Interview : Tristan Leteurtre, fondateur de Mooncard

Cumul de miles avec le programme Flying Blue, nouvelle carte premium, nouvelle carte carburant : Tristan Leteurtre, PDG de Mooncard, revient sur la riche actualité de la fintech qu'il a créée.
Tristan Leteurtre, fondateur et PDG de Mooncard
Tristan Leteurtre, fondateur et PDG de Mooncard.

La récente annonce du partenariat entre le programme de fidélité Flying Blue et Mooncard offre une belle publicité à votre offre de cartes corporate.

Tristan Leteurtre – En effet. Même si nous étions déjà perçus comme un acteur crédible, ce partenariat va nous apporter une visibilité importante auprès des entreprises, et potentiellement faciliter leur prise de décision vis-à-vis de notre offre de cartes. Sans doute certains collaborateurs vanteront-ils aussi ses avantages auprès de leur société. Charge à nous de faire notre travail de ventes et de montrer tout ce qu’une entreprise à gagner avec nos solutions en matière d’efficacité. On milite depuis notre création pour apporter des bénéfices aux entreprises et à leurs salariés, pour que les porteurs de carte n’aient plus avancer d’argent, pour automatiser la gestion des notes de frais, pour simplifier tous les achats. A un moment donné, nous nous sommes dit « pourquoi ne pas ajouter à tout cela des avantages de type miles » comme le fait par exemple American Express, un modèle pour moi. C’est ainsi qu’on a construit ce projet de carte de paiement corporate offrant la possibilité de cumuler des miles à usage professionnel et personnel.

Comment avez-vous convaincu Air France de conclure ce partenariat ?

T. L. – Ce partenariat ne s’est pas fait en quelques semaines. Nous discutions de cela depuis plus de 18 mois. Air France étant client de notre carte de paiement, nous avons eu des échanges à bon niveau avec, en face de nous, un groupe soucieux de se réinventer, de trouver de nouveaux modèles. Ils ont sans doute vu en nous des gens sérieux, ambitieux peut-être, avec une offre qui allait prendre de la place sur le marché. C’est grâce à tout cela, je pense, que nous avons pu aboutir à cette nouvelle offre.

Nous offrons la possibilité aux voyageurs d’affaires de cumuler des miles sous une autre forme, par exemple en prenant de l’essence, en payant à la FNAC ou sur Amazon.

Alors que le trafic aérien est toujours frappé par la pandémie, et donc le gain de miles limité, le timing de cette annonce n’est-il pas en décalage avec l’actualité ?

T. L. – Au contraire, nous voulons que les gens puissent profiter au maximum de leurs voyages dès qu’ils redeviendront plus faciles. Comme les avions ne volent pas beaucoup en ce moment, nous offrons la possibilité aux voyageurs d’affaires de cumuler des miles sous une autre forme, par exemple en prenant de l’essence, en payant à la FNAC ou sur Amazon, voire même en achetant un sandwich dans une boulangerie. Avec le début de la vaccination, les gens commencent à se tourner vers l’après-covid. Il est difficile de dire le temps que cela prendra, mais nous allons sortir de tout cela, que ce soit dans six mois, dans un an. A ce moment, ils auront cumulé six mois ou un an de miles et pourront s’offrir une bouffée d’oxygène, acheter des billets d’avion chez Air France et KLM, mais aussi en profiter auprès des partenaires du programme Flying Blue en convertissant ces miles en nuitées, en cadeau, en location de voiture.

Où en est le développement de votre offre auprès des entreprises ?

T. L. – Nous approchons de la barre des 3000 clients avec, en 2020, plus de 1000 entreprises qui ont signé avec nous. Parmi nos clients, vous trouvez aussi bien des grands comptes comme Air France et Vinci ou les magasins Cora que des ETI et des PME. Il y a tout un tissu de petites sociétés où les achats sont gérés par les collaborateurs avec leur carte personnelle, où les voyageurs règlent eux-mêmes leurs repas, leur hôtel, leur billet d’avion. Et cela avant de regrouper toutes ces dépenses dans un fichier Excel et d’amener les tickets agrafés à la comptabilité avant de se faire rembourser.

Ce sont donc toutes ces sociétés que vous cherchez en priorité à convaincre ?

T. L. – Ce terrain de jeu est énorme. Nous passons notre temps à rencontrer des directeurs financiers de PME et d’ETI qui hésitent encore à donner une carte de paiement à leurs collaborateurs. Ce que nous mettons en avant, c’est une carte corporate qui permet, non seulement de simplifier les achats et la gestion des notes de frais, mais qui se pilote aussi très facilement et sans risque. Grâce à des paramétrages, il est très simple, par exemple, d’activer les restaurants et de désactiver les distributeurs. On crée les conditions pour que la carte corporate soit plus largement déployée en France.

En dehors du partenariat avec le programme Flying Blue, quelles sont vos autres nouveautés ?

T. L. – Nous avons lancé deux nouvelles offres l’an dernier avec, tout d’abord, notre carte de paiement haut de gamme Mooncard X début mars. Son lancement a été un peu masqué par une autre actualité d’ampleur mondiale ! Mais nous sommes très contents de ce produit. Avec cette offre, nous avons voulu dépoussiérer la carte premium, classiquement destinée aux dirigeants, en la rendant accessible à n’importe quel collaborateur, par exemple à l’intégralité des commerciaux d’une entreprise. Pour pouvoir en faire profiter le plus grand nombre, le coût de la carte et des assurances ont été contenus au maximum. Parmi les bénéfices associés à la carte Mooncard X, nous proposons notamment un assistant personnel en partenariat avec Generali Concierge Services, une filiale de l’assureur. Alors qu’il y a de moins en moins d’office managers ou d’assistants dans les entreprises, notre idée était d’offrir une solution pour gérer tous les aspects organisationnels, par exemple réserver une salle de réunion ou acheter du matériel informatique. Autant de choses qui peuvent faciliter la vie des dirigeants ou des commerciaux. Certaines start-up déploient également cette carte premium dans leur package pour attirer les meilleurs talents.

Nous avons voulu dépoussiérer la carte premium, classiquement destinée aux dirigeants, en la rendant accessible à n’importe quel collaborateur.

Quant à la deuxième, sur quel point porte-t-elle ?

T. L. – La carte Mobility est une carte carburant universelle qui donne accès à l’ensemble des stations services, de pouvoir payer les parkings et les péages sans multiplier les cartes nécessaires, et même de régler aux bornes de recharge électrique. Cette annonce a été faite l’été dernier après avoir été retenu sur appel d’offres par l’Etat français pour le déploiement de cette carte auprès de 500 entités publiques. Comme notre carte Mobility est affiliée au réseau Visa, son avantage est de permettre aux agents de l’Etat de payer leur essence dans 100 % des stations services, tout en étendant son utilisation aux nouvelles attentes avec la recharge d’une voiture aux bornes électriques.

Faut-il s’attendre à d’autres nouveautés prochainement ?

T. L. – Après une année 2020 étonnamment assez dynamique, nous allons digérer toutes ces évolutions. Mais nous avons franchi un gros cap, c’est certain. Et on ne compte pas s’arrêter là.