Pays du golfe: le mirage défie la réalité

Rome ne s’est peut-être pas faite en un jour. Pour Dubaï, en revanche, le doute subsiste… Inutile de refaire la légende du village de pêcheurs de perles transformé en carrefour portuaire majeur par la grâce de l’émir Rachid ben Saïd al-Makhtoum, puis en Babel ludique du Moyen-Orient par son fils, Mohammed. Une légende fondée avant tout sur l’audace, dans une région où l’odeur du pétrole a plutôt tendance à entretenir la mentalité rentière. “L’argent est comme l’eau : si vous l’enfermez, il devient stagnant et sent mauvais ; mais si vous le laissez couler, il reste frais”, disait en 2003 l’héritier bâtisseur en présentant son projet Dubaïland, l’immense complexe de loisirs dont le chantier s’est engagé pour une quinzaine d’années et un investissement de 10 milliards de dollars.

Inutile, également, de décrire à nouveau cette ville qui se réinvente chaque année, où les gratte-ciels surgissent du sable comme des champignons de la mousse, où les traditions du désert se figent dans une débauche d’air conditionné et où l’on n’hésite pas à construire des palmiers sur l’eau pour pallier la pingrerie de la Nature qui n’a donné à l’émirat qu’une seule côte sur la mer. Des palmiers qui symbolisent aux yeux du monde le “tout est possible” dubaïote, le pompon revenant désormais sur ce point à Palm Deira, un projet d’une superficie de 80 kilomètres carrés dont l’inauguration est attendue, par phases successives, à partir de 2010. Le projet le plus impressionnant, peut-être, mais pas le seul dans la catégorie “poids lourds”, entre la très prochaine tour Burj Dubaï et ses 810 mètres, l’International Chess City et ses 32 tours conçues comme des pions d’échecs, ou encore le Falcon City of Wonders où devraient bientôt se côtoyer les jardins suspendus de Babylone, la Muraille de Chine et une réplique de Central Park.

Encore et encore de nouveaux hôtels

Appât ou repoussoir, chacun ses goûts, Dubaï est en tout cas une réussite statistique dont la gloire se chante d’abord en chiffres. Pour 2006 : plus de 6 millions de visiteurs (soit plus que l’Inde), 15 millions attendus pour 2015 et un taux de croissance économique de plus de 400 % sur la dernière décennie. Idem pour le secteur hôtelier, en pleine explosion : +33 % de chambres sur la période 2001-2005 tandis que, sur la même période, le taux d’occupation passait de 61 à 85 %. Et ce n’est pas fini puisque, selon le Department of Tourism and Commerce Marketing (DTCM), qui gère le développement touristique de l’Émirat, 18755 chambres viendront s’ajouter au lot d’ici à 2010, près de la moitié d’entre elles étant annoncées pour la seule année 2008.

À Dubaï, chaque vendange hôtelière génère son grand cru. Après le Park Hyatt Dubaï, en 2005, et le Kempinsky Mall of the Emirates Hotel, en 2006, c’est le groupe Emirates Hotels and resorts qui créé l’événement, en 2007, avec l’ouverture de ses appartements de standing de la Marina et de Green Lakes. Mais le groupe n’a pas le monopole du luxe, puisque ce sont pas moins de onze établissements cinq étoiles (!) qui ouvrent leurs portes à Dubaï cette année, notamment, côté français, le Sofitel Jumeirah Beach Residence. En attendant, bien sûr, la nouvelle averse d’étoiles (dix établissements grand luxe) qui s’abattra l’année prochaine sur The Palm Jumeirah avec, au cœur du dispositif, le Resort Atlantis avec ses 1539 chambres réparties sur un domaine aquatique de 42 hectares. De nouveaux établissements qui, comme leurs prédécesseurs, devraient faire une large place à la clientèle business. “On estime généralement que le trafic affaires représente près de 70 % de nos visiteurs, rappelle Pascal Maigniez, directeur du DTCM pour la France et le Benelux. La dualité du positionnement affaires-loisirs est donc une des spécificités des projets hôteliers de Dubaï, où il est commun qu’un hôtel de plage accueille un centre de congrès.” Mais l’examen attentif du calendrier des inaugurations laisse deviner que la nouveauté ne se limite pas au secteur hôtelier, entre les six nouveaux parcours de golf conçus par Greg Norman, le nouveau métro, le futur tramway et surtout les innombrables malls, parcs de loisirs et quartiers résidentiels de luxe qui s’apprêtent à combler les espaces vides restant.

C’est probablement à l’aéroport que l’on touche au plus impressionnant : parallèlement aux travaux d’expansion de l’aéroport principal de Dubaï, qui devraient lui permettre d’accueillir les “70 millions de passagers attendus en 2016”, se développe, au sud de la ville, le projet de Dubaï World Central, qui se présente comme “le plus grand aéroport du monde (…) dont la capacité sera égale à celles, combinées, des aéroports O’Hare de Chicago et Heathrow à Londres”, soit 120 millions de passagers annuels. Bref, l’émirat-star n’est pas prêt de s’initier aux charmes du minimalisme.