
Lorsqu’on pense culture aux États- Unis, c’est généralement New York qui vient à l’esprit. Car, à l’exception peut-être de Londres, peu de métropoles dans le monde ont su aussi bien absorber, mixer et réinterpréter toutes les influences et tendances de la planète. Et pourtant, Chicago a elle aussi conquis ses galons culturels dans le paysage nord-américain. On y trouve un orchestre symphonique de premier ordre, dirigé par une star, Ricardo Muti. Ses musées ont acquis une réputation qui dépasse depuis longtemps les murs de la ville. À commencer par le Art Institute of Chicago dont la richesse vaut à elle seule une visite de la métropole de l’Illinois. Ce dernier s’enorgueillit, entre autres, de posséder la plus grande collection d’impressionnistes français après Paris.
Outre l’Art Institute, Chicago compte une vingtaine d’autres institutions. Parmi elles, on peut citer le musée d’art contemporain, le musée des sciences et de l’industrie, le musée d’histoire de la ville ou encore le musée national d’art des vétérans de la guerre du Vietnam. Unique aux États-Unis, celui-ci montre la traduction – en peintures et sculptures – des souffrances et des atrocités d’un événement qui a traumatisé toute une génération. Un lieu troublant et qui ne peut laisser indifférent…
Mais ce qui distingue Chicago du reste du pays – et notamment de New York –, c’est l’implication de la municipalité dans les arts avec une politique culturelle ambitieuse qui se traduit par un budget annuel conséquent. “Cela a été l’un des points forts du mandat du maire sortant Richard Daley. Sans lui, Chicago n’aurait jamais acquis un tel renom international dans les milieux culturels, explique Erin Hogan, directrice des relations publiques du Art Institute of Chicago. La politique de la ville a notamment permis de démocratiser toutes les formes d’expression artistique, y compris auprès des couches défavorisées de la population”. Par exemple, à travers une politique d’achats pour les espaces publics, la Galerie 37, soutenue par la femme de l’ancien maire, a vu de jeunes artistes issus de quartiers difficiles exposer leurs oeuvres.
Et le Chicago Cultural Center, anciennement la bibliothèque municipale, est devenu un lieu de rencontres avec un programme d’événements ouverts à tous. À l’intérieur du bâtiment, on peut également s’extasier devant le dôme créé par Tiffany – non pas Charles, le célèbre joaillier, mais son fils Louis, passé à la postérité pour l’excellence de son travail du verre dans un style Art nouveau.
La municipalité au service de l’art
“Mais c’est le Millenium Park qui fait figure de vrai testament culturel du maire sortant, poursuit Erin Hogan. C’est une chance qu’un projet si ambitieux ait été achevé avant que la crise économique n’affecte les finances de la ville. Aujourd’hui, ce serait inconcevable”. Lancé en 1997, c’est l’oeuvre municipale la plus importante sur l’ensemble du siècle dernier.Terminée avec retard en 2004, son coût a été multiplié par quatre, passant de 150 à 475 millions de dollars – de 100 à 320 millions d’euros –, dont plus de 200 millions payés par des donateurs privés.
Construit au-dessus des voies de chemin de fer longeant la partie sud de Michigan Avenue, Millenium Park est à la fois un espace vert et un haut lieu de la culture. On y donne des représentations et concerts gratuits au Pritzker Pavilion, construit par Frank Gehry. Des sculptures contemporaines entourent les visiteurs telles la Porte des Nuages d’Anish Kapoor ou encore la Crown Fountain, une fontaine cinétique de Jaume Plensa, parfaitement représentative de la ville, les visages qui apparaissent derrière un miroir d’eau rendant hommage à ses communautés.
Ces oeuvres d’art poursuivent une tradition d’oeuvres publiques, inaugurée dans les années 60. À cette époque, le développement d’institutions administratives au sein du quartier financier du Loop a motivé l’installation de sculptures de Miro, Chagall ou Picasso. Dubuffet est venu s’ajouter à cette liste prestigieuse en 1984. “Quelle ville pourrait s’enorgueillir de présenter en pleine rue de telles oeuvres d’art ?”, interroge Erin Hogan.
Pourtant, cette politique ambitieuse pourrait subir un sérieux coup de frein avec l’arrivée aux manettes de Rahm Emanuel, le nouveau maire démocrate de Chicago. Car cet ancien danseur, bien qu’amateur d’art, aura certainement bien du mal à continuer d’offrir concerts et événements gratuits alors même que des coupes sombres affectent tous les budgets – culture y compris – afin de réduire une dette abyssale, flirtant avec les 700 millions de dollars, soit plus de 470 milliards d’euros. “C’est probablement la fin d’une époque”, estime Jean-François Rochard, attaché culturel adjoint au consulat général de France. À moins que le secteur privé ne prenne le relais.
Sous les pavés de Chicago, Mexico
Envie de dépaysement à 15 minutes du Loop ? Il suffit de prendre la ligne rose du métro aérien jusqu’à la station 18th Street. Les murs de cette gare au charme suranné sont tapissés de fresques murales multicolores célébrant les symboles de la culture aztèque.
C’est, en quelque sorte, la porte d’entrée officielle du quartier mexicain de Chicago, dans l’arrondissement de Pilsen. Si le soleil est de la partie, on se croirait vraiment dans un faubourg de Mexico City. Tout le long de la 18e rue s’étalent les fresques multicolores où trônent en bonne place les portraits de Frida Kahlo ou de l’actrice Carmen Miranda.
Les églises s’inspirent d’une architecture hispanique exubérante tandis que les cafés, restaurants ou supermarchés sont surmontés d’enseignes en espagnol. Dans tous les cas, il ne faut surtout pas rater le National Museum of Mexican Arts, le seul de ce type aux États-Unis. On y retrace, à travers les Beaux-Arts, l’histoire tourmentée du Mexique, mais aussi celle de la communauté mexicaine de la ville. On dit que cette dernière représente la moitié des 1,5 million de Latinos vivant dans la métropole américaine. Ce qui vaut bien un musée.


















