Interview : Karim Benchekroun, CFO de Royal Air Maroc

Karim Benchekroun, CFO de Royal Air Maroc, était présent vendredi à Lagos pour célébrer l'intégration de la compagnie dans oneworld. L'occasion de revenir avec Voyages d'Affaires sur l'importance de ce partenariat pour le transporteur et ses voyageurs d'affaires, et de faire un point sur la situation et les ambitions de la RAM.
Royal Air Maroc
Karim Benchekroun, CFO de Royal Air Maroc, durant l'événement organisé le 25 mars au Nigeria avec oneworld (Photo Florian Guillemin)

Hasard du calendrier, Royal Air Maroc célèbre au mois de mars l’intégration dans Oneworld et l’arrivée à Tel Aviv. Est-il possible de hiérarchiser ces deux événements majeurs ?

Karim Benchekroun – Nous avions intégré Oneworld dès le mois d’avril 2020. Malheureusement, la crise sanitaire est passée par là, et nous n’avions pas pu effectuer la célébration de cet événement. Nous l’avons donc reporté. Mais il était très important pour nous de marquer cette intégration en organisant des événements en Afrique : au Maroc bien sûr, mais aussi à Abidjan, à Lagos, et probablement dans deux autres pays d’Afrique en 2022. Quant à Tel Aviv ce n’est bien sûr pas une route comme une autre : elle est chargée d’émotion, sachant que nos concitoyens qui vivent en Israël vont pouvoir venir sur des vols directs. Les deux événements ont donc toute leur importance, tout leur poids dans la stratégie commerciale de Royal Air Maroc.

Royal Air Maroc est donc devenue la première compagnie africaine au sein de Oneworld. Pourquoi si tard ?

Karim Benchekroun – C’est un processus très long. Nous discutions avec Oneworld depuis déjà quelques années. Chacune des compagnies membres de l’alliance a ses propres contraintes, sa propre stratégie. Peut-être que le timing n’était auparavant pas propice à l’intégration de la RAM, mais en 2018 nous avons reçu l’invitation officielle pour rejoindre Oneworld, notamment parce qu’il devenait important pour l’alliance d’avoir une telle présence sur le continent africain de manière très prononcée. Et Royal Air Maroc apporte une réponse à ce besoin de se positionner sur le continent de manière forte. Nous avons beaucoup à gagner à faire partie de l’une des plus belles alliances du monde, composée de compagnies prestigieuses, avec tous les bénéfices que cela représente pour nos clients, et pour nous en termes de process, car la qualité des services fournis par chaque compagnie membre doit être similaire. En reliant les réseaux de chaque compagnie, cela offre aussi des perspectives très intéressantes. Pouvoir enregistrer un bagage à Casablanca et le récupérer à l’autre bout du monde, utiliser les miles d’une compagnie pour obtenir un surclassement sur une autre compagnie : ce sont des bénéfices très importants pour les voyageurs, et tout particulièrement les voyageurs d’affaires les plus fréquents.

Dans quelle situation se trouve aujourd’hui Royal Air Maroc, au sortir d’une crise particulièrement longue, avec la fermeture des frontières jusqu’au mois de février ?

Karim Benchekroun – Depuis la réouverture des frontières, la demande est repartie de manière très intéressante. Les lignes depuis et vers le Maroc vont retrouver leur vitesse de croisière pré-crise d’ici la fin 2023, ou début 2024 je pense. Bien sûr la crise laisse des traces sur le plan financier, nous essayons d’y remédier autant que possible. Mais cela a aussi été l’occasion de restructurer beaucoup de choses au sein de la compagnie. Nous sommes aujourd’hui mieux armés qu’avant la crise pour assurer le développement de Royal Air Maroc et préparer l’avenir.

La reprise concerne-t-elle également la clientèle affaires, notamment sur l’axe Maroc-France ?

Karim Benchekroun – Les voyages d’affaires n’ont pas vraiment repris. C’est d’ailleurs une tendance générale, chez toutes les compagnies à travers le monde. L’axe Maroc-France est le plus important pour nous sur le segment du voyage d’affaires, et nous sommes encore assez loin des niveaux de 2019 même si les déplacements professionnels reprennent petit à petit. Comme l’a indiqué IATA, il faudra quatre ou cinq ans pour que les compagnies retrouvent les niveaux d’avant-crise dans le domaine des voyages d’affaires.

Le marché africain du voyage d’affaires est souvent présenté comme un marché d’avenir. Partagez-vous cette conviction, même dans ce contexte inédit ?

Karim Benchekroun – Nous l’espérons ! Nous disposons d’un réseau africain très important, que nous sommes en train de développer, d’enrichir. Nous avons une belle classe affaires, aussi bien sur des avions moyen-courriers que long-courriers. La RAM a donc véritablement des atouts pour capter une part importante de ce trafic business. Depuis et vers le Maroc, cette activité est en train de reprendre. Beaucoup d’entreprises marocaines sont présentes en Afrique, dans le secteur des banques, des assurances, ou encore du BTP, et reprennent progressivement les déplacements. Les hommes d’affaires africains se remettent aussi à voyager, vers le Maroc mais aussi au-delà de notre hub de Casablanca. Il y a donc une dynamique positive. Car il faut distinguer deux types de voyageurs d’affaires : il y a les salariés des grosses multinationales, dont les budgets de déplacements ont été réduits de manière très importante, et dont les managers ont pris l’habitude d’organiser des réunions à distance. La fréquence de leurs déplacements va être réduite pour quelque temps. Mais il y aussi les PME-PMI, dans lesquelles seules deux ou trois personnes voyagent. D’après nos analyses, elles vont devoir continuer à voyager car elles n’ont pas vraiment le choix. Dans ce domaine là, je pense que les niveaux d’activité vont reprendre assez rapidement.

On imagine que la modernisation et la réorganisation de l’aéroport de Casablanca doivent vous permettre d’envisager l’avenir avec optimisme, peut-être avec l’ambition d’étendre le rayonnement de votre hub, vers l’Est de l’Afrique ?

Karim Benchekroun – Exactement. Pour qu’une compagnie aérienne puisse se développer, il lui faut une base adéquate. Il y a eu beaucoup de travaux, de réaménagements au sein de l’aéroport Mohammed V. Aujourd’hui, nous avons un bel aéroport, qui répond à nos besoins et qui sera même amené à grandir davantage dans les quatre ou cinq prochaines années. Quoi qu’il en soit, nous disposons aujourd’hui d’une plateforme qui nous permet de traiter les clients de la RAM et de nos partenaires au niveau des standards de qualité de service de l’alliance Oneworld.