Interview : Stéphane Donders, Pdg de Traveldoo

Traveldoo a profité du Business Travel Show pour dévoiler une nouvelle interface, intégrant des fonctionnalités comme la reconnaissance de caractères (OCR) ou bientôt la norme NDC. Stéphane Donders, Pdg de Traveldoo, fait un point sur l'actualité de l'éditeur technologique, et livre sa vision du marché du voyage d'affaires.

Stéphane Donders
Stéphane Donders, Pdg de Traveldoo

Quelles sont les caractéristiques de la nouvelle interface dévoilée à l’occasion du Business Travel Show, à Londres ?

Stéphane Donders – Nous avons pris en compte les demandes de nos clients, qui s’expriment notamment durant les “users groups” que nous organisons régulièrement, en France et au Royaume-Uni. Nous avons donc travaillé sur le “Look & Feel” : l’ergonomie, l’aspect visuel, graphique, sans pour autant perdre en simplicité car ce qui est apprécié chez Traveldoo, c’est la réservation en trois clics. Il y avait une grosse attente, et nous savons que la nouvelle interface va plaire aux agence comme aux corporate. C’est un chantier qui nous a beaucoup occupé, d’autant que nous développons tout en interne, même si nous avons aussi pu nous appuyer sur l’expérience du groupe Expedia.

Un voyageur réservant sur Traveldoo retrouvera-t-il une expérience similaire à une réservation Expedia ?

S. D. – Pas forcément. Mais il y a, de façon générale, une convergence entre le loisirs et le BtoB. Il n’y a plus tant de différences que cela, si ce n’est bien sûr que les choses sont plus encadrées dans le voyage d’affaires avec les workflows de validation. Mais finalement, dans le mode d’utilisation mobile ou web, l’attente est la même. La grande expérience d’Expedia nous apporte beaucoup, et aujourd’hui il y a beaucoup plus d’interactions entre les équipes techniques de Traveldoo et celles du groupe. Cela traduit une volonté de créer plus de synergies techniques et produits.

Le volet « expense » intègre désormais la reconnaissance de caractère (OCR), qui ne semblait pas figurer dans vos priorités un an plus tôt

S. D. – C’est vrai… Nous avions des projets dans les cartons, mais nous n’étions pas allés au bout. Je reconnais que j’avais fait un peu de résistance…  Mais il y a eu beaucoup de demandes à ce sujet, notamment en raison de l’utilisation mobile. L’OCR est maintenant une réalité, l’outil est déployé.

Quid du partenariat avec Dimo Software : est-il toujours utile ?

Stéphane Donders – Dimo Software ne proposait pas la brique Travel, or le marché demande une offre intégrée travel & expense (T&E). Si nous ne fournissions pas cette brique, un concurrent s’en chargerait. Les résultats de l’année dernière sont bons, très bons même, et montrent que l’application répond à un vrai besoin. Ce qui est très intéressant pour nous, c’est que Dimo est positionné sur des segments de marché où nous ne sommes pas, à savoir le secteur public. L’an dernier, nous avons remporté un grand marché ensemble, celui de l’UGAP [Union des Groupements d’Achats Publics], la centrale d’achats des administrations. Ce contrat justifie à lui seul notre accord. Cela nous apporte un flux d’activité que nous n’aurions pas. C’est une réussite technique. Certes, nous pouvons nous retrouver en concurrence avec Dimo sur leur offre T&E, mais en général nous restons positionné sur les grands comptes où nous ne sommes pas en concurrence.

Avec des moyens comme ceux du groupe Expedia, n’avez-vous pas pensé à racheter un autre acteur du marché, comme Dimo Software  justement ?

S. D. – Nous avons pu songer à des acquisitions mais il n’y a aucune discussion à ce sujet avec Dimo Software. Le groupe regarde d’avantage vers des acteurs à l’international.

Traveldoo
Le relooking de la plateforme de réservation et de gestion des notes de frais a été dévoilé par Traveldoo au Business Travel Show, à Londres.

Quel est aujourd’hui le ratio entre travel et expense chez Traveldoo ?

S. D. – Un quart de notre activité concerne l’expense, trois quart pour le travel.

Quel serait l’équilibre idéal et d’ici combien de temps pensez-vous y parvenir ?

S. D. – L’idéal serait 50/50, c’est ce que je vise. Nous sommes sur une belle dynamique, car nous avons été rejoints par beaucoup de gros clients dans l’expense, où la dynamique est donc plus prononcée que sur le travel. L’an dernier, la croissance a atteint 26% sur l’expense, alors que la dynamique était plus faible sur le travel. Cela s’explique notamment par le marché des agences de voyages, pour lesquelles 2018 n’a pas été une année facile. Pour nous non plus d’ailleurs, en particulier de mars à juin, avec les grèves et les ponts.

Que représente aujourd’hui le mobile chez Traveldoo ?

S. D. – Sur l’expense, le mobile représente aujourd’hui un quart des transactions expense, et nous allons atteindre les 50% assez rapidement, d’ici la fin de l’année. Sur le travel, l’activité est encore largement concentrée sur le web, à plus de 90%. La réservation d’un voyage reste un élément structurant. Dans une entreprise, la réservation est souvent effectuée par l’“arranger”, ou l’assistant, qui ne le fait pas avec son mobile. Il est plus rare de voir le voyageur d’affaires qui réserve son hôtel depuis le taxi, juste avant d’arriver. Alors que le mobile est le compagnon naturel du voyageur pour l’expense.

Vous vous apprêtez à intégrer la NDC cet été : le dossier semble complexe…

Stéphane Donders – C’est effectivement compliqué, et personne ne sait vraiment par quel bout prendre le sujet. Je pense que passer à la NDC compagnie par compagnie est une folie. Nous sommes donc plutôt aujourd’hui sur la démarche de passer par un agrégateur. Les choses vont forcément bouger. Il y a quinze ans, toutes les compagnies aériennes étaient présentes dans les GDS, et les low-costs avaient créé un modèle à part. Maintenant, les choses se sont inversées. En tant qu’outil de réservation, nous sommes obligés de suivre. Quelle sera la qualité du contenu, de l’interface technique qui sera proposée ? Personne ne le sait vraiment.

Songez-vous à diversifier l’activité de Traveldoo, son contenu ?

S. D. – Nous allons rester sur notre cœur de métier. En termes de lancement, nous allons proposer une solution de business intelligence avant. Nous regardons aussi beaucoup l’évolution du contenu, et surveillons les les nouvelles technologies, l’Intelligence Artificielle, les chatbots

Comment est-ce que ces technologies peuvent s’intégrer au fonctionnement de Traveldoo ?

S. D. – Le groupe Expedia engage des initiatives communes à l’ensemble des marques du groupe. Il y a par exemple des hackatons internes auxquels Traveldoo participe activement, et avec succès. Il s’agit de définir ce que ces nouvelles technologies peuvent apporter à l’utilisateur, et comment les mettre en application pour l’ensemble du groupe. Cela crée une émulation technique.

L’intelligence artificielle pourrait-elle par exemple éliminer la fraude dans les notes de frais ?

S. D. – Il est peut être tentant de faire peur pour convaincre un responsable financier ou un décideur de mettre en place en solution expense, en évoquant la fraude, et ce que cela peut coûter à l’entreprise… L’IA n’a pas pour objectif unique de régler les problèmes de fraude. Evidemment, c’est un argument possible, mais je pense que l’IA peut avoir des objectifs plus “vertueux” !

Traveldoo
Stéphane Donders et les équipes Traveldoo, à l’occasion du Business Travel Show, à Londres

Comment fait-on la différence aujourd’hui entre Traveldoo et ses concurrents ? La qualité du produit prime-t-elle sur les liens capitalistiques ?

Stéphane Donders – Il faut distinguer trois grandes familles de clients : les agences de voyages, pour qui les liens d’un outil avec une grande TMC peuvent poser problème ; les entreprises moyennes, qui se moquent un peu de cet aspect et vont rester axées sur le produit, l’expérience utilisateur ; et il y a les grands groupes, chez qui les décisions seront le plus souvent “politiques”. Si une entreprise décide de renforcer sa relation avec American Express GBT par exemple, et considère que KDS, qui est un très bon produit, correspond à ses besoins, il a sa réponse. Mais si elle n’est pas certaine de pérenniser sa relation avec American Express, elle sera sans doute plus prudente… En ce qui nous concerne, notre positionnement à la fois indépendant vis-à-vis d’Egencia tout en bénéficiant de la puissance du groupe Expedia, est aujourd’hui un atout. Nous avons prouvé notre indépendance. D’ailleurs, aujourd’hui, 50% de notre activité a lieu avec d’autres agences, et cela rassure les entreprises.

Quel regard portez-vous sur le dossier « Brexit » ?

Stéphane Donders – A l’image d’un match de foot, tout peut se passer jusqu’au coup de sifflet final… Sur notre activité, nous risquons de voir une baisse, qui commence à être perceptible d’ailleurs. Il y a un effet d’attente qui se ressent dans une baisse des transactions au Royaume-Uni. En cas de Brexit dur, je ne vois pas comment cela n’aurait pas d’impact sur l’industrie du travel, car cela se traduirait inévitablement par un durcissement des règles de mobilité, or c’est la définition même du voyage d’affaires. Et je parle même pas de l’impact sur la réglementation des compagnies aériennes : j’ose imaginer qu’elles ont anticipé un plan B. Mais il y aura forcément de la casse. On voit la vague arriver, mais on n’en connaît pas sa hauteur, ni l’onde de choc. Et ce n’est pas bon…