Railcoop arrête les frais avant même son lancement sur Bordeaux-Lyon

Alors que ses premiers trains étaient attendus cette année, la coopérative Railcoop s’est placée en liquidation en raison de la difficulté à trouver de nouveaux capitaux pour éponger ses dettes.
Railcoop
Les dirigeants de Railcoop ont officilaisé le 27 mars la fin de ce projet coopératif

S’attaquer à la SNCF et ouvrir des lignes ferroviaires en France, classiques ou à grande vitesse, s’avère un parcours long et difficile, semé d’embûches. Railcoop vient d’en faire les frais, les dirigeants de ce projet original annonçant le 27 mars dernier la liquidation de leur SCIC (société coopérative d’intérêt collectif).
Ils ont ainsi décidé d’anticiper la décision qui aurait été rendue par le Tribunal de commerce de Cahors le 15 avril prochain. Le coup de grâce est venu d’un contentieux perdu il y a dix jours par Railcoop face à la société ACC-M qui lui réclamait 800 000 euros de frais pour le gardiennage de ses deux premières rames.

Une idée utopique ?

Lancé en 2019 sur un mode coopératif, une première en France dans le ferroviaire, Railcoop avait pourtant séduit quelque 15 500 sociétaires qui n’avaient pas hésité à mettre la main au portefeuille afin de relancer la ligne Bordeaux-Lyon qui dessert notamment Périgueux, Limoges, Montluçon et Roanne. Une transversale longue – 6h30 – et structurellement déficitaire qui avait conduit la SNCF à arrêter les frais il y a des années. Désireuses de soutenir le développement économique de territoires un peu délaissés, plusieurs collectivités locales étaient même devenues sociétaires. Mais cela n’a pas suffi à débloquer l’appui financier des banques ni de l’Etat pourtant peu avare de discours sur la relance du ferroviaire et de ses transversales. Les récentes discussions avec des fonds espagnols et français sont arrivées trop tard pour la coopérative placée en redressement judiciaire depuis octobre 2023.

Un manque de capitaux constant

Railcoop fut semble-t-il trop optimiste dans son plan de développement qui prévoyait une ouverture en 2022 avec 6 trains quotidiens, sous-estimant les nombreux obstacles à surmonter. Et d’abord le coût financier du projet qui aurait nécessité, selon les experts, un capital de 50M€ alors que les sociétaires n’ont permis de réunir « que » 8,5M€. Car il faut trouver et rénover des rames d’occasion, une gageure actuellement en France, ou passer commande auprès de constructeurs spécialisés ce qui aurait décalé le lancement de 3 à 5 ans. Si Railcoop décrocha son habilitation auprès des autorités, il lui fallut ensuite batailler avec SNCF Réseaux pour obtenir les précieux sillons nécessaires à la circulation de ses trains. Face à ces retards au démarrage, Railcoop eu enfin la mauvaise idée entre fin 2021 et avril 2023 d’initier une activité de transport de fret, pour le bois notamment, entre Capdenac dans l’Aveyron et Toulouse. Une diversification qui s’avéra au final déficitaire face à la concurrence féroce de la route. De quoi laisser un souvenir amer à ses dirigeants et aux milliers de sociétaires qui ont cru dans ce projet à l’heure de l’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire.