Arizona : Go West !

L’Arizona, lieu de tournage des grands westerns, symbolise le Far West, contrée mythique où les paysages réveillent des souvenirs d’enfance : la silhouette dégingandée de John Wayne, l’archétype du cow-boy qui rencontre ici une autre légende, la route 66.

Des plateaux, des buttes et des aiguilles de grès rouge se dressant dans une plaine sans fin et striant l’horizon de leur plastique baroque. Le tout arrosé par un soleil dont les rayons s’ingénient, d’heure en heure, à modifier les ombres, retoucher les couleurs et distordre les masses… C’est peu dire que la majestueuse Monument Valley en impose par sa rudesse et son austérité. On comprend pourquoi les maîtres du western en ont fait leur site de prédilection : cette beauté primitive symbolise idéalement la route périlleuse du Far West. Son étrangeté matérialise l’audace indispensable à qui prétend rejoindre l’éden présumé, ces territoires non colonisés de l’ouest du Mississipi, là même où les Indiens des Plaines ont été exilés au début du XIXe siècle. Juste un regret : les visiteurs arborent une casquette de baseball plutôt que le Stetson qui devrait être obligatoire ! Car c’est bien sûr John Wayne qu’on entend rencontrer à Monument Valley, la diligence de La Chevauchée Fantastique en route pour le Nouveau-Mexique avec ses passagers : le vendeur de whisky, la fille légère, le joueur, le banquier véreux, le shérif et le hors-la-loi justicier… Bref, une vision de la société américaine de l’époque des pionniers menacée, comme il se doit, par des Indiens résolus à reprendre le sentier de la guerre.

Dans les pas de John Wayne

“Les groupes éprouvent inévitablement la sensation de traverser l’écran, remarque Mary Rittmann, directrice du marketing de l’office du tourisme d’Arizona. Ils sont “dans” le film. Et cela qu’on leur propose un rallye en 4×4 ou une excursion à cheval sur les 27 kilomètres de pistes qui serpentent dans les 12000 hectares du parc. De plus, les guides sont Navajos, car ici, ils sont sur leur territoire. Leurs grands-parents furent les figurants de films cultes, interprétant, selon, des Cheyennes, des Comanches, des Apaches ou des Sioux.” Plus rares sont les films qui ont conté l’histoire des Navajos telle qu’elle s’est déroulée, sombre scénario d’un peuple maltraité par les colons espagnols, puis spolié, déporté, affamé ou massacré par les assauts de l’US Army et de Kit Carson. John Ford, dont les films popularisèrent Monument Valley dans le monde entier, est gratifié d’un point de vue portant son nom, le théâtre également des célèbres campagnes publicitaires Marlboro surfant sur la mythologie cow-boy. Monument Valley où se sont installées les caméras de Clint Eastwood, Stanley Kubrick, Spielberg, Sergio Leone et bien d’autres renvoie aussi ses visiteurs aux premiers âges de la Terre. Résultat de processus géologiques successifs étendus sur des centaines de millénaires, elle est l’enfant de la tectonique des plaques, de l’activité volcanique, de l’érosion du vent, de la pluie, du gel et bien entendu de la mer qui recouvrait la région il y a 400 millions d’années, période où l’Europe et l’Amérique du Nord ne formaient qu’un seul continent… L’âge d’or du western et la dérive des continents animent donc inévitablement les conversations au Goulding’s Lodge, l’illustre hôtel-restaurant du coin dont la carte affiche fièrement le poulet “à la John Wayne”, un bon et copieux poulet rôti-purée, histoire de rappeler que l’endroit fut le quartier général du Duke et de son réalisateur John Ford.

Pour les Indiens passablement caricaturés par le cinéma, Monument Valley est avant tout une œuvre des dieux, autre façon de rendre hommage au génie du lieu et à l’extraordinaire de ses concrétions exsudant du sacré, une frontière entre deux mondes que la romancière Willa Cather évoque ainsi : “Ailleurs, le ciel est le toit du monde, ici, la terre est le plancher du ciel.”

Au milieu de nulle part

Pour les opérations incentive, la situation géographique de la Vallée participe pleinement au sentiment de réaliser un voyage hors du commun. Au nord-est de l’Arizona et aux confins de l’Utah, les hôtes se retrouvent au milieu de nulle part. Phoenix, capitale de l’État, se trouve à 420 km au sud et les néons de Las Vegas à plus de 600 km à l’ouest, dans le Nevada voisin. Aux Frenchies habitués à des paysages rythmés par les exploitations agricoles et les clochers des églises, le voyage offre aussi l’expérience de la wilderness qui se conjugue avec celle du road trip, voyage dans l’espace et le temps aux tonalités country, mais aussi profondément bluesy…

Car si les pionniers ont connu leur lot de coups durs, que dire alors du destin des Indiens ? “Chacun sait qu’ils ont été dépossédés de nos terres, mais on ignore souvent que leur identité même leur a été volée, indique Shaliyah Ben, d’origine Navajo et membre du département éducation du Heard Museum de Phoenix. Ainsi Apache signifie “ennemi”, Pima, veut dire “je ne sais pas”, autrement dit “niais”… Quant aux Navajos, ce sont les “égorgeurs” ! Faut-il conserver ces dénominations insultantes, la question fait débat au sein des tribus.” Dans cette région désertique de roches torturées que représente l’entité géologique baptisée Plateau du Colorado, mais à cheval sur quatre États (Colorado, Utah, Nouveau-Mexique et Arizona), la route de Monument Valley au Grand Canyon passe elle aussi par nulle part. Edward Abbey (1927-1989), magnifique écrivain et fin connaisseur de chaque recoin de la moindre mesa des environs (il fut ranger dans les parcs nationaux), qualifiait les lieux comme “le pays de nada, le royaume de nihilo”. Et de poursuivre : “Mais c’est du rien positif, du rien riche en temps, en espace, en silence, en lumière, en obscurité ; riche de la plénitude de l’être pur.” Au Grand Canyon, l’autre pièce maîtresse du wild west en Arizona, la terre prend des couleurs de peau de bison. Pour les séjours incentive, concentrés d’expériences fortes sur une période courte, l’hélicoptère est le seul moyen d’appréhender le gigantisme du site. Au pied d’à-pics pouvant atteindre les 2000 mètres, ce labyrinthe de canyons s’étend sur 5000 km2, l’équivalent du département des Bouches-du-Rhône. Rien de plus simple que de privatiser ces vols. Papillon, la principale compagnie qui les opère, propose un choix d’extensions combinées avec des 4×4 permettant de rallier des points de vue réservés aux randonneurs expérimentés, ou de déjeuner sur le socle du canyon dont les sédiments datent parfois d’1,7 milliard d’années. À cette échelle, les dinosaures, qui vivaient là il y a environ 200 millions d’années, semblent nés de la dernière pluie.

Route 66 : Les belles américaines

En faisant cap au sud, vers Phoenix, la paisible Flagstaff ranime une histoire plus contemporaine. Aux abords des San Francisco Peaks, chaîne volcanique aux sommets enneigés culminant à 3800 m, Flagstaff, à 2000 m d’altitude, s’est d’abord développée avec l’arrivée du chemin de fer de l’Atlantic and Pacific Railroad qui allait réunir le Missouri à la Californie durant les années 1880. Cinquante ans plus tard, sa croissance redouble, avec la création d’une voie, cette fois destinée aux automobiles : un ruban de bitume de 4000 km reliant Chicago (Illinois) à Santa Monica (Californie) et baptisée… route 66.

Get your kicks on road 66 (Éclate-toi sur la route 66) ont chanté Nat King Cole, Chuck Berry, les Rolling Stones et bien d’autres. Flagstaff n’est pas peu fière d’être mentionnée dans la chanson. La Mother road, première route transcontinentale goudronnée du pays, matérialise le versant moderne de la conquête de l’Ouest. Alliant dynamisme et liberté, sa symbolique soutient l’image de l’industrie automobile de l’époque façonnant l’icône de la belle américaine, diligence individuelle motorisée aérodynamique, rehaussée de cuir et bardée de chrome. On croise encore assez fréquemment à Flagstaff et à Williams ces carrosses voyants équipés de huit, voire de douze cylindres. Studbacker, De Soto, Packard… ces brontosaures s’aperçoivent négligemment garés devant les divers témoins de la route, principalement des stations-service, motels et restaurants reliques des “trente glorieuses”. Et qu’importe si la 66 désertée et détrônée par l’autoroute depuis plus de trente ans a été reclassée “route historique” ! En Arizona où ses tronçons sont les mieux conservés, elle continue de faire rêver. Au printemps 2009, Renault Trucks a emporté l’adhésion en faisant rouler trois Renault Magnum, son modèle haut de gamme, sur la totalité de cette route mythique. Cet incentive de prestige conçu par l’agence événementielle Yves Hunt (groupe Awak’iT) et opéré par l’agence réceptive Native Destinations fut largement relayé par les médias et plusieurs fois primé. “La route 66 constitue la thématique de nombreux incentives, souligne-t-on à l’office du tourisme de Flagstaff, c’est la route mythique absolue, The Main Street of America, qui véhicule toujours les valeurs très positives du temps de sa splendeur.” 

Bazar mystique

La route qui mène à Sedona traverse la Coconino National Forest, vaste domaine planté d’immenses pins ponderosa, l’arbre de l’Ouest dans le tronc duquel les pionniers creusaient des canoës. Elle se poursuit en longeant les gorges d’Oak Creek, paradis des pêcheurs à la truite et des enfants pour ses toboggans aquatiques naturels. Sedona : 11000 âmes en période creuse, mais plus de 3 millions de visiteurs en été. Ce qui attire les foules ici, c’est d’abord le paysage, un concentré de Monument Valley avec les arbres en plus et un climat tempéré (nous sommes à 1500 m d’altitude) associé à l’ambiance “arty” que dégage sa noria de galeries d’art contemporain, amérindien ou western, car c’est ici que fut fondé l’association Cowboy Artists of America. Au-delà, la notoriété de la cité tient aussi beaucoup à l’existence de ses vortex énergétiques, un phénomène de champs magnétiques aux multiples bienfaits, selon leurs zélateurs : “Élever le niveau de conscience, libérer ses émotions et faciliter les communications interdimensionnelles.” Le New-York Times a laissé entendre qu’ici une personne sur dix croyait aux extra-terrestres. En résumé, Sedona est une Mecque du mouvement new-age, moyennant quoi elle regorge de boutiques commercialisant toutes sortes de grigris pour triompher des maladies, recentrer ses chakras ou communiquer avec l’Au-delà. Le Mystical bazaar, par exemple, est équipé pour tirer le portrait de l’aura des visiteurs, une photo traditionnelle, mais nimbée d’un halo de couleurs fluo à interpréter avec un livret de 23 pages, “un guide inestimable pour la connaissance de soi.” Cartomanciens, chiromanciens, masseurs ayurvédiques, gourous ou shamans pullulent dans les environs, et les compagnies locales d’excursions ont toutes inscrit un “scenic vortex tour” en jeep à leur catalogue. À suivre aussi par les septiques afin de découvrir l’étonnante Chapel of the Holy Cross, architecture contemporaine de béton dont la paroi vitrée ouvrant de toute sa hauteur sur la vallée fait office d’immense retable, et les sites exceptionnels de cette région de terre rouge que les groupes peuvent aussi survoler en montgolfière, décors de dizaines de western, des chefs-d’œuvre comme Johnny Guitar de Nicholas Ray, des navets dont Stay away Joe (mais avec Elvis Presley) et une curiosité des plus douteuses : le premier western nazi, et le seul du genre a avoir été réalisé aux États-Unis (L’Empereur de Californie de Luis Trenker, 1936).

À 160 km au sud, voilà Phoenix. La capitale de l’Arizona s’étire dans une vallée constituant avec ses villes mitoyennes de Scottsdale,Tempe, Mesa et Glendale l’une des conurbations les plus étendues du pays, un symbole du New West et de l’étalement urbain de plus en plus critiqué aux États-Unis, au nom du développement durable. Le phénomène tient à l’importante croissance démographique de la région, conséquence de l’attraction que suscite “the valley of the sun” pour sa qualité de vie et son ensoleillement de plus de 300 jours par an. Les atouts de Phoenix, doté bien sûr d’un centre de congrès performant, reposent notamment sur sa grande concentration de golfs (plus de 200 parcours) mais aussi de boutiques, spas, hôtels et resorts cossus aptes à composer l’étape luxe et détente d’un séjour Old West en Arizona. Elle en représente aussi l’étape culturelle avec ses nombreux musées dont le Heard Museum présentant un panorama complet de l’art amérindien des tribus du Sud-Ouest (hopi, navajo, apache et zuni) dans le cadre d’une superbe demeure coloniale privatisable.

Les amateurs d’architecture seront aussi comblés par la visite de Taliesin West, la maison privatisable que l’architecte Franck Lloyd Wright (1867-1959) construit à Scottsdale (voir guide pratique). Enfin, la situation de la ville représente évidemment l’un de ses attraits majeurs puisqu’elle est implantée en lisière du désert de Sonora dont les cactus constituent l’icône du Far West. “Nous sommes entourés de parcs nationaux, aussi la nature reste très présente, note David Bernand, directeur du Four Seasons de Scottsdale. Cela permet aux groupes de pratiquer de nombreuses activités extérieures – golf, randonnée pédestre ou cycliste, kayak –, d’observer la faune et la flore du désert ou les étoiles, car nous avons ici l’un des ciels les plus purs qui soient ; un paradis pour les astronomes.”

Cactus à perte de vue

Le Sonora se déploie sur 320000 km2 entre le sud de la Californie, le Mexique et l’Arizona en dessinant un relief accidenté et caillouteux parsemé de buissons et piqueté à perte de vue des fameux cactus qui ont fait sa renommée, le Saguaro. Ce géant pouvant atteindre les 15 m de haut ne pousse qu’ici sous un soleil de plomb en attendant les rares pluies dont ses racines captent la moindre goutte. Il peut ainsi absorber jusqu’à 800 litres d’eau à chaque précipitation. Un modèle d’économie à l’image de toute la flore et la faune locales se découvrant au Sonora Desert Museum, passionnant musée d’histoire naturelle pour l’essentiel en plein air, mais aussi jardin botanique et zoo où se croisent les plus charmantes bestioles des environs : loups et pumas, scorpions, veuves noires et autres crotales. Les coyotes alanguis ramènent le visiteur vers la mythologie de l’Ouest qui transpire aux alentours de Tucson, 170 km au sud de Phoenix.

Ex-colonie mexicaine devenue américaine en 1853, la région, elle aussi, a versé son écot à la légende western. À partir de 1939, date de création des Old Tucson studios à l’initiative de la Columbia, elle devint en effet un des hauts lieux de tournage des westerns. L’élite des réalisateurs, Anthony Mann, Howard Hawks, John Huston, ont œuvré dans ce studio où furent réalisés plus de 300 films… Aujourd’hui partagés entre l’activité cinématographique et l’accueil des visiteurs, les Old Tucson studios ont pris des allures de parc d’attractions western. Les balades en diligence sont rythmées par des règlements de comptes scénographiés entre l’échoppe du maréchal-ferrant, le bureau du shérif, la prison, la banque et le saloon. “Ce lieu privatisable peut constituer pour les groupes, même importants, (capacité 1500 personnes) le cadre d’une soirée thématique qui fera à coup sûr retomber les participants en enfance”, indique Kimberly Schmitz, directrice de la communication du Metropolitan Tucson Convention Bureau.

Puis la découverte des nombreuses villes fantômes de cette partie sud de l’Arizona livrera l’envers du décor, la touche d’authenticité. Pearce, Glenson, Dos Cabezas et autres bourgades en loques racontent toutes la même histoire, celle d’une croissance éclair autour d’un filon d’or, d’argent, de plomb ou de charbon suivie d’un naufrage tout aussi brutal aux premiers signes de son épuisement : “boom and bust” (expansion et faillite), le cycle de l’économie pionnière impatiente de tirer profit des ressources du Nouveau Monde.