Etihad poursuit sa cure d’austérité

La semaine dernière, Etihad a décidé d’annuler une partie de ses futurs Airbus A350 après avoir déjà annulé en janvier une commande d’Airbus A320neo. Un signe de la faiblesse financière du transporteur, qui a du mal à gérer sa restructuration.

Etihad
Etihad revoit son carnet de commandes Airbus à la baisse

Assiste-t-on à une normalisation dans la gestion des compagnies du Golfe ? Emirates avait à peine annoncer son renoncement aux Airbus A380 abandonnant ainsi son statut de transporteur équipé seulement de gros-porteurs, voici qu’Etihad annonce à son tour une annulation de commande d’avions. La compagnie d’Abu Dhabi, rivale d’Emirates, a indiqué discuter avec Airbus pour annuler 42 des Airbus A350 qu’elle avait commandés au constructeur aéronautique européen. Une annulation massive puisqu’à l’origine, Etihad avait passé commande pour 62 appareils – 40A350-900 et 22 A350-1000. La compagnie a annoncé à l’agence Reuters que l’annulation porterait sur tous les A350 modèle 900 et deux modèles 1000.

Dans ce même entretien, le transporteur d’Abu Dhabi n’excluait d’ailleurs pas d’annuler éventuellement d’autres commandes. Déjà en janvier, Etihad avait annoncé l’annulation de dix appareils Airbus A320neo, qui étaient cependant destinés à sa filiale européenne Air Serbia. Boeing pourrait d’ailleurs être la prochaine victime de la cure d’austérité d’Etihad, la compagnie indiquant ne planifier la mise en service que de six appareils de type Boeing 777-9 alors qu’elle a commandé 25 B777 modèles 8 et 9.

Une situation financière critique

De fait, le transporteur d’Abu Dhabi, qui a grandi si rapidement depuis le début des années 2000, est confronté à une situation financière critique. Il accumule les pertes depuis 2016 : deux milliards de dollars en 2016; 1,5 milliard en 2017 et de nouveau des pertes l’an dernier, qui, toujours selon Reuters, seraient décrites comme « significatives » en 2018 dans un mémo interne. Pour 2019, la compagnie prévoit encore des pertes.

Comment cela se traduit-il pour les passagers ? Après avoir fortement réduit son réseau au cours des deux dernières années avec une quinzaine de destinations éliminées, la compagnie a également revu sa gamme de services. Les transferts gratuits en limousine pour les passagers affaires ont été supprimés, le catering revu à la baisse, les espaces coiffeur fermés dans les salons tandis que les pyjamas estampillés Christian Lacroix sont devenus payants, vendus en éco comme en classe affaires, pour 35 dollars. En classe économique, les passagers doivent également payer s’ils veulent réserver leur siège. La recherche de nouvelles sources de recettes fait que les passagers de classe économique peuvent aussi acheter leur accès au salon affaires à l’arrivée.

Quant au réseau, la compagnie n’annonce aucune ouverture pour l’été 2019 et poursuit le réajustement de son réseau. C’est Düsseldorf qui sera l’aéroport le plus touché en Europe avec un vol quotidien au lieu de 12 à 13 vols hebdomadaires précédemment. Los Angeles ne sera plus desservi que 4 fois par semaine au lieu de 7. Le transporteur réduit également ses capacités sur Sydney passant d’un Airbus A380 à un Boeing 777. En revanche, le transporteur augmente ses fréquences sur Barcelone, Dublin et Rabat, et passe à une fréquence quotidienne en Airbus A380 sur Séoul.

Ces ajustements dans le service, ces réductions de commande, prouvent que la compagnie est devenue fragile. A la longue, on peut se demander si elle arrivera tout simplement à survivre ou devra finalement – comme souvent évoqué – fusionner avec sa rivale Emirates