Grands quartiers d’affaires : un dynamisme à conserver

La City, Midtown, Marunouchi, La Défense, Canary Wharf : l'attractivité de ces grands quartiers d'affaires est toujours au plus haut en 2020, selon le classement publié par EY et l'Urban Land Institute. Mais les global business districts auront plusieurs défis à relever pour dépasser la crise.

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Le quartier de La Défense a vu l'ouverture en juin d'un nouveau lieu gastronomique, Table Square. (c) enia architectes

Et à la fin, c’est la City qui gagne ; par delà le Brexit et toutes les valses-hésitations autour de la sortie de l’UE du Royaume-Uni. Le rapport « Attractiveness of Global Business Districts 2020 », publié par EY et l’Urban Land Institute (ULI), consacre une nouvelle fois le quartier d’affaires londonien comme le premier au monde. La publication le 19 mai dernier de ce classement – le deuxième du nom après celui publié en 2017 – est sans doute passée inaperçue, alors que les plus grands quartiers d’affaires mondiaux se voyaient désertés par leurs millions de salariés chez eux confinés.

La capitale britannique conserve donc toute son attractivité auprès des grandes entreprises et cabinets de conseil ou d’avocats, et par voie de conséquence, auprès des voyageurs d’affaires. Car, de son côté, Canary Wharf, son autre grand business district, se positionne toujours en cinquième position du palmarès. Entre les deux, trois autres lieux stratégiques de l’économie mondiale : Midtown à New York (2e), Marunouchi à Tokyo (3e) et le quartier des affaires parisien de La Défense (4e). Un palmarès inchangé, même si, en y regardant de plus près, la concurrence s’intensifie, les scores se faisant de plus en plus proches entre les cinq premiers quartiers d’affaires. Tandis que les indices de la City (-2,5) et de Midtown (-1,2) se replient par rapport à 2017, ceux de Marunouchi (+2,7) , de Paris La Défense (+1,5) et de Canary Wharf (+1,9) sont, eux, en croissance.

Autre constatation, et qui n’est guère une surprise, le rapport traduit également le dynamisme des grandes villes asiatiques. Pékin (+4,7), avec 4,3 millions de mètres carrés de bureaux supplémentaires et les sièges sociaux de huit sociétés du Fortune Global 500, est passé de la neuvième à la septième place mondiale, juste derrière le Financial District de New York. Le CBD de la capitale chinoise devance désormais le quartier de Gangnam à Séoul, le downtown de Singapour (-0,1) et le Loop à Chicago (-0,8). En nette progression également, Hong Kong, Shanghai et Mumbai, alors qu’à l’inverse, l’attractivité de deux grands pôles émergents, Sao Paulo et de Johannesbourg, est en recul.

Des défis à relever pour les grands quartiers d’affaires

Reste que ce classement délivre une photographie pré-Covid19, mais qu’en sera-t-il dans trois ou quatre ans ? Avec le recours accru au télétravail, de nouveaux schémas d’organisation professionnelle apparaîtront sans doute au sein des entreprises, les effets de la crise économique s’ajoutant à cela pour peser sur l’immobilier de bureaux. Interrogée par UN News, le site d’information des Nations Unies, Susan Hayter, conseillère technique principale sur l’avenir du travail à l’Organisation internationale du travail souligne que « les réunions virtuelles à distance sont désormais monnaie courante. À mesure que les restrictions sont levées, tout le monde se demande si ce « business as inusual » deviendra la « nouvelle normalité ». » Pour cette spécialiste du monde du travail, il y a matière à se réjouir que les employés n’aient plus l’absolue nécessité de se déplacer pour se rendre au travail, autant pour leur équilibre personnel que pour celui de la planète. Cependant, estime-t-elle, « l’idée de mettre fin au « Bureau » avec un grand B est certainement exagérée. »

« Dans la nouvelle normalité qui émerge avec le recul de la pandémie, les Global Business Districts peuvent-ils convaincre toutes leurs parties prenantes – entreprises, employés, visiteurs, acheteurs, habitants, investisseurs et promoteurs – que les quartiers d’affaires sont toujours des lieux uniques pour opérer ? » : Marc Lhermitte, associé chez Ernst & Young, commentant la présentation de l’étude conduite par EY et ULI, s’interroge sur le devenir des grands quartiers d’affaires.

Concentration de talents, efficacité commerciale, connectivité optimale, influence mondiale : les grands carrefours business conservent à n’en pas douter des atouts majeurs. « Nous sommes convaincus que le cœur de l’attractivité d’un GBD restera le même. Les entreprises internationales devront reprendre les réunions, mener des projets stratégiques, accueillir des clients et des partenaires commerciaux », a déclaré Marie-Célie Guillaume, directrice générale de Paris La Défense. Pour autant, « la crise de Covid-19 a clairement montré que les êtres humains ont besoin d’interaction sociale », souligne-t-elle.

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Qualité de vie, détente en dehors des heures de bureau, espaces de travail attractif : les quartiers d’affaires ont déjà entamé une évolution en ligne avec les nouvelles attentes des salariés. Par exemple, à travers une place accrue pour les mobilités douces, le vélo en particulier, ou l’émergence de lieux de vie à l’image de Table Square, nouveau point de rendez-vous gastronomique récemment ouvert sur le parvis de La Défense. « Après la Covid-19, nous nous attendons à ce que ces éléments humains deviennent encore plus importants qu’ils ne le sont déjà. Les quartiers d’affaires devront s’adapter à une « nouvelle normalité » et ceux qui y parviendront le mieux devraient grimper dans les classements à l’avenir », a déclaré Lisette van Doorn, PDG Europe de l’Urban Land Institute, co-auteur du rapport « Attractiveness of Global Business Districts 2020 ».

Sur fond de risques sanitaires et climatiques, la mutation des quartiers d’affaires globaux devrait encore s’accélérer. L’étude pointe de nouvelles priorités comme celle donnée à à l’environnement – une obligation pour attirer les talents et les locataires – et la mise en place de stratégies de résilience collectives. « À long terme, les GBD doivent devenir des destinations urbaines inclusives, au-delà des concentrations d’espaces de bureaux », conclut le rapport.