Georges Wolinski : le monde à grands traits

En fait, je crois que je m’ennuie en voyage… En tout cas lorsque je ne pars pas pour le travail ! Je ne sais pas rester sans rien faire, ce n’est pas dans mes habitudes. Alors, je ne voyage jamais en touriste. Jamais non plus sans connaître quelqu’un sur place : si vous ne comprenez rien au pays où vous vous trouvez, il vous faut une personne qui puisse vous introduire, vous initier… Je suis journaliste avant tout.

C’est avec des croquis que je reviens de mes voyages, j’en fais ensuite des reportages dessinés. Je rapporte aussi, quand je me rends dans une ville qui me plaît, un livre de photos pour retrouver des éléments que je n’ai pas pu croquer sur le moment : une belle porte tunisienne, par exemple, quelque chose que j’aurais crayonné, mais qui sera plus réussi si je peux en revoir de similaires dans un livre ! La photo, c’est une aide pour moi.

Du Cambodge, j’ai rapporté un reportage sur l’histoire révélatrice d’un homme d’affaires qui, tout jeune, avait été prisonnier des Khmers rouges, eux-mêmes des gamins de 15 ans… Au Honduras, c’est un archéologue français, spécialiste de l’empire maya, qui m’a fait visiter des ruines en me racontant les sacrifices corporels des rois mayas… En Afghanistan, je suis allé sur la tombe du commandant Massoud… avant de pénétrer dans la vallée du Panshir où des centaines de temples ont été bousillés par les Talibans. Au Chiapas, c’est le sous-commandant Marcos qui m’a expliqué sa vision des choses. De ces voyages, je raconte en dessins ce qui diffère de chez nous…

Mon monde, j’adore le quitter, en partir pour voir d’autres gens… Où que l’on aille, dans des zones en voie de développement ou aux États-Unis, voyager, pour moi, c’est changer, s’adapter à d’autres manières de vivre. C’est apprendre et apprendre encore, et garder des souvenirs… Je ne serais pas tout à fait le même si je n’avais pas autant voyagé !

Même après de nombreux voyages, je mets toujours trop de choses dans ma valise… Mon matériel : du papier, des crayons, des feutres de couleurs… dans une trousse géniale pour tout ranger que l’on m’a offerte au festival d’Angoulême, en 2005. Et puis, j’emporte aussi de quoi me rendre aux réceptions et aux dîners auxquels je dois aller… alors, ma valise grossit. J’y ajoute les petits albums que ma fille confectionne avec des photos de ma petite-fille. Je peux les emporter partout, pour être un peu chez moi.

Car j’aime être en France ! Je suis né à Tunis et, pour moi, vue de là-bas, la France était un paradis. Je rêvais d’y venir… J’ai été exaucé ! Et plus je voyage, plus je suis heureux d’y vivre, plus je fais la différence aussi entre ce pays-là et les autres… et c’est toujours à l’avantage de la France. Il y a bien sûr certaines choses, dans chaque pays, qui sont mieux qu’ici, mais dans l’ensemble… Je suis très patriote !

*“Merci Hannukah Harry”, de Pierre-Philippe Barkats et Georges Wolinski, éd. Casterman

Sept dates

1934 : Naissance à Tunis.

1960 : Dessine notamment pour Hara-Kiri Hebdo, qui deviendra Charlie Hebdo.

1968 : Dans L’Enragé, imagine un gros réac et un petit fumeur, deux personnages phares.

1970 : Rédacteur en chef d’Hara-Kiri, collabore à L’Humanité et à Paris-Match.

1982 : Rédacteur en chef de L’Echo des savannes.

2005 : Grand Prix du Festival d’Angoulême pour Dialogues de sourd.

2007 : Merci Hannukah Harry, avec Pierre- Philippe Barkats, avocat d’affaires américain et ami.