Développement, coliving, télétravail : interview de Xavier Desaulles (Adagio)

Résilience de l'hébergement de long séjour, nouveaux concepts dédiés au coliving et au design des appartements, offre commuters, ouvertures : Xavier Desaulles, directeur général d'Adagio, fait le point sur l'actualité de son groupe.
Xavier Desaulles, PDG d'Adagio.
Xavier Desaulles, PDG d'Adagio.

Réactualisé le 8 mars 2022.

Comment l’activité de vos établissements a-t-elle évolué ces derniers mois ?

Xavier Desaulles – Elle est toujours très volatile avec des montagnes russes depuis 18 mois, un certain nombre de sites fermés en début d’année dernière, une activité réduite avant un redémarrage à l’été et un dernier trimestre quasiment au niveau de 2019. Ce qui était très encourageant. Mais la cinquième vague a engendré beaucoup d’annulations, surtout en Ile-de-France où nous avons une quarantaine d’apparthôtels Adagio. Cependant, on ressent des signaux positifs, que ce soit les vacances de février ou la clientèle corporate qui se positionne sur de nouvelles missions à partir du printemps. Même si le début d’année a été compliqué, je suis confiant quant à un rebond à partir de mars. Notre hypothèse à plus long terme est de voir l’activité revenir à la normale en fin d’année ou début 2023.

La crise sanitaire a eu pour effet de mettre en lumière la résilience de l’hôtellerie de long séjour. Comment l’expliquez-vous ?

X. D. – Nous avons déjà la chance d’avoir un bon équilibre entre les clientèles loisirs et affaires. En ce qui concerne la clientèle affaires, le fait de réussir à séduire de façon assez agile des secteurs moins perturbés par la mise sous cloche du pays nous a aidé. Ce sont par exemple des entreprises du BTP ou des SSII mobilisées sur de grands projets nécessitant la présence de leurs collaborateurs sur le site de leurs client. Ce matelas de clientèle affaires « de réserve » nous a permis de mieux résister que le reste de l’industrie. A cela s’ajoute aussi l’hébergement social en partenariat avec des associations caritatives ou avec les préfectures pour accueillir chez nous des personnes vulnérables. Au final, nous enregistrons une performance supérieure à notre set de compétition de l’ordre de 7% à 8%.

La reprise s’annonçant, comment abordez-vous le futur ?

X. D. – Il y a deux éléments pour envisager le futur, avec pour commencer l’extension de notre réseau. La dimension développement est très présente dans nos plans, d’abord pour étendre notre maillage en France, mais aussi à l’international. Il y a une vraie volonté d’élargir notre réseau au-delà des 13 pays où nous sommes présents. Nous en ajouterons plusieurs autres, dont le Qatar au premier trimestre 2022 et Malte au second, parmi les sept ouvertures prévues cette année, à Kiel et Hambourg en Allemagne, à Gand en Belgique, ainsi qu’à Glasgow et Rome en deuxième partie d’année. L’autre élément est de savoir faire preuve d’audace, avec des offres et des produits innovants.

Dans ce cadre, Adagio avait annoncé un projet autour du coliving. Où en est-il ?

X. D. – Ce concept est en cours de finalisation à l’Adagio Paris Bercy. Nous allons bientôt dévoiler notre appartement témoin composé de quatre studios organisés autour d’un espace commun multi-usages, où des groupes affaires ou d’amis peuvent se rassembler, travailler et dîner ensemble. Testée à Bercy en début d’année, cette idée sera ensuite étendue cet été à notre résidence Bruxelles Grand Place. A partir de là, nous verrons comment prend ce produit, mais on y croit beaucoup, car il répond notamment aux besoins des entreprises qui veulent mobiliser leurs équipes autour de projets.

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Adagio étend son offre au coliving. Ici, l’espace de vie partagé.

En novembre, vous avez également lancé une offre commuters, destinée aux télétravailleurs qui se sont installés en province. Est-ce un succès ?

X. D. – Nous n’avons pas encore beaucoup de recul, la cinquième vague étant arrivée dans la foulée. Mais elle répond là aussi à un vrai besoin, celui de tous ces collaborateurs qui ont voulu changer de vie, mais ont la nécessité de venir travailler au siège de leur entreprise de façon fréquente, et souvent à leur frais. S’ils ont décidé d’améliorer leur qualité de vie, ils sont également sensibles au prix. Cette offre est pensée pour offrir un volume de séjours à des prix intéressants à des gens qui ont une visibilité sur leur agenda. On leur propose non seulement des prix, mais aussi un service de consigne, la possibilité, si elle est disponible, de reprendre la chambre occupée la dernière fois pour créer ce sentiment de « comme à la maison loin de la maison ». L’offre est bien pensée. Nous verrons dans quelques mois comment elle prendra.

Plus largement, comment la banalisation du télétravail rejaillit-elle sur votre offre ?

X. D. – Le mouvement de fond qui consiste à travailler en distanciel a évidemment des impacts sur nous, en tant qu’hébergeurs. De ce fait, nous avons déjà investi sur la façon de mieux intégrer le bureau dans l’appartement, comme on a pu le présenter dans notre nouvel appartement témoin à Bercy. Dans l’appartement, les espaces cuisine, chambre et bureau sont bien séparés sans être trop cloisonnés, le tout dans un espace de 25m2. L’appartement est pensé pour ça, pour les commuters ou tous ces voyageurs qui aimeraient prolonger leur séjour en travaillant un jour à distance. Mais pour ça, il fait d’abord être bien installé, d’où le bureau dans l’appartement et des espaces au calme dans les parties communes, avec du WiFi de qualité.

Cette dimension « lieu de travail » pourrait-elle être encore renforcée  ?

X. D. – Remplir ce besoin est une des priorités d’investissement pour Adagio. Dans nos Cercles, il y a déjà un espace aménagé pour cela. Le client affaires peut y passer la matinée ou l’après-midi et travailler au calme, mais aussi tenir une réunion, faire une présentation. D’autre part, comme nous sommes partenaires de Wojo, leur savoir-faire sur le coworking nous ouvre des perspectives. Leur retour d’expérience peut être intéressant pour penser le design de ces espaces de travail au sein des parties communes. La mobilité inhérente aux nouvelles formes de travail va créer des opportunités pour les acteurs de l’hébergement.

Clientèle affaires, clientèle loisirs : l’attractivité des résidences est assez large au fond.

X. D. – En effet, et ça nous stimule, ça nous invite à être audacieux sur les formules tarifaires que l’on propose. Ca nous force à être granulaire sur les besoins de nos clients. On ne peut plus raisonner en termes de produits standards, avec le même studio, le même deux pièces pour tout le monde. Il faut avoir une promesse d’enseigne cohérente, tout en  essayant de moduler les espaces, de définir des offres en fonction des cibles identifiées, que ce soit les commuters, les seniors, les couples, la clientèle city breaks etc. Sans trop se diluer, il faut de plus en plus être dans la personnalisation.