Le renouveau de Djibouti grâce à son megaport

L'allure de sous-préfecture nonchalante de Djibouti s’estompe rapidement pour laisser place à des atours de nouvelle métropole économique d’Afrique de l’Est.

Port de Doraleh
Port de Doraleh

La ville de Djibouti, fondée en 1888 sous domination coloniale française et capitale du pays éponyme dont elle est l’une des six divisions administratives, est en train de devenir l’un des ports les plus modernes du monde. Un poumon économique pour les deux tiers de la population totale du pays, soit près de 600 000 habitants qui y vivent sur un territoire étendu de près de 650 kilomètres carrés.

Artère économique

S’émancipant de son cœur architectural historique, la ville repose pourtant sur un environnement aride aux rues poussiéreuses. Mais elle se trouve au carrefour de la Corne de l’Afrique, position stratégique incontournable. Ainsi le port de Djibouti demeure aujourd’hui le principal accès à la mer Rouge du voisin et géant économique éthiopien. Grâce à la nouvelle installation portuaire de Doraleh, c’est une artère économique clé pour tout l’est du continent africain.

« Djibouti a un atout majeur qui est sa position géographique, à l’entrée du détroit Bab-el-Mandeb sur la mer Rouge, à 6 heures seulement de l’une des principales voies maritimes du monde où transitent 30 000 navires par an et 90 navires par jour. Quand on compare à Dubaï, cela représente 2 à 3 jours de déroutement de moins pour un navire. Or, une heure de navigation représente des milliers de dollars pour une compagnie maritime », fait valoir Wahib Daher Aden, PDG du port polyvalent de Doraleh.

C’est en 2017 que Djibouti a officiellement inauguré cette installation portuaire massive de 580 millions de dollars, venue prendre le relais du port historique de Djibouti, promis à un futur de centre d’affaires. Le nouveau port, réclamé à la mer, se présente sous le signe du gigantisme avec ses douze portiques géants rouges vifs déployés sur un quai de 1200 mètres de long. L’un des ports en eaux profondes (18 mètres) les plus performants du monde, il peut accueillir des navires de près de 15 000 containers ainsi que des vraquiers et traiter 9 millions de tonnes de marchandises par an.

Sa spécificité est d’être bientôt relié à la ligne de chemin de fer vers la capitale éthiopienne Addis Abeba, inaugurée en 2018, et de jouxter une zone franche industrielle spécialisée dans la logistique, le commerce et l’industrie légère Celle-ci offre pour le moment 140 hectares d’installation à une trentaine de sociétés étrangères et il est prévu qu’elle s’étende sur des dizaines de kilomètres. De l’autre côté de la capitale, le pôle d’industrie lourde de Damerjog est également en train d’émerger sur plus de 3 000 hectares. A terme, il comportera une usine de liquéfaction de gaz, une de stockage pétrolier, une raffinerie de pétrole, une usine de ciment et un chantier de réparation navale.

Nouvelles infrastructures

Pour fluidifier cet ensemble logistique, les infrastructures sont développées au pas de course. Les capacités de transports routiers sont en train d’être améliorées avec plusieurs corridors en cours de finalisation. Djibouti travaille également à la rénovation et à l’extension de son dispositif aéroportuaire : le vieil aéroport de Djibouti sert également aux transports militaires et devient chaque jour plus saturé pour un transport civil en pleine croissance. « L’aéroport dont nous disposons va bénéficier d’une extension pour accueillir ce trafic que nous comptons capter, le tout en attendant qu’un autre aéroport international puisse voir le jour, non loin de cet aéroport actuel », explique Said Nouh, secrétaire général au Ministère du Transport et de l’équipement.

D’ici quelques années, les visiteurs pourraient ne plus reconnaître la capitale à leur arrivée, avec un littoral totalement rénové qui offrira un véritable centre d’affaires, une marina pour accueillir des bateaux de plaisance et de croisières, ainsi que des tours de bureaux pour héberger des sociétés. Cette révolution s’accompagne déjà d’une forte augmentation du parc hôtelier, actuellement insuffisant pour accueillir le flux croissant de touristes et d’hommes d’affaires internationaux.

Plusieurs hôtels sont en cours de construction, dont le complexe hôtelier et commercial multifonction de la société chinoise Touchroad International : il s’agit d’un édifice de 32 magasins, deux salles de cinéma, un casino, plusieurs restaurants et de nombreux espaces consacrés aux sports et aux loisirs. Les trois étages supérieurs abriteront un hôtel de deux cent chambres.

Situé en bordure de la mer sur la route de Venise, le quartier d’affaires et de loisirs montant de la capitale complétera l’offre du nouveau Mall Bawadi, premier centre commercial haut de gamme de Djibouti qui agrège autour d’un hypermarché Carrefour, de nombreuses boutiques, des banques, restaurants, cafés, ainsi qu’un bowling et un cinéma.