Qatar Airways lorgne sur le capital d’American Airlines

Qatar Airways veut entrer au capital d’American Airlines, son partenaire au sein de l’alliance oneworld. Une annonce qui intervient dans un contexte chaotique, entre tensions diplomatiques dans le Golfe et concurrence exacerbée avec… les compagnies américaines.

Qatar Airways
Akbar al-Baker (à droite), Pdg de Qatar Airways, inaugurant le salon de la compagnie à Paris CDG

Voilà un communiqué qui risque de faire grand bruit. En sept lignes laconiques, transmises aux médias jeudi après-midi, Qatar Airways dévoile ses ambitions capitalistiques ciblant American Arlines. La compagnie basée à Doha indique « voir dans American Airlines une forte opportunité d’investissement ». Et le communiqué de poursuivre : « Qatar Airways croit dans les fondamentaux d’American Airlines et souhaite développer une position passive dans l’entreprise sans s’impliquer dans son management, ses opérations ou sa gouvernance ».

DR Airbus
Le capital d’American Airlines intéresse Qatar Airways

La compagnie aérienne précise même ses intentions, et chiffre cette possible prise de participation : pas plus de 4,75%, du moins pour l’investissement initial, et sans un accord préalable émanant du conseil d’administration d’American Airlines. C’est la règle. Mais d’après le document transmis par la compagnie américaine à la « Securities and Exchange Commission » (SEC) – le gendarme de la Bourse US – Qatar Airways pourrait nourrir des intentions à deux chiffres. Le transporteur de Doha souhaiterait acquérir 808 millions de dollars de titres, et ainsi s’offrir 10% environ du capital.

Cette annonce fait suite à une série de turbulences touchant Qatar Airways, et plus généralement l’émirat. Les autres pays du Golfe ont mis au ban le Qatar depuis le début du mois de juin, en rompant leurs relations diplomatiques et donc leurs liaisons aériennes. Parallèlement, les autorités américaines ont mis en place un « laptop ban » – ou « electronics ban » – interdisant ainsi les ordinateurs en cabine sur les vols en provenance d’une poignée d’aéroports mais qui pourrait s’étendre à l’Europe. Doha en fait partie, Qatar Airways a donc du réagir rapidement, en proposant des ordinateurs de prêt à bord de ses appareils pour juguler la fuite de la clientèle business.

Partnership for Open and Fair Skies
Ironie de l’histoire, Qatar Airways compte parmi les trois compagnies dénoncées par le « Partnership for Open and Fair Skies », un lobby cofondé par American Airlines

Les autorités américaines ont assuré qu’il s’agissait là d’une précaution légitime contre des menaces d’attentats. Certains observateurs ont pu y voir une mesure de rétorsion. En effet, les transporteurs américains accentuent la pression sur l’administration Trump, dénonçant la concurrence déloyale des compagnies du Golfe. American Airlines compte d’ailleurs – avec Delta et United Airlines – parmi les signataires du « Partnership for Open & Fair Skies », le lobby aérien américain qui dénonce explicitement les méthodes de fonctionnement et de financement de Etihad Airways, Emirates et… Qatar Airways.

« Déroutant », pour un Doug Parker « pas très enthousiaste »

Dans une lettre envoyée le 22 juin aux employés de la compagnie, Doug Parker, Pdg d’American Airlines, a d’ailleurs avoué « ne pas être particulièrement enthousiaste », tout en rappelant que « tout le monde peut acheter des parts de la société sur le marché ouvert ». « Nous trouvons cela déroutant, étant donné notre position largement connue concernant les subventions illégales que Qatar, Emirates et Etihad ont perçues depuis des années de la part de leurs gouvernements » rappelle s’il en était besoin le patron de la compagnie américaine.