montre qu’il existe bien une demande pour du Paris-Bordeaux en avion, Air France a décidé de maintenir ses 14 fréquences Navette jusqu’à la fin de la saison été. La compagnie s’est engagée à maintenir au moins dix fréquences quotidiennes sur la navette Orly-Bordeaux. En fait, nous assistons à une très faible érosion du trafic pour le moment, mais la ligne LGV est très récente… Les tarifs pratiqués par la SNCF devraient également limiter les transferts de l’avion au rail. L’infrastructure LGV a coûté très chère et la SNCF doit augmenter en moyenne ses tarifs de 13 à 18 euros en moyenne sur la nouvelle ligne pour rentrer dans ses frais… Nous avons également travaillé à l’amélioration du produit Air France avec l’installation d’un circuit dédié aux passagers premium avec Sky Priority. Nous allons également nous lancer dans la rénovation de nos parkings de proximité avec un guidage qui accélérera le positionnement des voitures sur l’aéroport de Bordeaux.

La Navette
Air France et sa Navette restent le 1er opérateur à Bordeaux, devant easyJet

Quelles infrastructures seront proposées aux passagers dans un avenir proche ?

P. P.- Nous allons certainement devoir étendre notre aérogare Billi dédiée au trafic low cost. Elle a été étendue en 2015 mais elle arrive à saturation. Notre plus gros projet est la construction d’un terminal de jonction entre les halls A et B qui va permettre de fluidifier les passagers dans les aérogares. Le futur module central accueillera les formalités de sécurité et d’immigration. Cela permettra d’offrir plus d’espace et de confort pour les passagers, qui accéderont à un point central de contrôle puis à une nouvelle zone commerciale plus attractive. On devrait mettre ce module en service à l’horizon 2020-2021. Nous allons également rénover les salles d’embarquement d’ici l’été 2019. Enfin, il existe un projet de construction d’un hôtel quatre étoiles de 150 chambres avec centre de conférences pour quelque 1 200 invités. L’infrastructure devrait être achevée d’ici la fin 2019.