Interview : Corinne Menegaux, Directrice générale de l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris

Depuis quelques semaines, Paris et Londres ont choisi d'unir leurs forces sur le marché du MICE, pour promouvoir les deux capitales en tant que destinations combinées. Corinne Menegaux, Directrice générale de l'Office du Tourisme et des Congrès de Paris, revient sur l'ambition de ce projet, et sur les prochaines pistes à explorer.

Corinne Menegaux
Corinne Menegaux (à droite) célébrant à l'occasion de l'IMEX Francfort le partenariat conclu entre Paris et Londres sur le dossier du MICE

Comment est né le partenariat entre Paris et Londres sur le dossier MICE ?

Corinne Menegaux – Il y a beaucoup de sujets en commun entre Londres et Paris, beaucoup de valeurs partagées. Nous nous sommes donc rencontrées avec les équipes londoniennes, et nous avons décidé de faire une campagne commune. Nous avons commencé par une campagne grand public associant Londres et Paris auprès d’une audience américaine, pour cibler notamment les millennials. Comme cela a bien marché, avec des taux d’intention de visite en hausse, nous avons voulu compléter cette démarche avec un volet tourisme d’affaires. Ces millennials américains sont potentiellement des patrons d’entreprises, de jeunes entrepreneurs, qui pourraient être intéressés par Londres et Paris en tant que destination incentive accessibles mutuellement sur deux ou trois jours, avec des territoires qui partagent des valeurs communes tout en proposant des atouts variés pour un groupe incentive.

Quelles sont ces valeurs communes ?

Corinne Menegaux – Nous partageons beaucoup de choses sur la partie gastronomique par exemple, puisque Londres a beaucoup progressé dans ce domaine. L’offre shopping est aussi un vrai sujet pour les deux destinations, tout comme la culture, le patrimoine, l’Histoire. Il y a également la culture au sens aussi du spectacle, un domaine dans lequel c’est Paris qui a progressé pour rattraper Londres. Nous avons développé beaucoup de choses en termes de manifestations comme les comédies musicales, qui étaient un peu l’apanage anglo-saxon, dans des villes comme New York ou Londres, justement. Il y a également le luxe : Londres est, comme Paris, une ville orientée sur cette clientèle haut de gamme. Et enfin, il y a l’innovation. Londres a été précurseur, et aujourd’hui Paris a une vraie spécificité sur la partie incubation, start-up, développée depuis quelques années. Les deux capitales ont à cœur de développer cette activité, qui peut être très intéressante pour l’incentive, notamment pour les entreprises américaines qui évoluent souvent dans des domaines technologiques, et qui par conséquent recherchent plutôt des villes qui correspondent à ces valeurs. J’y crois beaucoup, je pense qu’un chef d’entreprise a la volonté d’emmener ses équipes dans des villes qui correspondent aux valeurs portées par sa société, c’est plus cohérent.

Paris restera Paris, une capitale mondialement reconnue, avec un facteur d’attractivité extrêmement fort. On ne nous enlèvera rien, et nous pouvons aussi être un levier  pour d’autres territoires

Sacrée récemment par le classement ICCA, Paris a-t-elle besoin de s’associer à une autre capitale pour assurer sa promotion ?

Corinne Menegaux – Ce n’est pas vraiment une question de besoin, mais plutôt de mutualisation, la volonté de véhiculer un message original, sous un autre angle. Nous aurions pu faire une campagne originale seuls, et avoir de très bons résultats. Il est toujours intéressant de mutualiser les moyens, de s’associer. Cela ne nous empêchera pas de faire d’autres campagnes seuls aux Etats-Unis. De la même façon que Paris aurait pu s’associer avec un autre territoire, y compris en France. Je pense que Paris a une position particulière. Paris restera Paris, une capitale mondialement reconnue, avec un facteur d’attractivité extrêmement fort. On ne nous enlèvera rien, et nous pouvons aussi être un levier d’attractivité pour d’autres territoires. Nous devons aussi jouer ce rôle.

Paris Londres
Paris et Londres ont conclu un accord pour valoriser leurs synergies dans le cadre de séjours incentive deux-en-un

Au-delà de la communication, quelles sont les applications concrètes de ce rapprochement ?

Corinne Menegaux – Sur la partie grand public, nous nous sommes appuyés sur un partenaire qui avait des possibilités d’hébergements à Paris et à Londres, en l’occurrence Marriott. Le rapprochement s’appuie aussi sur Eurostar. Sur la partie MICE, le rapprochement repose plutôt sur du contenu à raconter, des valeurs communes, plutôt que de la réservation pure et dure. Mais nous envisageons un eductour commun, probablement à la rentrée, et nous sommes en train d’étudier la partie hébergement, pour laquelle nous ciblons un partenaire hôtelier cinq étoiles.

Pourriez-vous aussi coordonner les agendas événementiels, ou organiser un salon transmanche par exemple ?

Corinne Menegaux – C’est possible, cela peut faire partie des options à étudier s’il s’agit d’un vrai levier permettant d’attirer des entreprises qui ne viendraient pas sur un seul territoire. Mais il n’y a pas que Londres, cela pourrait concerner d’autres destinations.

Avez-vous déjà des pistes ?

Corinne Menegaux – La réflexion est en cours sur la partie française. Ce ne sera pas pour tout de suite, probablement pour 2020. Mais cela concernerait plutôt un public individuel. Il s’agirait d’utiliser Paris comme levier d’attractivité, pour faire découvrir une autre région, comme la Champagne, la Normandie, la Côte d’Azur…

continuons à asseoir l’image de notre destination, avançons, et montrons que nous pouvons être plus forts que tout ça

Ce rapprochement avec Londres est-il destiné à se prémunir contre les conséquences du Brexit ?

Corinne Menegaux – C’est un hasard de calendrier. Cela n’a pas du tout été fait pour ça. Nous nous sommes d’ailleurs demandé si nous devions continuer ! Nous avions les gilets jaunes, eux le Brexit… Finalement, nous nous sommes tous dit que nous devions continuer. On ne peut pas s’arrêter de communiquer à cause de ces éléments extérieurs. Au contraire : continuons à asseoir l’image de notre destination, avançons, et montrons que nous pouvons être plus forts que tout ça.

La proximité entre les maires de Londres et de Paris a-t-elle présidé à ce rapprochement ?

Corinne Menegaux – Paris est proche d’un certain nombre de villes avec lesquelles nous coopérons régulièrement. Je n’ai pas beaucoup de recul, puisque je suis arrivée récemment, mais il y a une vraie logique de coopération, non seulement à Londres, mais aussi à New York et ailleurs. Nous participons régulièrement à des réunions avec des destinations européennes, comme Amsterdam, Barcelone. Il y a beaucoup de sujets sur lesquels nous échangeons, en toute transparence et avec bienveillance. C’est vraiment enrichissant. Paris a la chance d’être en pole position dans les classements comme ICCA, et c’est très bien. Mais ça ne veut pas dire que nous devons être arrogants. Au contraire, il faut être dans une logique de partage. On a toujours à apprendre de ce que font nos petits camarades !