
Un développement à grande vitesse avant une phase de consolidation dans les années à venir : Trenitalia a dressé le bilan d’une année 2025 riche en nouveautés pour la compagnie italienne. Fêtant ce mois-ci ses quatre ans de présence sur les voies françaises, Trenitalia a tout d’abord connu en avril le redémarrage de la ligne Paris-Milan, suspendue 13 mois en raison d’un éboulement dans la vallée de La Maurienne. Si l’impact de cet arrêt est estimé à l’absence de 900 000 voyageurs potentiels, Trenitalia a pu se réjouir du retour quasi immédiat de la clientèle pour cette ligne qui, outre la desserte à l’année de Saint Jean de Maurienne, ce que ne propose pas la SNCF, se démarque aussi en reliant les deux grands pôles économiques que sont Lyon et Milan.
Puis, à la mi juin, Trenitalia a vu ses premiers TGV arriver en gare de Marseille Saint Charles depuis Paris avec, au passage, des arrêts à Avignon et Aix-en-Provence, ces derniers représentant « près de 40 % des montées et des descentes de voyageurs sur cette ligne », explique Fabrice Toledano, directeur marketing de Trenitalia France. Enfin, dans les jours qui viennent, Trenitalia finira l’année en trombe le 14 décembre avec le passage à 14 allers-retours quotidiens entre Paris et Lyon, contre 9 précédemment.
Avec davantage de fréquences le matin et l’après-midi, Trenitalia va désormais assurer un tiers de l’offre TGV sur cette ligne stratégique pour les voyageurs d’affaires. Avec, au passage, une autre nouveauté : la possibilité de rejoindre Milan depuis Marseille avec correspondance à Lyon. « Je voudrais remercier SNCF Réseaux, car la collaboration avec les gestionnaires d’infrastructures est très importante que pour construire les horaires et arriver à ce résultat, a déclaré Marco Caposciutti, président de Trenitalia France. Ces quatorze allers-retours entre Paris et Lyon s’ajoutent à ceux de la SNCF. Pour les clients, cela se traduit par une grande amélioration de l’offre. Ce qui répond à notre ambition depuis nos débuts en France, c’est-à-dire faire grandir le marché ferroviaire aux côtés de l’opérateur historiques ».
Une récente étude de Trainline montre l’impact positif de cette ouverture à la concurrence pour les voyageurs avec des prix en baisse de 10% entre Paris et Lyon et de près de 30% sur Paris-Marseille depuis l’arrivée de Trenitalia, quand les tarifs sur une ligne sans concurrence comme Paris-Bordeaux ont augmenté de 9 % entre l’été 2024 et l’été 2025. « Si on regarde l’année 2025, les études nous montrent que 15% de nos voyageurs n’auraient pas pris le train sans l’offre Trenitalia. Ce chiffre rend compte à la fois du report modal vers le train depuis des modes de transport plus polluants comme de l’augmentation du marché », remarque Fabrice Toledano.
Toutes ces évolutions ont notamment été permises par le passage de 5 à 9 rames homologuées pour circuler les lignes à grande vitesse françaises, tandis que Trenitalia a aussi lancé des trains à unités multiples, une nouveauté qui offre à la compagnie la capacité de pouvoir répondre aux pics de fréquentation en début ou fin de vacances. Grâce à cela, Trenitalia terminera l’année 2025 avec plus de 1,7 million de voyageurs transportés, soit quasiment le double de l’année précédente, pour une progression du chiffre d’affaires à l’avenant, passé de quarante millions d’euros en 2024 à environ quatre-vingt-dix millions d’euros cette année.
Alors, bien sûr, face aux investissements nécessaires pour se faire une place sur le marché, de même que des coûts de péage élevés, Trenitalia France n’est pas encore rentable, mais suit la trajectoire prévue avec « des revenus connectés à la dynamique du marché », selon ses dirigeants. D’autant qu’un autre investissement majeur, d’une soixantaine de millions d’euros, se profile à l’horizon avec la création d’un centre de maintenance, sans doute dans le sud de Paris. A la fois pour répondre aux besoins d’autonomie de la compagnie, mais aussi pour accompagner le prochain lancement de ligne, avec des Frecciarossa de nouvelle génération qui devraient circuler entre Paris et Londres à l’horizon 2030.
« Le groupe Ferrovie dello Stato Italiane (FS) est en train d’évaluer la possibilité d’avoir des partenaires pour ce projet, comme Evolyn ou d’autres, explique Marco Caposciutti. Mais, chose importante, l’activité sera portée par notre groupe avec Trenitalia France comme société opérationnelle ». Paris-Londres d’ici quelques années, une ligne Rome-Berlin sans doute l’an prochain : ces perspectives participent de la vision du groupe dirigé par Stefano Antonio Donnarumma : celui de faire advenir un « métro européen » à grande vitesse reliant les grandes métropoles du continent. Dans ce cadre, Trenitalia France est depuis le 1ᵉʳ novembre dernier une filiale de FS International, la société gérant toutes les activités du groupe hors d’Italie.
Mais, avant d’aller plus loin, l’activité de Trenitalia France va entrer dans une phase de consolidation en 2026, et sans doute l’année suivante. Hormis la ligne Paris-Londres, la seule évolution de l’offre en France envisagée aujourd’hui pourrait voir Trenitalia de se lancer, à terme, sur des lignes Intercités pour compléter son réseau sur l’axe Paris-Méditerranée.
Si son offre ne devrait ainsi globalement pas bouger pendant quelque temps, Trenitalia envisage cependant de nouvelles améliorations dans sa grille horaire pour coller aux attentes des voyageurs. Mais les objectifs de la compagnie seront surtout tournés vers la clientèle. « Avec l’accroissement de nos fréquences, il est important d’augmenter le nombre de clients, a souligné Marco Caposciutti. Toutes nos activités marketing seront concentrées pour développer des partenariats avec les territoires ou le B2C, mais elles se concentreront en particulier sur les clients B2B ».
Avec son offre Serenita Pro, jouant sur une gamme tarifaire lisible et flexible avec des billets échangeables, mais aussi ses différentes classes de voyage – dont une Business Executive à laquelle la SNCF vient de répliquer avec son offre Optimum + sur les Tgv Inoui entre Paris-Lyon, « la concurrence stimulant l’innovation » aux yeux du PDG de Trenitalia France – ou encore la salle de réunion Sala Meeting, Trenitalia s’est constitué un part de clientèle affaires qui ne demande qu’à croître. « En moyenne, 45% des passagers de nos trains voyagent pour des raisons business ou semi-business. C’est beaucoup, sachant que l’ouverture des canaux B2B n’est pas terminée », remarque Fabrice Toledano.
La compagnie annonce avoir plus de 600 entreprises utilisatrices de Trenitalia Pro, un chiffre soutenu par la signature cette année d’un contrat avec Amadeus pour toucher les agences de voyages. « Mais il y a d’autres acteurs et d’autres réseaux d’agences sur lesquels on est en train de travailler. On a ouvert Amadeus, Wondermiles et Goelett, mais il y en a encore d’autres canaux de distribution à ouvrir », précise le directeur marketing de la compagnie. Un des chantiers de l’année à venir, avec une autre ambition majeure pour 2026 : celle de proposer pour la première fois une carte de fidélité.




















