Bureau des Princes, retour au bureau : interview de Stéphane Bensimon (Wojo)

Bureau éphémère au Parc des Princes, coworking à l'hôtel, retour au bureau : Stéphane Bensimon, PDG de Wojo, revient sur l'activité de son groupe et ses opportunités de développement avec l'essor du télétravail.
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Stéphane Bensimon, président de Wojo.

A côté des espaces de travail au sein des hôtels, l’opération « Le Bureau des Princes » que vous organisez cette semaine au sein du stade du PSG est une autre preuve des synergies entre Wojo et Accor, votre actionnaire et par ailleurs sponsor du club parisien.

Stéphane Bensimon – C’est en effet un des avantages de ce lien fort avec Accor. Cet événement vient marquer en quelque sorte la réouverture de la saison du travail. Pendant quatre jours, nous récréons au Parc des Princes l’ambiance de nos espaces de coworking avec du mobilier Wojo installé dans des bureaux privatifs, un espace de coworking de 80 places ou encore plusieurs salles de réunion que les entreprises ont été nombreuses à réserver. Quoi de mieux, d’ailleurs, que le Parc des Princes pour montrer que les lieux de travail peuvent se réinventer !

Wojo s'est installé des espaces de travail éphémères au Parc des Princes début septembre. (c) Teampics
Wojo s’est installé des espaces de travail éphémères au Parc des Princes début septembre. (c) Teampics

Dans cette évolution, quelle place entrevoyez-vous pour les hôtels ? La transformation de certains de leurs espaces en bureaux peut-elle être une compensation face à la baisse attendue de la fréquentation de la clientèle affaires ?

S. B. – Je pense que nous sommes à une bascule pour la notion de lieu de travail. Je souhaite à Accor que le voyage d’affaires revienne, mais je ne pense pas qu’il reviendra aussi fort qu’avant. En revanche, travailler à l’hôtel sera de plus en plus naturel et accepté par les entreprises à l’avenir. D’ailleurs, plus que les collaborateurs qui apprécient la formule, ce sont elles que nous devons embarquer dans cette évolution. La gentillesse et le professionnalisme de l’accueil dans les hôtels, les différents services qu’ils proposent, notamment la restauration, mais aussi la garantie de propreté et l’amplitude de leurs horaires d’ouverture : quand on y réfléchit, il n’y a pas mieux qu’un hôtel pour héberger des bureaux et recevoir des clients.

A côté des Wojo Spots et des Wojo Corners, que vous aviez déjà commencé à développer, de nouvelles opportunités s’ouvrent-elles aujourd’hui pour aller plus loin ?

S. B. – En effet, nous avons déjà installé des Wojo Spots dans plus de 350 établissements, avec des espaces dédiés où venir travailler quelques heures. Tous les hôtels sont prêts à accueillir des professionnels nomades, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. Il n’y avait pas toujours les prises qu’il faut, le sens du partage entre les équipes et ces professionnels. Mais au delà de ça, nous sommes en train de transformer des salles de réunion en espaces en bureaux. Une évolution naturelle car, au fond, qu’est-ce qui ressemble plus à un open space qu’une salle de réunion ? Nous l’avons fait récemment dans plusieurs Mercure en France ou encore au Pullman Tour Eiffel, où les espaces de travail disposent d’une vue magique. Nous allons encore plus loin en transformant aussi des chambres en bureaux privés. En parallèle, nous accompagnons les hôteliers dans ce nouveau métier, car organiser et commercialiser des espaces de bureaux ne se décrète pas.

Quels types de clients sont attirés par le travail à l’hôtel ?

S. B. – On trouve de tout, que ce soit des PME et des start-up qui recherchent de la flexibilité ou des grandes entreprises. Plutôt que d’avoir un bail à long terme pour leurs agences régionales, dont les bureaux ne sont pas toujours dans l’air du temps, certaines se replient aujourd’hui vers nos solutions. Par exemple, parmi nos clients, nous en avons vu une qui a pris trois ou quatre postes dans une dizaine d’hôtels de villes différentes. C’est économique pour l’entreprise et attractif pour leurs collaborateurs. Tout cela vient compléter notre cœur de business que sont les sites Wojo, au nombre de 15 actuellement.

Concernant vos sites, comment votre offre évolue-t-elle ?

S. B. – Depuis un peu plus d’un an, nous avons ouvert un site dans le quartier de la Madeleine à Paris, puis le premier Wojo hors de France à Barcelone, avant de lancer deux autres Wojo à Lille et à Paris, rue de Tolbiac. A l’avenir, nous attendons l’ouverture à l’été 2022 du Wojo Montparnasse qui, d’ailleurs, travaillera en étroite collaboration avec l’hôtel Pullman voisin. Avant cela, en février prochain, nous allons aussi aussi ouvrir un Wojo près de la place Clichy, rue de Calais dans le IXe arrondissement. Ce sera notre premier site en contrat de management, un nouveau dispositif dans notre développement. Le monde a changé et les foncières ou les propriétaires d’immeubles de bureaux doivent eux-mêmes rentrer dans ce mécanisme de flexibilité vis-à-vis de leurs clients. D’où l’idée de les inviter à nous associer comme gestionnaire et opérateur du lieu.

Le Wojo Tolbiac, ouvert en juillet (c) Samuel Guigues
Le Wojo Tolbiac, ouvert en juillet (c) Samuel Guigues

Avec l’essor du télétravail, des milliers de mètres carrés restent vides au sein des sièges des grands groupes. Est-ce là aussi une nouvelle opportunité à saisir pour Wojo ?

S. B. – Effectivement. Développer des espaces Wojo dans les mètres carrés laissés libres par la nouvelle configuration du travail est le deuxième grand levier de développement pour nous. Prenez une entreprise qui a 10 000 m2 de bureaux et qui, du fait du télétravail, n’a plus besoin que de 7000 m2. Les 3000 m2 restants, nous proposons de les gérer en partageant la valeur ajoutée avec les utilisateurs ou les bailleurs de l’immeuble. Un des axes forts de Wojo étant le service, de par notre ADN hôtelier, nous pouvons aussi prendre les clés de l’animation du site, de l’accueil à la restauration en passant par des cours de yoga et des conférences business.

Pour autant, les entreprises pourraient aussi profiter de la flexibilité immobilière que vous offrez ?

S. B. – C’est çà aussi, l’intérêt. Comme la flexibilité est le maître mot des années à venir, les sociétés peuvent limiter la jauge de leurs bureaux à 7000 m2. Mais, si elles venaient à racheter une autre entreprise ou si elles ont un besoin de recruter, les espaces Wojo sont là pour étendre leurs bureaux. Par ailleurs, les entreprises peuvent aussi accueillir au sein de son immeuble d’autres acteurs de leur écosystème. Ce qui peut être intéressant pour elles.

Il faut repenser le sujet et ne pas opposer le télétravail à notre approche, car nous avons toujours été de fervents partisans du travail à distance.

Voilà pour le côté positif du télétravail sur votre développement. Mais à quel point son essor peut-il aussi avoir un aspect négatif sur votre activité ? Quel place notamment pour les tiers lieux dans une configuration « trois jours au bureau-deux jours de télétravail » ?

S. B. – Il faut repenser le sujet et ne pas opposer le télétravail à notre approche, car nous avons toujours été de fervents partisans du travail à distance. Déjà, le télétravail n’est pas forcément le travail à la maison. Il peut se pratiquer dans d’autres lieux. Aujourd’hui, les entreprises se posent la question de savoir ce qu’est la semaine de travail idéale. Dans ce cadre, nous leur proposons une alternative au travail à domicile. Wojo, que ce soit dans nos sites ou dans les hôtels, offre aussi cette flexibilité qui leur permet de réduire la voilure sur leurs baux classiques, voire de les abandonner. Il faut repenser les schémas immobiliers classiques.

On parle beaucoup des difficultés des entreprises à faire revenir leurs collaborateurs au bureau. Des lieux attractifs, ça peut jouer sur cette motivation ?

S. B. – On en est convaincu, et on le voit tous les jours dans nos sites. On en a notamment fait l’expérience avec les équipes d’Accor. A Paris, les collaborateurs de notre actionnaire peuvent venir travailler dans les sites Wojo et nous avons 200 réservations par semaine sur 1000 collaborateurs, ce qui est énorme. Le côté émotionnel et expérientiel de nos sites, avec des terrasses et des jardins, de l’animation, tout cela joue. Bien sûr, certaines entreprises ont beaucoup investi dans l’ambiance générale ou le design de leurs bureaux, mais elles n’offrent pas comme nous, sur un même lieu, toutes ces opportunités de rencontre, de partage avec d’autres entreprises. C’est là la vraie animation, le vrai élément épanouissant. Au final, on a vu qu’une fois les restrictions levées, le retour au bureau s’est fait assez vite dans nos sites.

Comment la fréquentation de vos sites a-t-elle évolué au fil des derniers mois ?

S. B. – Pendant 18 mois, l’activité a été évidemment un peu compliquée. Mais, depuis juillet, nous n’avons jamais eu autant de demandes, que ce soit pour nos sites ou dans les hôtels. Si toutes ne se sont pas concrétisées au redémarrage, là, on sent que ça s’accélère. A l’heure actuelle, nos lieux sont occupés à 77%, contre 90%-95% avant la crise. Mais on reviendra rapidement à ces niveaux. Quant à la fréquentation effective des bureaux, elle tournait autour de 70% avant la pandémie, avant de passer à quasiment zéro puis de remonter à 30% dans les périodes intermédiaires. Aujourd’hui, la fréquentation tourne autour des 50%, et ça continue d’augmenter. Les gens sont ravis de revenir au bureau. Pour accompagner ces retours, on a d’ailleurs relancer plein d’opérations, que ce soit des conférences business et des animations sportives, des petits déjeuners ou des after works.