Ouigo fête ses 10 ans en annonçant un doublement de son trafic d’ici 2030

Lancé en 2013, le TGV low cost de la SNCF représente aujourd'hui 25% de part de marché de la grande vitesse en France. Grâce à l'apport de douze rames new look à la capacité augmentée et à des ouvertures de lignes, le transporteur espère transporter 50 millions de passagers Ouigo par an en 2030 contre 24 millions aujourd'hui. Avec davantage de passagers professionnels à bord ?
Ouigo
Ouigo compte pour 25% de la grande vitesse en France aujourd'hui. Et la SNCF entend doubler le nombre de voyageurs transportés annuellement d'ici 2030, pour atteindre 50 millions de passagers

Lancé en 2013 avec à l’époque « un esprit startup » selon la SNCF, le TGV Ouigo n’a cessé d’enchainer les succès jusqu’à peser aujourd’hui près de 25% de la grande vitesse ferroviaire en France. Reliant à l’origine Marseille et Montpellier à des gares TGV d’Ile-de-France (Massy, Roissy-CDG, Marne-la-Vallée), les rames roses ont à partir de 2017 fait leur entrée dans les gares de la capitale, jusqu’à desservir soixante destinations hexagonales. Mais aussi l’international avec ses dessertes en Espagne en attendant sans doute l’Italie en 2026. Quelque 110 millions de voyageurs ont ainsi voyagé en Ouigo soit une forte accélération comparé au seuil des 50 millions atteint en 2019 avant la pandémie.

« Avec ses tarifs à partir de 9€, Ouigo a permis d’amener plus de clients vers le ferroviaire car 50% n’auraient pas pris le train sans cette offre et 20% n’auraient pas voyagé du tout », détaille Alain Krakovitch, le directeur de TGV-Intercités de la SNCF. Et d’estimer que Ouigo n’a pas cannibalisé TGV Inoui : « Si sur ce volume 55 millions de voyageurs proviennent d’Inoui, ces TGV ont conservé des taux de remplissage élevés. Plus de monde voyage en TGV au final. Ainsi, chaque fois que nous ouvrons une ligne Ouigo c’est 20% de clients ferroviaires en plus sur ce nouvel axe ». L’aspect écologique est évidemment également mis en avant. « Outre le fait de démocratiser la grande vitesse, nos rames très capacitaires – l’équivalent de 5 Airbus A320 – au fort taux d’occupation – 80% en semaine et 90% le week-end – génèrent des émissions de CO2 extrêmement faibles », insiste-t-il.

50 rames Ouigo plus confortables et équipées

Face à ce succès, la SNCF a décidé de pousser son avantage en doublant le nombre de voyageurs transportés annuellement en Ouigo d’ici 2030. Soit 50 millions de passagers en 2030 contre 24 millions en 2022 sur un marché global de la grande vitesse que la SNCF espère voir grossir à 230 millions de clients contre 140 millions l’an dernier. Cette croissance passera d’abord par des ouvertures de lignes comme récemment Brest, Quimper, Perpignan, La Rochelle, Bourg-Saint-Maurice… Mais aussi par une croissance du parc qui atteindra les 50 rames TGV en 2026 contre 38 actuellement. Ces dernières seront en outre plus capacitaires (avec 653 places contre 634), la SNCF ayant décidé de convertir des rames TGV Inoui arrivées à mi-vie, soit plus de 15 ans. L’occasion de rajeunir le produit avec des trains au design plus moderne, des sièges plus confortables, des prises électriques ou port USB pour chaque place, un espace de convivialité aménagé au centre de la rame, davantage de rangements pour les bagages et d’accrochages pour les vélos. Sans oublier surtout des couleurs moins flashy à l’intérieur des voitures. « Nous prévoyons de disposer à terme de 40 rames rénovées sur les 50 exploitées », explique Jérôme Laffon, le directeur de Ouigo.

Conserver des prix attractifs coûte que coûte

Ces investissements seront réalisés sans impact significatif sur les tarifs promet la SNCF, qui n’a toutefois pas dévoilé le prix moyen d’un billet Ouigo. « Un billet sur deux est vendu à moins de 25€ et seulement 15% des voyageurs payent plus de 50€ pour leur trajet », a néanmoins concédé Alain Krakovitch qui souligne par ailleurs que « le prix maximum a été ramené de 115€ à 99€ ». Des prix serrés que la SNCF obtient grâce à plus de passagers par rame mais aussi à des maintenances de matériel effectuées de nuit et qui surtout roulent plus, accomplissant 700 000 km par an soit le double d’une rame TGV Inoui classique. L’offre la plus économique avec Ouigo Train Classique proposée sur Paris-Nantes et Paris-Lyon doit en revanche encore confirmer ses résultats malgré 1,3 million de voyageurs. « Nous devons aller au terme des deux années d’expérimentation avant de prendre une décision », estime-t-il.

Des services qui pourraient séduire la clientèle Pro

Les voyageurs professionnels représenteraient 10% de la clientèle de Ouigo, essentiellement constituée de jeunes (25%) et de familles (17%). « Les passagers Pro recherchent avant tout de la flexibilité et donc des fréquences ce qui n’est pas toujours le cas pour Ouigo », rappelle le directeur de TGV-Intercités. Le forfait Ouigo Plus intégrant contre 9€ un bagage supplémentaire, le choix de la place, le Wifi voire un accès prioritaire au train, mais aussi le fait de favoriser les correspondances entre les TGV Ouigo et les nouvelles rames plus confortables pourraient néanmoins attirer plus de voyageurs professionnels à l’avenir, travailleurs indépendants notamment, ou de petites entreprises. Ils pourraient également être séduits par les dernières nouveautés en matière d’échange. Un billet Ouigo n’étant pas remboursable, le transporteur a en effet initié Ouigoswap, une plate-forme d’échange permettant d’essayer de le revendre et de toucher 80% de sa valeur en bon d’achat. « Quelque 35 000 billets ont déjà été revendus par ce biais soit l’équivalent de 28 rames », se félicite Jérôme Laffon. L’option Flex de 9€ à l’achat permet enfin de baisser les frais d’échange (facturés 19€ sans Ouigo Flex). Là aussi, 5 000 options Flex ont été vendues depuis sa mise en service le 12 avril dernier. « Ces options permettent à chacun de construire son voyage à la carte, résume Jérôme Laffon. La moitié des clients prennent des options. Le choix de la place est effectué par 30% des acheteurs et Ouigo Plus adopté par 20% ». « Contrairement à l’aérien, le business model de Ouigo ne repose toutefois pas sur la vente de ces options », conclut Alain Krakovitch, satisfait que les bénéfices de Ouigo permettent de couvrir ses investissements.