[Maroc] de Casa à Agadir : Nouvelle vague Atlantique

Le Maroc a longtemps tourné le dos à la mer, lui préférant un tourisme axé sur ses villes royales et son désert. Aujourd’hui, le pays part à la reconquête de ses 3 500 km de côtes. De quoi séduire les entreprises à l’affût de nouveautés dans le royaume chérifien.

Des villas somptueuses enfouies sous une végétation luxuriante ; une corniche élégante avec son enfilade de palmiers et bientôt, un centre commercial gigantesque où Dior ouvrira sa plus grande boutique du monde. Los Angeles ? En fait, bien plus près de nous et un peu plus inattendu, il s’agit de Casablanca, version rêve californien. Un rêve qui prend toute sa réalité dans le quartier d’Anfa, précisément là où, dans les années 30, l’aérodrome qu’il accueillait était aussi la première escale de la route pour les Amériques, pour des Mermoz, Saint-Exupéry et tant d’autres aviateurs moins célèbres. Avec le boum économique, le quartier est devenu le Beverly Hills du Maroc. En fin de journée, les berlines rutilantes déversent dans les bars branchés bordant l’océan un flot de jeunes businessmen, de préférence en costume Armani ou Paul Smith. Ceux-là mêmes qui passent des heures, l’oreillette bien fixée et les doigts sur le clavier de leur smartphone, dans les bouchons qui asphyxient Casablanca.

Car la capitale économique du Maroc n’en finit pas de grossir. Au risque d’y perdre son âme. Et si les voyageurs sont finalement assez peu nombreux à s’y égarer, c’est qu’on répète un peu partout, et avec beaucoup d’excès, que Casablanca, la plus grande ville du Maghreb avec ses cinq millions d’habitants, ne dégage guère de charme. C’est faux et tout à fait paradoxal pour celle qui continue de bercer l’imaginaire collectif : Marcel Cerdan vécut ici, les pilotes aventuriers y firent les plus beaux jours de l’Aéropostale ; et, bien sûr, les images du film Casablanca, à l’époque où Humphrey Bogart et Ingrid Bergman portaient si bien le noir et blanc. “Avec ses grands hôtels bien équipés, et même si elle ne possède pas de palais des congrès, Casa est parfaitement adaptée à l’accueil de conventions et de séminaires de taille moyenne”, précise Rachid Berrada, directeur général d’Authentica Travel.

Les groupes qui ont l’audace de s’attarder dans la ville cherchent forcément cette “belle époque” marocaine. Parfois submergée par la vie moderne, elle est toujours là, par petites touches, reflétant ses trésors d’architecture arabe ou Art déco dans les façades vitrées de ses nouveaux immeubles à l’américaine. Tout commence par l’ancienne médina, protégée par ses murailles des excès du progrès. Miracle : il ne s’agit pas là d’un souk pour touristes, mais d’une vraie tranche de vie marocaine, quelques heures à s’aiguiser les sens dans toutes ces odeurs, toutes ces couleurs ; un labyrinthe de ruelles grouillantes bordées d’échoppes de négociants, barbiers, marchands de tissu et épiciers dont les étals de fruits envahissent la chaussée. Quelques vieillards en djellaba, véritables sujets de carte postale, s’installent à la journée sur les bancs publics de la place qui borde le désuet Hôtel Central. Et regardent, à l’orientale, le temps passer.

Leçon d’architecture

La place des Nations-Unies n’est qu’à deux pas, coeur vibrant de la nouvelle ville où convergent les grandes artères, dans un joyeux tohu-bohu architectural. Les boulevards, bordés d’immeubles modernes hébergeant banques et compagnies d’assurances, mais aussi de grandes enseignes hôtelières – Hyatt Regency, Golden Tulip, Méridien Royal Mansour… – conservent ici et là quelques témoignages Art nouveau pour qui sait prendre les chemins de traverse. Comme le boulevard Mohammed V, où les façades des immeubles plus que patinées, tantôt géométriques, tantôt ondulantes, laissent entrevoir l’harmonie de jadis. Sous les arcades, les haut-parleurs nasillards des vieilles brasseries diffusent de la musique orientale. Le cinéma Rialto ne dépareille pas dans ce décor suranné. Derrière sa façade aux allures de Grand Rex, un escalier Art déco mène au balcon. Mais Michèle Morgan et Jean Gabin sont bien loin des affiches contemporaines : cette semaine, le vieux cinéma donne… Avatar.

C’est toutefois de l’autre côté du délicieux parc de la Ligue arabe, salvatrice respiration au milieu de la pollution, que l’on admire le plus étonnant vestige des années 30 : la blanche cathédrale du Sacré- Coeur. Incroyable synthèse d’art gothique et d’Art nouveau, elle accueille des expositions d’art contemporain. Du haut de ses tours, on découvre l’étendue d’une ville aujourd’hui plus vaste que Paris, et aussi la gigantesque mosquée Hassan II, nouveau phare de Casablanca. Construite en partie sur l’eau, à la pointe du Maghreb, saura-t-elle faire le trait d’union de ce Maroc dont le coeur balance entre l’Orient et l’Occident ? Avec ses fresques et zelliges, ses arabesques finement calligraphiées, on la croirait sortie du XIIe siècle, à l’image de la Koutoubia de Marrakech. Elle n’a pourtant que… dix ans et son minaret, qui culmine à 200 mètres, est trois fois plus élevé que celui de son illustre ancêtre. De près, la mosquée est encore plus impressionnante. Il suffit d’apercevoir un vieil homme traverser son esplanade pouvant accueillir 80000 fidèles ou une femme tout de noir vêtue se détachant devant une porte monumentale pour en saisir la démesure.N’est-elle pas l’un des plus vastes lieux de culte du monde musulman ?

Chasse au trésor à Casa

“La visite de Casa ne serait pas complète sans un détour par le quartier des Habbous, terrain de jeu idéal pour une chasse au trésor inhabituelle, voire inédite”, poursuit Rachid Berrada. C’est que cette médina est presque neuve ! Elle fut construite en 1923 pour accueillir les paysans venus chercher un travail en ville. Avec ses ruelles blanches bordées d’arcades, ses maisons aux lourdes portes décorées de gros clous, son souk aux cuivres et son marché coloré où s’entassent des montagnes d’olives – vertes, noires et mêmes roses –, elle est pleine de charme. Une découverte qui s’achève nécessairement par une dégustation à la pâtisserie Bennis.

Certes, les bars et les restaurants de la Corniche de Casablanca se prêtent à des cocktails ou dîners privés, mais l’air n’y est pas vraiment iodé, la baignade peu aisée. Et après deux jours passés au coeur d’une ville survitaminée, vient à coup sûr une légitime envie de découvrir un Maroc plus tranquille. Il faut donc filer vers le sud, vers ces 2900 km de côtes encore presque vierges, pour profiter enfin des eaux de l’Atlantique. Et débarquer à El-Jadida, celle qui s’appelait Mazagan lorsqu’elle était portugaise et que le maréchal Lyautey la qualifia de “Deauville marocaine”. Un peu excessif ! Car là où la station française n’est qu’apparence, El-Jadida est clairement populaire.

La visite se résume à celle de la vieille ville portugaise recluse dans son enceinte et qui, bien que classée au patrimoine de l’Unesco depuis 2004, a bien du mal à trouver un nouvel éclat. Derrière les épaisses murailles, ses maisons aux teintes chaudes se lézardent et son bastion de l’Ange, avec ses canons pointés vers l’océan, n’est plus que l’ombre de lui-même. La nuit, grâce au talent de décorateurs et éclairagistes, la forteresse peut pourtant se transformer en un lieu de réception raffiné. Mais qui n’égalera jamais la beauté de la citerne portugaise voisine. Car il est cinégénique ce vaste réservoir souterrain, avec ses nefs, ses colonnes et ses piliers se reflétant dans les quelques centimètres d’eau couvrant encore le sol. On ne s’étonnera pas du choix d’Orson Welles qui y tourna certaines scènes de son Othello.

El-Jadida a un autre atout : ses chevaux de race barbe. À l’entrée de la ville, un hippodrome et un haras témoignent de la place privilégiée de l’animal, célébré chaque mois d’août lors du festival de Moulay Abdallah Amghar, une gigantesque fantasia. À défaut d’y assister, reste la possibilité d’organiser des randonnées sur les plages désertes de la région. Même le Mazagan Beach Resort s’intéresse au cheval. L’hôtel ouvrira un club équestre en septembre. Propriété du milliardaire sud-africain Sol Kerzner, c’est le nouveau joyau de la région. Construit au milieu de nulle part sur un site de plus de 500 hectares bordant l’océan, à une dizaine de kilomètres d’El-Jadida, il est le pivot de la nouvelle station balnéaire de Mazagan (voir encadré). Dans ce palais des Mille et une nuits, les entreprises sont choyées : salles de conférences équipées haute technologie, restaurants et bars privatisables à souhait et une offre exhaustive de sports et de loisirs allant du golf au casino. On peut y séjourner plusieurs jours sans sortir de son enceinte, très sécurisée ! “À seulement une heure de l’aéroport, nous proposons une belle alternative aux grands établissements de Casablanca. D’autant que Mazagan est le seul endroit sur la côte atlantique nord du Maroc où il est possible d’organiser des événements pour plus de 500 personnes”, se félicite Emmanuel Comble, directeur marketing et ventes, qui n’oublie pas de mettre en avant un dernier atout : le casino. “En négociant son installation au Maroc, Sol Kerzner a obtenu qu’aucun autre casino n’ouvre dans un rayon de 200 km autour du Mazagan.” Les jeux sont faits !

Aux agences marocaines de créer désormais des programmes de plusieurs jours dans la région. Comme la découverte de la casbah de Boulaouane, à 45 minutes d’El-Jadida. La forteresse du XVIIe siècle, en ruine, est trop souvent éclipsée par le fameux vin gris produit dans la région. Et pourtant, elle rivalise avec les plus belles casbah du Maroc. À l’avenir, elle deviendra certainement le théâtre de déjeuners somptueux ou de soirées prestigieuses. En attendant, ses murs ocre surplombant l’oued Oum er-Rbia peuvent être le but d’une belle excursion. À moins de préférer Oualidia, un village plus au sud. Une délicieuse route côtière, bordée ici et là de fermes isolées, y conduit, traversant des collines cultivées jusqu’au dernier mètre qui plongent en pente douce dans les rouleaux de l’océan. Une vraie immersion dans le Maroc rural. Celui des clichés aussi, qui défilent avec les kilomètres. Pas un ne manque : les femmes voilées travaillant dans les champs, les hommes juchés sur des ânes trop chargés, les enfants gardant les moutons et aussi les pêcheurs à la ligne qui, des heures durant, taquinent le bar ou la daurade. Oualidia est posée au bout de la route, avec ses petites maisons blanches. “C’est un peu le bassin d’Arcachon du Maroc, avec sa belle lagune de sable blanc où il est possible d’organiser des barbecues”, ajoute Emmanuel Comble. L’hiver, les flamants roses y trouvent refuge ; l’été, les touristes prennent possession de la plage et de ses petits restaurants où l’on déguste oursins et araignées de mer fraîchement pêchés pour quelques euros seulement.

Essaouira en blanc et bleu

Rien à voir avec la foule qui envahit chaque jour Essaouira. La ville rêvée – fantasmée même – se devine d’abord du sommet d’une colline, sur la route qui mène à Marrakech. C’est sa blancheur éclatante qui surprend dans un premier temps, tellement les façades de ses maisons ont été passées et repassées à la chaux. Des petites taches bleues, la couleur des portes et des fenêtres qui copient le ciel, embellissent le décor à l’approche de l’ancienne Mogador. Impossible de résister à son charme intemporel, à son petit port qui s’anime dès les premières lueurs du jour.

Ce sont d’abord de fortes odeurs de poisson qui lèvent un peu le coeur ; puis le va-et-vient incessant des pêcheurs déchargeant les barques et les chalutiers, et des centaines de mouettes chapardeuses, des Mobylette pétaradantes et des charrettes poussées à la main débordant de sardines ou de maquereaux. On est ici bien loin de la pêche industrielle. Du haut de la tour crénelée de la Skala, cette petite zone fortifiée héritée des Portugais, la médina se dévoile, immaculée, lumineuse. Oublions la rue du Rif qui la traverse de part en part, la pauvre n’a pas résisté aux assauts des boutiques à souvenirs. Laissons-la donc pour pénétrer au plus profond de la ville. Derrière les murailles, le lacis de ruelles, les marchés colorés, les boutiques d’artisanat, les ébénisteries de bois de thuya et les riads secrets sont le terrain de jeu idéal pour une chasse au trésor géante, au départ du café Taros, par exemple. L’occasion aussi de retrouver un zeste de cette nonchalance qui séduisit Mick Jagger ou Jimi Hendrix dans les années 70. En fin de journée, il faut prendre de la hauteur, et assister au coucher du soleil depuis la terrasse de l’Heure Bleue. “C’est un ancien palais du XIX e siècle, affilié à la chaîne Relais et Châteaux depuis 2004”, explique son directeur général, François Laustriat. Et à coup sûr le riad le plus raffiné d’Essaouira. Passé le lobby aux boiseries élégantes, un patio fleuri invite à déguster un thé à la menthe. Avant de passer aux choses sérieuses ! “On peut servir des dîners exclusifs dans le restaurant d’une quarantaine de couverts, avec sa cheminée et son plafond en bois de cèdre”, ajoute-t-il. En dehors de la ville, les possibilités sont tout aussi nombreuses. “Comme des excursions en quad où à dos de chameau sur la longue plage, ou dans l’arrièrepays jusqu’aux cascades de Sidi M’bark”, précise-t-on à l’hôtel Atlas. Et pourquoi pas une initiation au surf ? Car Essaouira est aussi un spot réputé. Ou bien au golf. Un parcours a ouvert l’an dernier aux marches de la ville, premier signe visible de la future station balnéaire de Mogador (voir encadré).

Des champs d’arganiers à la côte Atlantique

Au-delà d’Essaouira, en filant vers le sud, viennent les contreforts de l’Atlas et les plages de l’Atlantique. La route serpente au milieu de bucoliques collines qui, depuis quelques années, se sont couvertes d’arganiers.C’est que l’huile extraite de leurs noix fait désormais la richesse des paysans de la région. Version cosmétique pour les femmes et version alimentaire destinée aux restaurants les plus “tendance” de France. En chemin, des gamins s’improvisent vendeurs à la sauvette pour écouler quelques bouteilles d’huile, des pots de miel aussi. À l’approche d’Agadir, le paysage se fait plus accidenté. De hautes falaises plongeant dans l’océan dissimulent alors des spots de surf, où viennent les jeunes de toutes nationalités, autant pour attendre la bonne vague que pour faire la fête.

Soleil en toute saison à Agadir

“Dieu, mon pays, et le roi” : la phrase s’inscrit, immense et en arabe, sur la colline qui domine Agadir. Un peu à la manière des fameuses lettres de Hollywood. Elle s’embrase chaque soir, comme pour rappeler la triste destinée de la ville.Quinze secondes ont en effet suffi pour qu’un tremblement de terre la raye de la carte. C’était en 1960. À la place de la vielle casbah, une station moderne a surgi, sans grand charme, mais pourtant très prisée des entreprises qui apprécient son soleil d’hiver, ses hôtels équipés pour accueillir congrès et séminaires, ses bars et clubs qui s’alignent le long des sept kilomètres de plage. “Et autour d’Agadir, les sorties en 4×4 ou en buggy sont très amusantes. On peut même filer jusqu’à la réserve naturelle de Sous Massa où nichent de nombreuses espèces d’oiseaux”, explique Laila Tamtamaouy, directrice de la qualité du Sofitel. Agadir, très marquée années 70, ne s’endort pas pour autant sur son succès. Pour rester dans le coup, elle a effectué des travaux d’embellissement. De nouveaux hôtels, plus luxueux, sont récemment sortis de terre, comme le Tikida Golf Palace ou l’Atlas. Une agréable promenade a été construite en bord de mer pour inciter les touristes à enfin sortir de leurs hôtels. Mission réussie : les jeunes Marocains en ont fait leur lieu de rendez-vous amoureux et croisent, en fin de journée, les touristes en goguette. Ils portent presque tous un bracelet en plastique, sésame des formules “tout inclus” proposées par les hôtels… Et le symbole par excellence de ce tourisme balnéaire que le roi du Maroc lui-même veut remettre au goût du jour.