
Stéphane Donders a été nommé à la tête de Traveldoo en janvier dernier. A l’occasion du Business Travel Show organisé les 24 et 25 février à Londres, cet ancien de KDS et de Meilleuregestion fait un point sur ses objectifs à la tête du spécialiste technologique du voyage d’affaires. International, relations avec Egencia, axes de développements du SBT : Stéphane Donders évoque le passé, le présent et surtout l’avenir de Traveldoo.
Quel regard portez-vous sur ce 22ème Business Travel Show ?
Stéphane Donders – C’est un rassemblement important pour l’industrie du voyage, un événement autour duquel tout le monde se retrouve. Certes, l’audience est plutôt britannique, mais prend de fait une dimension européenne puisque le Royaume-Uni est le marché dominant en Europe dans le secteur du voyage, tout simplement parce que beaucoup de grands groupes ont installé leur siège social à Londres, on ne peut pas se le cacher. Tout acteur doit être présent en Angleterre, qui est de toute façon le marché le plus dynamique, à la fois en volumes et en termes d’adoption de solutions technologiques et d’outils online. Il n’y a pas l’équivalent d’un salon comme celui-ci en France.
Quelle mission vous a été assignée en janvier, lors de votre nomination à la tête de Traveldoo ?
S. D. – Traveldoo est une société technologique créée par des Français, et la structure appartient désormais totalement à Egencia et Expedia, depuis quatre ans maintenant. Si le groupe avait voulu dissoudre Traveldoo dans son organisation, il lui suffisait de le transformer en business unit et d’installer à sa tête un responsable d’Expedia ou d’Egencia. Ma nomination, mon profil d’entrepreneur, mon expérience de cinq années chez KDS, témoignent d’une stratégie d’accélération du développement de Traveldoo sur le marché. Ma mission consiste donc à faire de Traveldoo un acteur global, tendre à ce que notre solution soit utilisée et commercialisée sur tous les pays. A travers nos clients, notre outil est utilisé dans une quarantaine de pays. Nous souhaitons développer l’offre technologique en matière de Travel & Expense. Il s’agit aussi d’être en capacité de mettre en place des accords d’agrégation de contenus. Le marché est très segmenté. Alors que les GDS concentraient l’offre il y a encore quelques temps, les compagnies low-costs ont fait leur apparition, puis les VTC : il faut être capable de répondre à l’ensemble des besoins des différents pays. Cela passe par des interfaces techniques, les fameuses API. Notre métier consiste à proposer un contenu et un service. Le client cherche à avoir un maximum de choix. Et le fournisseur veut être visible, à travers Traveldoo, auprès des corporate. Tout le monde est gagnant au final.
L’enjeu, c’est aussi de capturer toutes ces données issues de ce choix de plus en plus large…
S. D. – Nous collectons cette donnée, nous l’agrégeons dans le système pour ensuite la proposer au niveau de la réservation au voyageur, en conformité avec le politique voyages du client. Le reporting et le mobile sont aussi, bien sûr, des axes de développement majeurs.
Vous inscrivez-vous dans la continuité du travail accompli par votre prédécesseur, ou est-ce au contraire une forme de rupture ?
S. D. – C’est une continuité, puisque de très belles choses ont été faites. Il ne s’agit donc absolument pas de créer une rupture, ce serait présomptueux de ma part. Il s’agit de favoriser les relations avec le groupe, d’avoir une démarche beaucoup plus globale, plus volontaire à l’international. La mise en place d’une équipe de six personnes sur le marché britannique s’inscrit dans cette logique.
Quels seront les marchés prioritaires dans votre développement à l’international ?
S. D. – En Europe, outre la France bien sûr, notre focus concerne l’Angleterre, les pays du Nord, la Belgique et la Suisse. Nous allons aussi démarrer à travers de gros clients européens des opérations aux États-Unis, où nous nous renforcerons d’ailleurs fin 2016 avec des équipes locales. Traveldoo a beaucoup évolué, et a atteint une taille suffisante pour le faire. On peut être fier d’avoir en France des entreprises technologiques capables d’innover, de prendre des parts de marché, d’être visible à l’international, d’investir. KDS aussi contribue à cela d’ailleurs : légitimer le savoir-faire et les technologies françaises.
Comment voyez-vous l’avenir des relations avec Egencia ?
S. D. – Les relations sont plus apaisées, puisque c’est le groupe qui m’a recruté. Je suis donc naturellement enclin à favoriser ces relations. Dans mon esprit, les relations avec Egencia sont du même niveau que celles que nous pouvons avoir avec CWT, American Express GBT ou BCD Travel.
Est-ce satisfaisant ?
S. D. – Oui, dans la mesure où nous ne pouvons pas être “mariés” avec une agence, et une TMC ne peut pas l’être avec un seul outil. C’est le bon sens, et le client bien sûr, qui décident au final. Nous avons tout intérêt à travailler tous ensemble intelligemment.
Nous ne pouvons pas être “mariés” avec une agence
L’équilibre semble complexe…
S. D. – Les choses se font naturellement, des deux côtés. Mon discours a été le suivant : “pourquoi travaillerions-nous avec Carlson Wagonlit ou American Express GBT, et pas avec Egencia ?”
Telle est la question…
S. D. – Cette question est désormais levée, puisque j’ai été nommé par le groupe. Ce travail est en cours, pour permettre à Egencia de proposer l’offre Traveldoo, notamment sur la partie “expense”.
Sans parler de rupture, cela ressemble donc tout de même à un virage
S. D. – Oui, il y a une plus grande volonté de travailler ensemble, des deux côtés.
Pourquoi la collaboration n’a-t-elle pas fonctionné dans cette logique jusque-là ?
S. D. – Dans la vie, d’une manière générale, c’est une question d’hommes plutôt que de politique ou de stratégie : on a envie de travailler ensemble, ou pas. Quand Traveldoo a été racheté par Egencia, certaines agences ont tourné le dos à Traveldoo, ce qui a pu créer un certain traumatisme. Aujourd’hui, les agences reviennent, car il y a une séparation totale vis-à-vis d’Egencia, qui préserve l’autonomie de Traveldoo.
Traveldoo a été indirectement liée à la petite polémique née de la nouvelle offre Travel Expert…
S. D. – Oui, mais en ce qui nous concerne, nous ne vendons pas notre technologie à un euro. C’est un business model qui relève de Voyage Expert. Ce qu’ils ne gagnent pas en transaction fee, ils iront le chercher ailleurs. Notre accord de technologie avec eux ne crée pas de rupture avec les autres agences en termes de modèle économique. Il s’agit avant tout du positionnement et de la communication marketing de voyage Expert. Nous avons d’ailleurs découvert l’information en même temps que le marché.
Quelle est la valeur ajoutée de Traveldoo aujourd’hui ?
S. D. – Être capable d’apporter une solution de bout en bout sur la chaîne du voyage. La différence se fait par la couverture fonctionnelle et la qualité de l’interface. Traveldoo est très appréciée pour la convivialité du logiciel. L’an dernier, notre taux de renouvellement clients a atteint 98%, alors que la moyenne de ce marché se situe d’avantage autour de 94%. Cela traduit une certaine qualité de service et donc de satisfaction clients. Si les clients viennent nous voir, c’est bien qu’ils n’ont pas trouvé ailleurs ce qu’ils cherchaient en termes de couverture fonctionnelle, de qualité de service et de promesses tenues. Traveldoo s’appuie sur une très forte proximité des relations clients. Nous avons remporté le plus gros projet T&E l’an dernier avec le groupe Total, et ce grâce à la couverture fonctionnelle de la solution, son ergonomie, sa convivialité, et la qualité du service, l’expertise des équipes. La grosse différence aussi, c’est qu’il s’agit de la seule plateforme unique, il n’y a pas de migrations, de lots. Tous les clients utilisent la même version, quel que soit le pays. Ça se ressent dans l’utilisation, on voit bien que ce n’est pas une connexion entre différentes plateformes, des outils qui ont été rachetés, et qui communiquent plus ou moins bien ensemble.
Propos recueillis par Florian Guillemin




















