
Royal Air Maroc est devenue la première compagnie africaine membre de oneworld. Pourquoi avoir tant attendu pour franchir une telle étape ?
Rob Gurney – Il s’agissait de trouver le bon candidat et être capable d’identifier des bénéfices mutuels. Je pense qu’il y a eu une sorte de conjonction d’événements. Royal Air Maroc est entrée en partenariat avec Qatar Airways, l’une de nos plus grandes compagnies membres. Cela a facilité une plus profonde collaboration entre la direction de la compagnie, oneworld et ses membres. Aussi, Royal Air Maroc avait des plans de développement très ambitieux, en termes de croissance de leur flotte notamment...
Royal Air Maroc est devenue la première compagnie africaine membre de oneworld. Pourquoi avoir tant attendu pour franchir une telle étape ?
Rob Gurney – Il s’agissait de trouver le bon candidat et être capable d’identifier des bénéfices mutuels. Je pense qu’il y a eu une sorte de conjonction d’événements. Royal Air Maroc est entrée en partenariat avec Qatar Airways, l’une de nos plus grandes compagnies membres. Cela a facilité une plus profonde collaboration entre la direction de la compagnie, oneworld et ses membres. Aussi, Royal Air Maroc avait des plans de développement très ambitieux, en termes de croissance de leur flotte notamment. Et la qualité du produit a été saluée par une rapide progression dans le classement Skytrax. Il s’agissait donc d’un alignement entre le bon candidat, le bon timing… Aurions-nous aimé accueillir une puissante compagnie africaine il y a dix ans ? Bien sûr ! Mais il faut d’abord regarder quelles sont les forces en présence, quelles sont les compagnies disponibles, étudier les réseaux de chacun… Royal Air Maroc cochait de nombreuses cases, avec en outre le soutien du Royaume du Maroc, qui souhaite faire de la compagnie un outil stratégique pour le développement de l’économie marocaine. Il y a vraiment une vision, une ambition de la compagnie, en particulier sur le continent africain. Certaines ambitions se sont heurtées aux difficultés engendrées par la pandémie. Mais je sais qu’elles seront remises en route aussi vite que la situation le permettra.
Etes-vous désormais satisfaits de votre couverture du continent africain ou gardez-vous un œil sur d’autres compagnies ?
Rob Gurney – Nous sommes très satisfaits de ce que nous apporte Royal Air Maroc. Mais il y a toujours des pistes de développements auxquelles nous devons rester attentifs, des situations qui évoluent dans le temps. Nous devons donc surveiller le paysage africain dans son ensemble même si à l’heure actuelle nous sommes focalisés sur notre soutien à Royal Air Maroc vis-à-vis de leurs projets de développement.
Quelle place tient l’Afrique dans la stratégie de oneworld pour les années à venir ?
Rob Gurney – Nous savons que le développement du continent africain sera très important au cours du XXIe siècle dans le domaine du voyage, étant donné la population concernée, les ressources, les progrès économiques… Il est donc crucial pour une alliance comme oneworld de consolider ses positions sur un marché où le business et l’attractivité vont croître de manière exponentielle, en particulier le trafic affaires, mais aussi le tourisme.
L’Afrique a-t-elle le potentiel pour compenser les baisses de volumes constatées sur les marchés traditionnellement forts, affectés par la crise ?
Rob Gurney – Je ne peux pas m’exprimer au nom de telle ou telle compagnie de l’alliance, mais pour avoir échangé avec différents PDG, leurs revenus ont été tellement impactés ! Ils cherchent donc à diversifier leurs sources de revenus, comme toute entreprise dans n’importe quel secteur d’activité. C’est plus facile à dire qu’à faire, cela dépend de nombreux paramètres, mais je pense effectivement que les compagnies de « l’hémisphère Ouest » vont davantage regarder vers l’Est et vers le Sud.

Quel rôle a pu jouer une alliance comme oneworld pendant les deux années de pandémie ? Si la même crise survenait aujourd’hui, agiriez-vous différemment ?
Rob Gurney – Il y a toujours des enseignements à tirer des situations de crise. Je pense que, fondamentalement, la réaction serait la même. Mais je dirais que nous réagirions plus rapidement. En mars 2020, nous pensions tous que cette crise se mesurerait en mois, pas en années… En tant qu’alliance, nous avons travaillé sur des stratégies favorisant une reprise post-Covid, nous avons soutenu nos compagnies membres, notamment en nous appuyons sur la coordination des ressources. Vous pouvez imaginer à quoi a pu ressembler le travail d’un PDG de compagnie aérienne en mars, avril ou mai 2020… Quasiment d’un jour à l’autre, il leur a fallu couper dans leurs réseaux, prendre des décisions très rapides pour restructurer la compagnie, des décisions souvent difficiles pour les salariés… Le tout en intégrant tous ces nouveaux protocoles sanitaires. Nous avons donc formé un groupe de travail, une « task force » réunissant des représentants du monde de la santé, de la technologie, du service client, du département juridique. Et ensemble nous avons réfléchi à des stratégies qui nous permettraient de sortir de la crise et de rebondir. Nous l’avons fait assez rapidement, et nous avons bien travaillé ensemble pour nous projeter sur six, douze voire 18 mois. Nos travaux ont notamment porté sur les protocoles de tests, puis sur les certifications pour passer les frontières : un sujet complexe, dans la mesure où les règles différaient de pays en pays, et évoluaient régulièrement… Nous avons aussi travaillé avec IATA, ainsi qu’avec les autres alliances car il s’agissait d’un problème commun à toute l’industrie. Il ne s’agissait plus de concurrence entre Star Alliance, Skyteam et oneworld : notre secteur traverse une crise existentielle. Il nous faut donc travailler ensemble pour étudier ce que l’on peut faire pour soutenir notre industrie, et limiter autant que possible l’impact de cette crise.
En quoi la crise a-t-elle fait évoluer oneworld ?
Rob Gurney – Avec la crise s’est imposé plus clairement que jamais un impératif pour les compagnies membres : aborder certains dossiers, et notamment certains postes de dépenses, de manière collective au lieu d’agir individuellement. Il y a eu un vrai changement de philosophie. Cela concerne notamment le sujet du SAF, sur lequel travaille notre bureau dédié à au développement durable au sein de oneworld. Je m’attends à ce que l’on exploite de plus le potentiel collectif, l’expertise commune, en évitant de dupliquer les efforts. il s’agit par exemple, au lieu que les compagnies A, B et C aillent voir le même fournisseur technologique, de se mettre d’accord en amont. In fine, il est aussi bénéfique pour les partenaires technologiques de travailler de façon plus stratégique, plus efficace. L’autre évolution que j’ai constatée depuis deux ans concerne le management de l’alliance, pour une prise de décision plus efficace. De la même manière qu’une personne seule pourra décider simplement comment organiser ses vacances, quel restaurant choisir, qu’un groupe de voyageurs, une compagnie seule peut prendre des décisions plus rapidement. Dans une alliance, il faut prendre en compte les points de vue des autres compagnies membres, et nous retrouver face aux défis des deux dernières années nous a pousser à prendre des décisions plus rapidement qu’auparavant. C’est un changement notable, je suis heureux des progrès que nous avons faits. D’autant que je suis quelqu’un d’impatient, j’aime faire les choses rapidement !
de nouveaux formats de déplacements professionnels vont émerger
Quand attendez-vous un retour des voyageurs, et notamment des voyageurs d’affaires ?
Rob Gurney – Il y a une conjonction de facteurs, avec une sophistication du produit et du service pour l’organisation des réunions. Parallèlement, certains secteurs sont très affectés au niveau financier, mais certains domaines ont connu un vrai boom avec la crise. Enfin, il y a aussi l’engagement durable, que prennent certains voyageurs d’affaires eux-mêmes en cherchant à réduire leur empreinte carbone. Personne ne sait véritablement quand nous retrouverons les niveaux de 2019. Peut-être en 2024 ou en 2025 ? Mais il y aura probablement un remplacement des voyages d’affaires par d’autres moyens d’échange. Il y aura aussi de nouveaux formats de déplacements professionnels qui vont émerger. Car des salariés peuvent désormais vivre dans une autre ville que celle où leur entreprise est implantée. Et il faut bien que les équipes se retrouvent régulièrement en face à face, contribuant ainsi à de nouveaux voyages qui n’aurait pas eu lieu auparavant. Avec la communication à distance, la capacité à observer certaines choses, le langage corporel par exemple, la possibilité d’interagir ne sont pas les mêmes. Dans une réunion sur Zoom, vous ne pouvez pas retrouver un interlocuteur à la pause café et lui demander des précisions sur un point évoqué plus tôt. La visioconférence fonctionne bien pour des personnes qui se connaissent déjà bien, pas pour une présentation à un nouveau client, ou pour des sujets très complexes. Il serait très étonnant que les entreprises n’identifient pas le besoin et la valeur ajoutée d’une réunion en face à face.

















