
Les marques NH Hotels et NH Collection, dont vous êtes propriétaires depuis 2018, sont bien connues des voyageurs d’affaires en Europe. Mais votre groupe venu d’Asie, Minor Hotels, l’est sans doute moins. Pouvez-nous le présenter ?
Marion Walsh-Hédouin – Ce groupe a été créé il y a une cinquantaine d’années par Bill Heineke, qui est toujours notre chairman. Dans ses premières années, cet Américain de naissance – et aujourd’hui citoyen thaïlandais – avait suivi ses parents en Asie, avant de se lancer dans l’entrepreneuriat en Thaïlande à l’âge de 17 ans, alors qu’il était encore mineur. D’où le nom de notre groupe qui possède maintenant aussi bien des commerces et des restaurants que des hôtels.
Combien d’hôtels proposez-vous dans le monde aujourd’hui ?
Marion Walsh-Hédouin – Nous disposons de 540 établissements dans le monde à travers nos huit marques, dont notre enseigne phare, Anantara, qui compte une cinquantaine d’hôtels de luxe dans le monde. A côté de celle-ci, nous avons lancé Avani en 2011, une marque qui cible une clientèle plus jeune, plus branchée avec des hôtels contemporains. En parallèle, notre croissance a aussi été le fruit d’acquisitions comme celle du groupe portugais Tivoli, de la chaîne australienne Oaks ou des camps safaris Elewana au Kenya et en Tanzanie. Et bien sûr le rachat des enseignes NH, NH Collection et nhow en 2018, qui nous ont permis d’étendre notre couverture géographique. Avant, nous étions présents dans une vingtaine de pays, nous sommes dans 56 aujourd’hui.

La grande actualité de votre groupe en 2024, et qui concerne les voyages d’affaires en France, est votre arrivée au printemps à Paris avec trois hôtels NH. Est-ce un début ?
Marion Walsh-Hédouin – En effet, nous reprendrons en mars prochain trois établissements qui porteront la marque NH, l’un près de l’Opéra, l’autre à côté de la gare de l’Est et le dernier à deux pas des Champs-Élysées. Celui-ci sera ensuite rénové, puis relancé en NH Collection en 2025. Avec des hôtels NH à Lyon, Nice et Toulouse, en plus du nhow à Marseille et de l’Anantara Plaza à Nice, nous allons atteindre une petite dizaine d’hôtels en France. Mais nous aimerions évidemment en avoir plus à l’avenir, à l’image de la présence déjà importante que nous avons en Allemagne, au Benelux ou en Italie. La France manquait à cette liste et nous cherchons de nouvelles opportunités de développement dans les grandes villes à travers nos différentes marques, en partant de NH jusqu’à Anantara. Sera-t-elle présente un jour à Paris ? Pourquoi pas. En tout cas, c’est certain, nous aimerions avoir davantage d’hôtels dans la capitale.
Pour autant, votre marque fanion Anantara a déjà fait un premier pas d’importance en France. Que représente pour vous cette implantation à Nice ?
Marion Walsh-Hédouin – Alors que Nice compte peu d’hôtels cinq étoiles, c’était une bonne occasion d’y implanter la marque Anantara, dans une ville française phare. Nous avons ouvert ce premier hôtel fin 2022 dans un bâtiment chargé d’histoire, celui du plus ancien hôtel de Nice, ouvert en 1848 et qui n’a cessé depuis de se consacrer à l’hospitalité. Fermé pour rénovations pendant plusieurs années, le lieu a été entièrement refait et repensé avec l’ajout, notamment, d’un restaurant sur le toit, avec vue panoramique sur la promenade des Anglais, le Vieux Nice, la mer, les montagnes.


Anantara semble petit à petit tisser sa toile dans les grandes villes d’Europe.
Marion Walsh-Hédouin – Il y a encore trois ans, nous n’avions que deux hôtels loisirs en Europe, à Marbella et à Vilamoura, en Algarve. Aujourd’hui, la marque Anantara est présente dans plusieurs grandes métropoles. Nous venons d’annoncer une ouverture à Vienne l’an prochain avec la reprise de l’hôtel Palais Hansen. Et nous sommes déjà à Rome, à Budapest et à Dublin, depuis l’achèvement en mai dernier de la rénovation et le passage sous enseigne Anantara de l’hôtel The Marker, un grand hôtel d’affaires situé dans les docks, près des sièges européens de Facebook ou Google. Cet exemple de montée en gamme a aussi concerné le Grand Hotel Krasnapolski à Amsterdam, un ancien hôtel NH Collection qui a été transformé pour faire partie de la marque.
Pour implanter vos marques en Europe, comptez-vous beaucoup sur ces transferts internes ?
Marion Walsh-Hédouin – On regarde selon le lieu et le positionnement de nos marques. A Amsterdam, nous avions par exemple beaucoup d’hôtels NH et NH Collection. Notre offre y est maintenant plus diversifiée avec cet Anantara, mais aussi le NH Doelen, un des plus anciens hôtels de la ville qui est passé sous enseigne Tivoli. De la même manière, à Francfort et à Madrid, d’anciens NH vont devenir prochainement des Avani.


En parallèle, vous allez permettre à l’enseigne NH Collection de découvrir d’autres horizons, en Asie comme au Moyen-Orient.
Marion Walsh-Hédouin – Ca participe de cette même volonté d’avoir une offre plus diversifiée. Comme nous connaissons bien les marchés asiatiques, pourquoi ne pas y présenter nos marques européennes ? Pour les clients habitués aux hôtels NH en Europe, ils ont maintenant l’occasion de trouver un NH Collection à Dubaï, aux Maldives et à Phuket, en en attendant d’autres à Chiang Mai, en Chine ou à l’aéroport de Sydney.
Les hôtels NH ont une dimension plus affaires et européenne, les Anantara une offre plus loisirs et asiatiques. Les synergies fonctionnent-elles pleinement entre les deux ?
Marion Walsh-Hédouin – Oui, tout à fait. Là où se trouvaient les hôtels NH, Minor n’avait pas d’établissements. De leur côté, les marques du groupe NH n’étaient pas représentées au Moyen-Orient et en Asie. Il n’y avait aucun chevauchement, de vrais synergies géographiques mais aussi commerciales. La clientèle affaires européenne est en effet invitée à venir découvrir nos hôtels loisirs en Asie, tandis que notre clientèle loisirs – dont de nombreux Américains – voyage en Europe pour affaires, leur choix pouvant alors se porter vers des hôtels de notre groupe. Dans ce cadre, avoir des Anantara dans les grandes villes nous permet de faire connaître cette marque à tous ces hommes et femmes d’affaires qui vont en vacances aux Maldives ou en Thaïlande.
Disposez-vous un programme de fidélité pour orchestrer tout ça?
Marion Walsh-Hédouin – Oui, le programme Discovery de la Global Hotel Alliance (GHA), qui n’est pas notre propre programme, mais dont nous sommes en partie propriétaire à hauteur de 28%. Il regroupe une quarantaine de marques et plus de 1000 hôtels, dont la moitié faisant partie de notre groupe.
Réunions, séminaires : la clientèle MICE est-elle aussi invitée à découvrir vos établissements ?
Marion Walsh-Hédouin – Oui, tout à fait. L’Anantara The Marker à Dublin et le Plaza à Nice proposent de nombreuses salles de réunions, tout en offrant des expériences aux groupes affaires. Par exemple, du paddle dans les docks ou partir en bateau dans la baie de Dublin. A Nice, ils peuvent aller en petits groupes déjeuner au Château Crémant, y faire une dégustation de vin, découvrir l’histoire de ce lieu dont les propriétaires ont souvent accueilli Coco Chanel. Le logo du domaine, avec deux C qui se croisent, aurait d’ailleurs pu l’inspirer… En Italie, sur la côte amalfitaine, nous avons rénové un NH Collection pour en faire un Anantara, ouvert en avril dernier. Un hôtel de 52 chambres hébergé dans un ancien couvent classé, entouré de jardins, avec une vue sublime. Dans ce cadre, l’ancienne chapelle, qui accueille des mariages, peut aussi servir pour des événements. Par ailleurs, un moine vient plusieurs fois par semaine expliquer la vie des ceux qui ont habité là avant de faire visiter les villages alentour. Il ajoute beaucoup à l’expérience de l’hôtel, à destination des touristes, mais pourquoi pas de petits groupes VIP.

Est-ce aussi le cas de vos hôtels loisirs hors d’Europe ?
Marion Walsh-Hédouin – En effet. On a ouvert le resort Anantara Koh Yao Yai en Thaïlande au mois de septembre dernier, sur une île à côté de Phuket, très préservée, sans une foule de bars et restaurants, avec une plage quasi privée. Un hôtel plutôt loisirs, mais qui peut convenir à des petits groupes pour des incentives high end, avec des villas pouvant accueillir des comités de direction. On peut pour faire des sorties en bateau, de la plongée, faire un tour de l’île à moto ou side car En début d’année prochaine, nous ouvrirons un hôtel dans l’émirat de Ras Al Khaimah, à une quarantaine de minutes de l’aéroport de Dubaï, mais loin de son activité, dans un environnement nature, entouré de mangrove. Un hôtel de 174 chambres et villas sur pilotis qui dispose de quelques salles de réunions, mais surtout de beaucoup de place en extérieur pour faire des cocktails. Dans un même ordre d’idées, mais en encore plus grand, le futur Anantara attendu à Jaipur pourra accueillir dans ses jardins près de 2500 personnes pour de grands événements.




















