
Pendant des années, les compagnies aériennes du Golfe ont, grâce à leur stratégie de hubs globaux, réussi à prendre aux transporteurs européens une partie de leur trafic sur l’Asie. Et inversement. Mais voilà que la guerre dans le Golfe avec les attaques régulières de l’Iran sur ses voisins a ébranlé -provisoirement à priori – le modèle de plaques-tournantes globales que sont les aéroports d’Abu Dhabi, de Doha ou Dubaï. Les voyageurs veulent désormais éviter la région et favorisent les vols directs. Même si l’on constate une reprise limitée du trafic depuis les Emirats Arabes Unis.
Ce qui se traduit par une augmentation des vols directs entre les deux continents par les compagnies asiatiques et européennes. Ces dernières ont été de fait les premières à annoncer une augmentation de leurs fréquences, notamment en redéployant les avions auparavant affectés aux routes du Moyen-Orient.
Au sein du groupe Lufthansa, les capacités ont été ainsi réorientées du Golfe à l’Asie. Lufthansa indique qu’elle va augmenter très rapidement son offre de sièges sur les vols reliant Francfort et Munich à Delhi, Shanghai et Singapour. Ces routes enregistrent une forte dynamique de réservations, les voyageurs recherchant des alternatives aux itinéraires passant auparavant par le Golfe. Sa filiale Austrian Airlines a déjà augmenté ses fréquences entre Vienne et Bangkok.
Air France propose jusqu’au 15 mars une série de vols supplémentaires de Paris CDG vers Bangkok, Delhi et Singapour. KLM de son côté propose cet été pour la première fois des vols sur Hyderabad depuis Amsterdam.
Vols supplémentaires et nouvelles lignes
Côté compagnies asiatiques, les trois plus importantes vers l’Europe – Singapore Airlines, Thai Airways International et Vietnam Airlines – ont toutes annoncé maintenir l’intégralité de leurs fréquences et services sur l’Europe. Tout comme Air India, qui a également ajouté des vols supplémentaires à destination de l’Europe
De son côté Malaysia Airlines a commencé à proposer des vols spéciaux supplémentaires depuis Kuala Lumpur vers ses deux escales européennes de Londres Heathrow et Paris CDG. Selon le directeur général de l’office de tourisme de Malaisie, Amirul Rizal bin Abdul Rahim, présent au salon du tourisme ITB Berlin, des discussions sont menées au sein du gouvernement pour pousser la compagnie aérienne nationale à desservir plus de villes en Europe.
Tandis que la compagnie nationale indonésienne Garuda relance la ligne Amsterdam-Jakarta, offrant en juillet jusqu’à trois fréquences hebdomadaires. Là aussi, la Ministre du tourisme d’Indonésie, Widiyanti Putri Wardhana, estimait à l’ITB Berlin que se posait de nouveau la stratégie à Garuda d’offrir plus de vols directs avec l’Europe.
Vietnam Airlines a annoncé dès février se lancer sur l’axe Amsterdam-Hanoi à partir du 16 juin à raison de trois vols par semaine. La situation dans le Golfe ne pourra que renforcer l’attrait de cette nouvelle liaison…
Kuala Lumpur va pour la saison d’hiver célébrer un important retour : celui de Lufthansa, qui proposera un vol non-stop cinq fois par semaine depuis Francfort à partir d’octobre.
La guerre fait également émerger de nouveaux hubs alternatifs pour accueillir des passager en transit. C’est particulièrement le cas pour les aéroports d’Inde ou d’Asie Centrale. La compagnie ouzbèke Centrum Air prévoit de lancer des vols directs entre Tachkent et Francfort ainsi qu’entre Tachkent et Copenhague au printemps 2026. Mais on pense également à Air Astana, l’un des plus gros opérateurs aériens de la région.
Ces nouvelles alternatives et ces itinéraires ne peuvent cependant pas pour le moment ralentir l’augmentation des tarifs sur l’axe Europe-Asie. Les analystes estiment que la situation actuelle met en lumière la forte dépendance du transport aérien mondial aux hubs du Golfe. Et interroge sur le futur modèle économique qui émergera une fois la situation plus apaisée.


















