Interview : Philippe Augier, président de France Congrès et maire de Deauville

Philippe Augier, président de France Congrès et maire de Deauville, décrit l'énorme impact de la crise sanitaire sur le secteur des congrès et des séminaires.

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Philippe Augier, président de France Congrès et maire de Deauville © SandrineBoyerEngel

L’activité des congrès et séminaires pourra-t-elle reprendre comme attendu après l’été ?

Philippe Augier – Pour l’instant, toutes les manifestations sont soit annulées, soit reportées. Les événements pourront-ils reprendre en septembre ? Beaucoup de choses dépendront des conditions sanitaires dans lesquelles les manifestations pourront être organisées. Aujourd’hui, nous n’avons aucune visibilité. Cependant, la dimension sanitaire ne nous fait pas peur. Le secteur, qui a déjà vécu les plans Vigipirate après les attentats, a montré qu’il sait gérer les flux. On a déjà fait des propositions qui sont entre les mains des ministres et de ceux qui sont en charge de la protection sanitaire. Pour l’instant, nous sommes en plein travail, chacun dans son organisation associative, mais aussi toutes les associations ensemble et l’ensemble de ces associations avec le gouvernement. Il n’y a pas très longtemps, nous avons eu une audioconférence avec Bruno Le Maire lors de laquelle nous lui avons fait valoir l’ensemble des choses qui nous paraissaient nécessaires, tant sur le plan des aides que des conditions de la reprise.

L’activité pourra-t-elle redémarrer rapidement ?

P. A. – Je pense que la reprise sera très progressive. L’activité des grands congrès sera très ralentie. Les événements de dimension internationale sont bloqués pour un moment. L’activité du séminaire devrait reprendre plus facilement. Alors qu’il faut souvent deux ans pour organiser un congrès, un séminaire, ça peut se décider d’une semaine sur l’autre. Mais, là aussi, il y a des incertitudes. Les entreprises vont-elles organiser des séminaires alors qu’elles auront besoin de couper un certain nombre de budgets. Et, si elles maintiennent des opérations, elles le feront sans doute à un degré moindre, sur deux jours au lieu de trois, avec aussi moins de participants.

Je pense que la reprise sera très progressive. L’activité des grands congrès sera très ralentie.

Quel est l’impact de la crise sur les destinations de congrès en France ?

P. A. – Pour certaines villes qui vivent essentiellement du tourisme affaires et loisirs, son impact est énorme. Un congrès de 3000 personnes est moins important pour Paris ou Lyon que pour Deauville ou Cannes. Du point de vue de l’activité économique, c’est dramatique. A Deauville, le casino et le palais des congrès ont arrêté leur activité. Les trois hôtels et les 14 restaurants du groupe Barrière sont fermés. Sans compter tous les autres hôtels, et je ne sais combien de dizaines de restaurants eux aussi à l’arrêt. A part les commerces maintenus ouverts, plus rien ne marche. Vos vous baladez dans la ville, c’est un film de science-fiction. Les humains ont disparu. C’est tuant pour l’économie, c’est tuant pour les finances locales aussi.

Quelles difficultés voyez-vous venir ?

P. A. – On aide les entreprises, ce qui est formidable et nécessaire. Toutes celles qu’on pourra aider à sortir la tête de l’eau, ce sera très bien. Mais, pour les villes qui vivent essentiellement du tourisme, il y a aussi un danger financier. Ma ville, au-delà de la fiscalité traditionnelle telle la taxe d’habitation, reçoit aussi les taxes de séjour des hôtels, les droits de stationnement, la taxe d’occupation du domaine public, c’est-à dire des terrasses, ainsi que des revenus de la part du casino. Tout ça mis bout à bout, ce sont des recettes de fonctionnement qui vont manquer par millions. Je rappelais à Bruno Le Maire qu’autant l’Etat ou les entreprises peuvent avoir un budget en déséquilibre, autant les collectivités locales ne le peuvent pas. Il faudra donc qu’on m’explique comment on fait. Pour l’instant, personne n’a parlé de l’accompagnement des collectivités sur le plan financier.

Malgré tout, une ville comme Deauville conserve toute son attractivité.

P. A. – Toutes les manifestations du printemps jusqu’au mois d’août sont annulées ou reportées. Mais, pour l’instant, de septembre à la fin de l’année 2020, le palais des congrès n’a quasiment plus un jour de libre. Idem pour le premier trimestre 2021. Notre notoriété reste un actif. Tout comme notre situation géographique, à deux heures de Paris, qui a toujours été un atout et le sera encore plus en l’occurrence. Car la clientèle de proximité va jouer un rôle fondamental dans la mesure où les déplacements sont limités, où il n’y a plus de visiteurs internationaux. J’ajouterais un point supplémentaire qui jouait déjà en notre faveur, mais qui pourrait le faire encore plus à mon avis dans l’avenir, c’est l’unité de lieux. A Deauville, tout est dans un mouchoir de poche, le palais des congrès, le centre-ville, le casino, les hôtels, la plage. Une fois arrivé sur place, il n’y a plus de problèmes de transports. C’est un atout pour les organisateurs.