
Un palais des congrès et des expositions en centre-ville, à quelques minutes de métro de la gare, dans une destination en plein essor – et accolé au Stade Vélodrome – : le Parc Chanot a de quoi nourrir de grandes ambitions pour le MICE (Meetings, Incentive, Convention, Events) en France et bien au-delà. L’arrivée d’un gestionnaire de référence tel que GL events, via la filiale Marseille events, devrait désormais permettre à Marseille Chanot de prendre une nouvelle dynamique, une nouvelle dimension. Entretien avec Pierre Arvis, Directeur Général de Marseille events.
Marseille events gère le Parc Chanot depuis le 1er janvier 2025. Pouvez-vous nous rappeler le contexte de cette reprise ?
Pierre Arvis – Nous avons remporté la DSP (Délégation de Service Public) et nous gérons effectivement le Parc Chanot depuis le 1er janvier 2025. Au sein de Marseille events, nous sommes associés : 75% pour GL events et 25% pour la CCI Aix-Marseille Provence. Notre objectif est évidemment de relancer le Parc Chanot, ou en tout cas d’amplifier le tourisme d’affaires et les événements, que ce soit les congrès ou les salons.
L’idée étant, imagine-t-on, d’impulser une nouvelle dynamique, avec de nouveaux investissements…
Pierre Arvis – Exactement. Les nouveaux investissements font partie du cahier des charges. Il s’agit aussi de légitimer l’implantation du Parc Chanot en centre-ville, parce que cela pouvait parfois poser question. Nous avons l’immense avantage de cette localisation, avec la proximité du métro, et maintenant du tramway. Pour le tourisme d’affaires, que ce soit pour les salons grand public ou professionnels, c’est un très grand avantage, surtout dans un contexte où la RSE et le bilan carbone des événements sont de plus en plus surveillés. Savoir que vos exposants, vos congressistes, vos visiteurs vont pouvoir venir en métro jusqu’ici, c’est un avantage non négligeable ! Mais cela signifie qu’étant en centre-ville, il faut montrer que nous développons le business et que l’on utilise bien cet espace qui nous est laissé.
Y a-t-il d’autres filiales de GL events sur le même modèle que Marseille events ?
Pierre Arvis – À chaque fois que nous obtenons des délégations de service public, nous créons une filiale et nous nous allions souvent à des acteurs, locaux ou non, selon la configuration. La spécificité que l’on a ici à Marseille, c’est d’avoir le Palais des Congrès et la partie Parc des expositions sur le même site. C’est très intéressant parce que l’on peut faire jouer les synergies et avoir à la fois une partie congrès avec une partie exposition qui permet souvent de financer les congrès pour les organisateurs. C’est un atout majeur.
Quel bilan tirez-vous de cette première année aux commandes du Parc Chanot ?
Pierre Arvis – Le bilan est très positif. Nous avons déjà nos événements organisés en propre, il y a la Foire qui est l’un des événements majeurs ici à Marseille, et qui a très bien fonctionné. Nous avons fait 15% de visitorat en plus : c’est énorme, d’autant que les foires ont quelques difficultés aujourd’hui. La Foire de Marseille reste très bien ancrée, à la fois parce qu’elle est en centre-ville et parce qu’on a su la redynamiser dans la thématique et auprès des exposants. Il y a deux aspects dans une foire : l’aspect festif d’un côté, mais aussi l’aspect commercial. Il faut que les exposants et les visiteurs s’y retrouvent.

Quels sont les grands chantiers de transformation engagés ?
Pierre Arvis – Depuis septembre 2025, nous avons commencé la transformation du Parc Chanot et allons la prolonger en 2026. C’est très important. Il s’agit de reverdir le parc, avec une double mission : le rendre plus agréable aux Marseillais qui pourront en profiter dans les périodes d’été notamment, mais aussi aux congressistes, aux exposants de salons, aux visiteurs. Nous avons désimperméabilisé les espaces devant le Palais des Arts. Au printemps, la partie végétale va pousser, nous mettrons des food trucks, du mobilier avec des bancs pour que les gens puissent en profiter. On a l’avantage d’être dans le Sud, et de pouvoir profiter de l’extérieur entre mars et octobre. Ça va être un atout majeur pour les organisateurs d’événements.
Prévoyez-vous d’autres aménagements pour 2026 ?
Pierre Arvis – Oui, nous allons transformer 10 000 m² de parkings en esplanade végétalisée, ce qu’on appelle le « parking capable ». C’est un espace polyvalent qui s’adaptera aux différents usages au fil des saisons, tout en gardant sa fonction de parking et d’espace d’exposition. Des arbres structureront les allées pour offrir des zones d’ombre. On va aussi créer un « jardin en transition », soit 8 000 m² d’espaces naturels inspirés des paysages méditerranéens, conçus comme un refuge de biodiversité, et une zone de repos pour les visiteurs.

Quid des espaces intérieurs ? Des projets à venir ?
Pierre Arvis – Nous avons des plans pour rénover à l’intérieur du Palais des Congrès. Il faut rafraîchir ce bel outil : les sièges, le sol… Nous allons le faire assez rapidement dans l’année 2026. Ce sont des rafraîchissements rapides qui vont donner un peu plus de « pimpant ». La ville réfléchit aussi à des travaux un peu plus lourds sur les halls d’exposition. Nous serons force de proposition.
Pourquoi une Délégation de Service Public d’à peine trois ans ?
Pierre Arvis – La DSP de trois ans, c’était pour la ville le moyen de regarder comment l’outil fonctionne avec un professionnel, et de rédiger le cahier des charges pour la future DSP de trente ans. On commercialise évidemment l’espace au-delà des trois ans.
Que se prépare-t-il en 2026 au niveau événementiel ?
Pierre Arvis – Il y a évidemment les événements récurrents, comme l’EuroMaritime en février ou les JdC Garden Trends, et des nouveautés comme le salon Gedimat. En mars, ce sera le Sirha Méditerranée, une déclinaison du Sirha de Lyon, le leader mondial des salons de l’hôtellerie et de la restauration. Nous accueillerons aussi la sélection Europe du Bocuse d’Or en mars, pour la première fois en France. Ce sera véritablement un gros événement pour Marseille.
Comment travaillez-vous avec le Bureau des Congrès ?
Pierre Arvis – Nous travaillons vraiment très bien, en synergie, avec le Bureau des Congrès et l’Office du Tourisme pour développer l’attractivité, faire venir de nouveaux congrès, de nouveaux salons. Nous sommes déjà projetés sur 2027 avec des thématiques de salon que l’on voudrait voir venir. Nous discutons aussi avec l’AP-HM (Assistance publique – Hôpitaux de Marseille) pour travailler ensemble et faire venir des congrès médicaux ici à Marseille. C’est l’un de nos vecteurs de développement.
Comment positionnez-vous Marseille Chanot dans le paysage européen ?
Pierre Arvis – Il y a d’abord la destination Marseille. Quand on annonce Marseille aux organisateurs, ils sont enthousiastes. C’est une destination attractive : le soleil, la beauté de la ville… La connexion avec le train aussi : nous sommes à 3h de Paris en TGV, et une fois à la gare, on est quasiment au Parc Chanot. Nous mettons aussi en avant le professionnalisme des équipes – une quarantaine de professionnels – avec un taux de satisfaction de quasiment 100% chez nos clients organisateurs. La qualité de l’accueil et du réseau de professionnels, c’est notre atout majeur. Le Parc Chanot ayant intégré le réseau GL events, nous bénéficions de nos process et de l’expérience de nos autres sites.
Quelle est votre position sur les certifications ?
Pierre Arvis – L’enquête de satisfaction est notre meilleure ISO. Ce qui compte, c’est surtout d’avoir les bonnes équipes. Vous pouvez être ISO, mais si les équipes ne sont pas au rendez-vous, vous n’obtiendrez pas la satisfaction client. C’est le juge de paix.
Quels sont vos atouts par rapport à la concurrence, notamment une destination voisine comme Nice ?
Pierre Arvis – Notre avantage par rapport à Nice, c’est le train, la rapidité du trajet depuis Paris ou Lyon, et au-delà nous sommes très bien reliés au niveau européen . Notre outil est aussi bien dimensionné. Et Nice et Marseille ne sont pas positionnés sur les mêmes segments. Nous sommes rarement en confrontation.
La capacité hôtelière est-elle suffisante pour permettre à Marseille d’attirer davantage de grands événements ?
Pierre Arvis – Nous comptons plus de dix mille chambres d’hôtel à proximité. Le Greet Hotel a été inauguré juste à côté du Parc Chanot, le Rocky Pop également, à vingt minutes à pied. Un hôtel Ruby doit ouvrir aussi. L’offre a pu pécher en qualité autrefois, surtout en hôtellerie 4 ou 5 étoiles. Là, c’est du récent, du neuf. Je ne crois pas que ce soit un point handicapant lorsqu’on discute avec les organisateurs. Ils sont très sensibles aux travaux effectués ou en cours, à la modernisation progressive.
Pendant la crise sanitaire, de nouveaux formats hybrides ont été promis par les experts. Les attentes des organisateurs et visiteurs ont-elles changé ces dernières années ?
Pierre Arvis – Je n’ai jamais cru que le salon ou le congrès puisse se faire en virtuel. Toute l’année, on est déjà en virtuel, on échange par mail. Si l’on fait un salon, ce n’est pas pour refaire du virtuel. Le salon, par nature, est physique. Les gens ont besoin de se voir, de toucher les produits, de se rencontrer. La nature même du salon ou du congrès, c’est de faire de la rencontre. Sur de l’événement d’entreprise ou du congrès mondial, l’hybride peut avoir du sens : faire trois événements régionaux simultanés avec une diffusion du grand patron qui intervient sur un site, ce qui évite de déplacer tout le monde : pourquoi pas ? Mais notre slogan chez GL events, c’est : « Les hommes se rencontrent« . Tant que les hommes et les femmes existeront, on continuera à avoir ces rencontres physiques.
Y a-t-il une tendance à la décentralisation du MICE en France ?
Pierre Arvis – Oui, clairement. Peut-être est-ce aussi lié à l’engorgement de Paris. Je le vois sur Global Industrie qu’on gère en alternance Paris-Lyon : le salon lyonnais a plus de succès que le salon parisien. Probablement parce que pour se déplacer, c’est moins cher, et il y a l’environnement. Marseille a cette atout : venir dans un endroit à taille humaine. Et quand vous prenez le train, le temps de déplacement n’est pas perdu parce que vous allez pouvoir travailler avec le wifi. Les grandes villes de province sont capables d’attirer de beaux salons et de beaux congrès.
Quels sont vos objectifs pour les deux prochaines années, jusqu’à la fin de la DSP ?

Pierre Arvis – Notre objectif, c’est évidemment de développer le chiffre d’affaires ici, notamment celui qui amène des gens de l’extérieur : des congressistes ou des exposants qui viennent de France et au-delà. Il s’agit d’attirer des événements nouveaux, ce que l’on fait avec Sirha Méditerranée et le Bocuse d’Or. Les hôteliers ont déjà des réservations de délégations étrangères qui viennent en masse. On met aussi en place des synergies avec nos autres parcs à l’international : Budapest, La Haye, Turin. On connaît ces clients et on peut les faire venir à Marseille. Ça aura un impact dans les deux ans qui viennent et au-delà. Nous avons deux types de clients : les salons et congrès, et l’événement corporate, qui est plus local. Ce dernier est aujourd’hui en réflexion parce que la conjoncture fait que les entreprises réfléchissent un peu plus. Mais nous avons des objectifs de croissance inscrits dans notre budget dès cette année.
Sur quelles thématiques voulez-vous vous développer ?
Pierre Arvis – Il y a la gastronomie, la partie industrie, notamment autour de la décarbonation, qui est un sujet porteur. Le médical est aussi une valeur sûre.
Quelle est votre vision pour Marseille Chanot à moyen terme ?
Pierre Arvis – En 2026, nous allons amplifier notre dynamique. Les travaux vont structurer la nouvelle physionomie du parc, tandis que l’arrivée de nouveaux événements renforcera notre contribution au rayonnement de Marseille, auprès des Marseillaises et des Marseillais comme des publics nationaux et internationaux. L’objectif est d’offrir un site plus ouvert, plus attractif et plus durable, tout en développant significativement notre activité événementielle.

















