
Quel bilan tirez-vous du premier semestre ?
Zahir Abdelouhab – La tendance au global est à la hausse des dépenses liées au voyage d’affaires, très clairement. Il y a aussi une confirmation de tendances plus anciennes, avec de plus en plus de bleisure, et nous anticipons un doublement de cette activité d’ici 2029. En ce qui concerne Navan, après 5 ou 6 ans de présence en Europe, nous sommes à un stade où nous remontons de plus en plus dans les strates. A l’échelle de la France, nous sommes en train de contractualiser avec de plus en plus de grands comptes. A notre arrivée, nous étions une sorte de curiosité pour eux, et Navan devient une réalité pour ces clients. Sur la France comme ailleurs, le segment le plus dynamique est celui des PME, avec une très forte croissance du voyage d’affaires. Il y a de plus en plus de sociétés accompagnées par une TMC, mais ça reste minoritaire : cela se limite à un tiers environ, et sur ce tiers, 10% des utilisateurs réservent encore en dehors de la plateforme. C’est donc encore un gros problème pour les entreprises, car elles cherchent à avoir de la visibilité sur leurs dépenses, et une expérience utilisateur qui rejoigne celle que l’on connaît dans la vie privée.
Les tensions internationales ne freinent-elles pas les déplacements ?
Zahir Abdelouhab – Il y a une croissance des déplacements professionnels au global, qui est – assez étonnement – insensible aux activités géopolitiques du moment. On a vécu quelques années de crise, et les marchés financiers comme l’ensemble des marchés se sont dans l’ensemble habitué, adapté, ajusté à cette instabilité géopolitique.
Constatez-vous une évolution dans la manière dont les salariés se déplacent, notamment pour concilier mobilité et éco-responsabilité ?
Zahir Abdelouhab – Les sociétés qui sont en croissance doivent se déplacer. Le constat est clair. Mais effectivement, on voyage différemment aujourd’hui, on voyage mieux dans cette ère post-Covid, avec une attention plus importante accordée au développement durable. Il faut trouver des solutions en ce sens, et c’est là que la TMC devient indispensable. Des solutions comme Navan permettent de budgéter son empreinte carbone, puis de la suivre, de la contrôler et de la réduire. Nous avons aussi des mécanismes de compensation de l’empreinte carbone, il y a les carburants durables… De fait, le voyage d’affaires est inhérent au business, et la réduction de l’empreinte carbone est un enjeu que l’on ne peut pas ignorer. La réponse n’est donc pas d’empêcher les gens de voyager mais de comprendre ces déplacements, les encadrer et adresser le sujet de l’empreinte carbone de façon proactive. Et cette nécessaire visibilité n’est possible qu’avec une TMC.
Pas une semaine ne passe sans une nouveauté estampillée IA : cette profusion peut-elle être utile concrètement d’un point de vue environnemental ?
Zahir Abdelouhab – Il y a un effet de buzz sur l’IA. Trop souvent, il s’agit de « repeindre » à l’IA quelque chose d’existant, d’y ajouter un autocollant « intelligence artificielle ». En arrivant sur le marché il y a une dizaine d’années, Navan a pu intégrer un socle technologique ultra-moderne dès le départ et nous avons construit sur cette base. Navan a été la première société de voyage d’affaires à intégrer l’IA générative dès le départ. C’est donc une technologie infusée, diffusée à toutes les couches, toutes les strates de l’architecture. Sur le volet de l’empreinte carbone, au même titre que pour les autres enjeux, l’IA va servir dans les outils d’analyse, de reporting. Il s’agit de comprendre les dépenses et comment les optimiser, comparer ses dépenses à d’autres comptes à la même échelle… Il s’agit donc d’une aide à la décision pour ajuster son programme de gestion de l’empreinte carbone.
Face à la myriade de nouveautés qui apparaissent avec cet autocollant IA, les clients s’y retrouvent-ils pour faire un choix entre les TMC ?
Zahir Abdelouhab – Ce n’est pas au client de chercher comment implémenter l’IA dans leurs cas d’usage. C’est vrai pour les TMC comme ailleurs : c’est aux acteurs spécialisés du domaine de faire en sorte que l’IA soit implémentée pour que le service soit toujours meilleur, plus rapide et moins cher. Ce que doit voir le client, ce n’est pas vraiment comment l’IA est construite. Il doit avoir accès à des tableaux de bord toujours plus puissants, un niveau de support toujours plus réactif et des outils qui anticipent toujours mieux l’avenir. Le tout pour générer des économies in fine car on automatise tout ce qui peut l’être.
Automatiser toujours plus en se reposant massivement sur l’IA : n’est-ce pas dangereux pour les TMC, leur valeur ajoutée, et leur business model ?
Zahir Abdelouhab – Cela remet effectivement en cause le business model des TMC historiques, bien sûr. Mais c’est déjà une réalité depuis des années. Leur business model reposait sur un maximum d’opérations offline, facturées à chaque appel du client. Ce n’est pas le cas de Navan : dans notre philosophie, si le client appel le support c’est qu’il y a un problème dont nous devons assumer le coût, et nous avons donc intérêt à le résoudre le plus vite possible. Si l’IA permet à nos agents de fournir des réponses très rapidement, c’est donc gagnant-gagnant.
Jusqu’à quel point ? Le rôle de l’humain dans le travel est-il menacé à plus ou moins long terme ?
Zahir Abdelouhab – Au même titre que pour le digital auparavant, l’IA permet d’automatiser les tâches rébarbatives. Dans le voyage d’affaires, et a fortiori dans le cas de grands comptes avec des configurations complexes, l’humain ne sera jamais remplacé. Il s’agira avant tout de proposer un meilleur niveau de service en réduisant les coûts car l’humain sera focalisé sur le pilotage des programmes, la gestion de crise… Mais l’IA va drastiquement changer en profondeur beaucoup de choses, dans un monde du voyage d’affaires qui avait de nombreuses années de retard, il faut bien le dire !


















