
Partir sur les traces d’Albert Londres, d’Alfred Dreyfus, de « Papillon », d’Ariane ou même d’Asterix, le premier satellite lancé par la célèbre fusée… Déambuler dans Cayenne ou Saint-Laurent-du-Maroni, découvrir la mangrove, voguer en pirogue à la frontière avec le Surinam, dormir dans un hamac sous un carbet en forêt, toucher littéralement l’Histoire dans les cellules des bagnes, parcelles d’enfer délocalisées au paradis… Voilà quelques-unes des promesses tenues par la Guyane, qui accueille les professionnels français, sans la barrière de la langue ou la contrainte du visa, et avec l’exotisme propre au seul territoire européen du continent sud-américain.

Le potentiel de la destination (plus de 83 000 km²) et ses atouts – nombreux, uniques – doivent encore gagner en notoriété en métropole comme à l’international. Mais les responsables locaux assument de grandes ambitions, notamment sur le segment entreprise, le tourisme d’affaires représentant aujourd’hui un tiers (34%) des visiteurs. « L’accueil de délégations professionnelles constitue un enjeu stratégique pour la Guyane », assure la direction de Guyane Amazonie, le Comité du Tourisme.
« Au-delà de la promotion de la destination auprès du grand public, le Comité du Tourisme de la Guyane a pour ambition de capitaliser sur la présence des touristes d’affaires en les encourageant à découvrir et consommer l’offre touristique locale puis à prolonger leur expérience au-delà de leurs engagements professionnels ». Vous avez dit « bleisure » ? La Guyane constitue indubitablement une piste à explorer pour les pros souhaitant allier l’utile à l’agréable. Et le CTG entend bien capitaliser sur ces nombreux atouts. « L’Institution souhaite également affirmer son positionnement auprès des acteurs du secteur MICE. La Guyane dispose d’atouts singuliers pour l’organisation de séminaires, voyages d’étude et événements professionnels, et notre rôle est de les faire connaître, de les structurer et de les valoriser auprès des décideurs » préviennent ses responsables.

Au-delà des grands discours et des bonnes résolutions, la Guyane s’active concrètement pour se faire un nom sur la scène MICE. Dernier exemple de cet engagement : l’Association des Journalistes de Tourisme (AJT) y a tenu son Assemblée générale en novembre dernier. Avec le défi – relevé avec les équipes du Comité du Tourisme de Guyane – de réunir quelque 80 professionnels rôdés aux grands événements et aux destinations MICE. La Guyane succède ainsi à des destinations de tout premier plan, comme la République dominicaine, Marseille ou la République tchèque.
Ground control to Major Tom…
Pour accueillir l’assemblée, la destination a ouvert à l’AJT les portes d’un espace pour le moins unique : la salle de contrôle Jupiter 2 du Centre Spatial Guyanais, à Kourou. Là où plus de 230 places accueillent en temps « normal » les spectateurs d’un lancement. « Nous sommes dans la salle depuis laquelle sont pilotés les lancements » explique Philippe Lier. Le Directeur du Centre Spatial Guyanais (CSG) décrit : « la salle est séparée en deux : la partie VIP qui nous permet d’accueillir les invités, qu’ils s’agissent d’institutionnels, de clients satellite, des opérateurs de lancement, des industriels… Et dans la partie vitrée, la tour de contrôle de la base ».

dans la salle de contrôle Jupiter 2 du Centre Spatial Guyanais, le 21 novembre à Kourou
« La base du CSG est assez ouverte, contrairement à d’autres sites dans le monde, poursuit Philippe Lier. Nous accueillons des visites grand public gratuites, sur inscription, quasiment deux fois par jour. Le CNES est aussi propriétaire des Iles du Salut, et nous avons complètement rénové notre musée de l’espace, devenu le Guyaspace Expérience, qui a beaucoup de succès. Entre les visites de la base, le Guyaspace Expérience et en complément la visite des Iles du Salut, cela forme un package apprécié par les visiteurs, que ce soit à titre personnel ou professionnel. Car nous avons évidemment beaucoup de professionnels qui viennent pendant les campagnes de lancement ».

Fort d’une superficie de près de 800 hectares, proche de celle de la Martinique, le centre spatial propose en outre des « visites des savanes » avec des guides de l’ONF (Office national des forêts). Cet espace vierge s’est transformé avec le temps en un espace préservé, avec une faune et une flore exceptionnelle – plus de 700 espèces animales différentes – illustrant là encore le trait d’union entre science et nature prôné par les autorités guyanaises. D’ailleurs, ces dernières n’entendent pas sacrifier leur environnement unique sur l’autel de l’attractivité touristique.

« Nous souhaitons accueillir un tourisme vert, durable, qui respecte notre environnement. Car l’écologie – dont on parle tant aujourd’hui sur le Vieux continent -, est dans notre ADN depuis la nuit des temps. Ici, « bien vivre, c’est bien respirer » », résume Jean-Luk Le West. Le Président du Comité du tourisme de Guyane prône donc un développement raisonné, d’autant que, comme il le reconnaît, « pour pouvoir maîtriser un flux touristique plus important, il nous faudrait peut-être quelque fois être plus nombreux. La Guyane ne compte que 300 000 habitants, et cela nous oblige surtout à former notre filière pour accueillir un nombre de touristes suffisant, sans bien sûr tomber dans le tourisme de masse ». Ce volume « suffisant » est d’ailleurs sur la feuille du CTG : « La Guyane s’ouvre de plus en plus au tourisme, avec des objectifs clairs : arriver en 2030 au chiffre de 250 000 touristes par an, contre plus d’une centaine de milliers actuellement » indique Jean-Luk Le West.
D’ici là, différents projets seront sortis de terre pour accompagner la destination dans cette montée en puissance. A commencer par un Casino-Théâtre, actuellement en chantier, dont l’inauguration est attendue dès 2026 à Cayenne, sur la route de Montabo. Fruit d’un investissement de 26 M€, il intégrera une salle modulable de 400 places assises (gradins rétractables) ou de 700 places debout. Avec bien sûr un volet MICE pour accueillir séminaires et autres évènements d’entreprise.

Dans la foulée, de nouveaux hôtels – dont le Golden Tulip Toukana attendu fin 2026 avec une soixantaine de chambres – doivent ouvrir leurs portes pour renforcer l’offre hébergement de la destination, qui compte aujourd’hui plus de 1 700 chambres (3 et 4 étoiles) à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent du Maroni. Avec une mention spéciale au Mercure Kourou Ariatel (4*) et ses 80 suites en format bungalows avec kitchenette entièrement rénovées il y a quelques mois. Tous les voyants sont au vert pour faire de la Guyane le nouvel Eldorado du MICE français.

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