Le grand retour des trains de nuit en Europe

Après l’Autriche, pionnier dans la renaissance des trains de nuit, voici que la France et la Suède planifient la réactivation des trains de nuit. 2022/2023 devraient consacrer en Europe de ce mode de transport alternatif à l’avion.

Photo: DR ÖBB

La prise de conscience écologique et la crise du Covid-19 auront produit au moins un effet positif sur l’Europe ferroviaire : celle du grand retour des trains de nuit. Une belle revanche pour ce mode de transport que tout semblait condamner encore il y a 20 ans. La SNCF en France, les FS en Italie ou encore la Deutsche Bahn avaient de fait réduit dans les années 2010 le réseau de trains de nuit en raison de divers facteurs. Le parc de trains couchette avait vieilli, la plupart des wagons datant des années 80. D’autre part, les coûts d’exploitation sont plus élevés que sur des trains traditionnels en raison d’une densité moindre dans les compartiments et d’un personnel plus nombreux pour surveiller et nettoyer les wagons.

Le coup de grâce avait été finalement asséné par le développement en parallèle des réseaux de trains à grande vitesse et des compagnies aériennes low-cost, ces éléments ayant rendu l’exploitation des trains de nuit obsolète. La Deutsche Bahn arrêtait ainsi l’exploitation de ses derniers convois de nuit en 2016, la SNCF sa liaison entre Paris et Nice en 2017.

Cette renaissance est récente et elle a beaucoup à voir avec la prise de conscience écologique en Europe. Les contraintes également plus grandes sur les aéroports en matière de sécurité et de conditions de voyage ont probablement eu un effet sur la demande, même si elle est moindre.

L’Autriche mène le bal

C’est l’Autriche qui aura donné le signal de cette renaissance. Les chemins de fer fédéraux autrichiens ÖBB ont été les premiers à réactiver des lignes de trains faisant de Vienne le nouveau hub européen de ses « Nightjets ».

L’entreprise ferroviaire exploite aujourd‘hui 16 lignes dont une nouvelle liaison sur Bruxelles-Vienne. L’ÖBB a transporté 1,5 million de voyageurs en 2019. Certes, il s’agit d’une goutte d’eau par rapport aux 36 millions de voyageurs sur ses grandes lignes. Mais les Nightjets génèrent déjà près de 20% du chiffre d’affaires des lignes longue distance de l’opérateur autrichien.

Selon le PDG de l’ÖBB Andreas Matthä dans une interview au quotidien économique allemand Handelsblatt, le trafic des Nightjets en 2019 a presque atteint l’équilibre financier pour la première fois. 2020 s’annonce sous les meilleurs auspices. La crise du COVID a rendu les voyageurs méfiants envers le transport aérien.

Depuis la réouverture des frontières intra-européennes dans l’espace Schengen, les Nightjets autrichiens ont regagné en popularité. Les voyageurs semblent de fait apprécier la possibilité de voyager en cabine privée. En juillet, les trains de nuit affichaient un taux de remplissage de 90% contre une moyenne de 50% à 60% pour les trains traditionnels.

L’ÖBB a décidé d’accélérer son développement avec un investissement prévu de 750 millions d’euros pour l’achat et la modernisation de son parc ferroviaire.

La firme autrichienne veut continuer à développer des lignes, notamment depuis l’Allemagne qui est son deuxième marché puisque elle opère déjà des lignes depuis Munich vers la Croatie, l’Italie et la Hongrie. En décembre, l’opérateur autrichien a confirmé le lancement de deux lignes au départ de Berlin et Hambourg vers Zurich.

Toujours selon le Handelsblatt, Andreas Matthä est persuadé de pouvoir dans le futur lancer de nouvelles lignes entre Berlin et Bruxelles ainsi qu’entre Vienne/Munich et Paris. Il semblerait que cette dernière ligne soit la plus probable. On évoque 2023, date à laquelle l’opérateur autrichien recevra ses nouveaux trains de nuit. Ils offriront des standards de confort comparables à ceux d’un hôtel et pourront attirer aussi les hommes d’affaires. Les futures cabines comporteront notamment des douches et même des mini-suites, modelées sur les « capsule hôtels » nippons.

La France favorable aux trains de nuit

D’autres pays en Europe redécouvrent aussi les trains de nuit. La Suède souhaite également offrir des liaisons ferroviaires de nuit avec l’Europe continentale. Le pays se prépare à lancer en août 2022 une nouvelle ligne reliant Stockholm à Hambourg et Malmö à Bruxelles. Les deux services passeraient par le pont de l’Øresund qui relie Copenhague au sud de la Suède.

La Belgique travaille également à promouvoir sa capitale comme le hub des services de nuit en Europe de l’Ouest. Et ce, en raison de sa situation géographique favorable. Bruxelles pourrait ainsi devenir aussi la tête de pont des trains de nuit vers le Royaume-Uni.

En Suisse, les CFF viennent de décider de louer des wagons-lits, livrables en 2021. Selon le quotidien Luzerner Zeitung, ces trains devraient à priori entrer en service sur Zurich-Amsterdam. Cette ligne était exploitée jusqu’en 2016. Les CFF songent également à réactiver des liaisons de nuit vers Barcelone, Copenhague et Rome.

Le gouvernement français regarde aussi plus favorablement les trains de nuit. Cette prise de conscience a été confirmée par Emmanuel Macron le 14 juillet dernier. Dans son interview, le Président annonçait alors une réouverture de certains lignes régionales et lignes de nuit. Des éléments qui expriment une volonté de réduire l’impact carbone sur l’environnement.

La SNCF n’exploite actuellement plus que deux lignes, de Paris à Briançon et de Paris à Rodez et les Pyrénées-Orientales. Elle comptait plus d’une trentaine de liaisons il y a vingt ans. Un rapport est en préparation pour la fin de l’été qui devrait donner des pistes pour de nouvelles lignes. Mais on annonce déjà la remise sur les rails du train de nuit entre Paris et Nice en 2022.

Le secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebarri, déclarait récemment sur la chaîne LCI que le gouvernement avait des « plans ambitieux » …