
Faire germer de nouvelles idées : c’est l’essence même, étymologique, d’un séminaire. Semer des graines qui, plus tard, pourront se révéler fructueuses. Les séminaires véhiculent cette volonté d’aller plus loin et ensemble, de creuset propice à la réflexion et, partant, à l’action. Qu’ils soient portés sur le matériel ou le spirituel d’ailleurs, quand il n’est jamais interdit de conjuguer les deux.
L’abbaye de Royaumont en donne la preuve, jouant sur son cadre monastique pour accueillir des entreprises loin du tumulte du quotidien. Des sociétés, petites ou grandes, qui ne feront que suivre les traces de Saint Louis qui a choisi de faire construire là, en 1228, un havre de paix où héberger sa foi profonde loin de Paris, près de Chantilly et de ce qui deviendra un jour l’aéroport de Paris CDG.
Ces origines rappelées, on comprend que le lieu ne se prête qu’assez peu aux séjours de récompense, plus tournés vers les spiritueux que le spirituel. Avec ses 53 chambres à l’austérité monacale, sans télé ni luxe superflu, sans non plus de piscine ou de spa voluptueux, l’abbaye se destine avant tout aux séminaires de réflexion et aux comités de direction. De nombreuses entreprises du CAC 40 poussent ainsi régulièrement ses portes, de même que l’Inserm, le CNRS et l’EHSS pour des rencontres autour des sciences de la vie ou des associations axées sur la spiritualité ou la culture.

Héritage de son riche passé, Royaumont a de quoi les recevoir à travers tous ses espaces fréquentés autrefois par 120 moines cisterciens retranchés de la vie profane. Que ce soit le cloître pour des cocktails jusqu’à 600 participants ; le réfectoire des moines pour des dîners ou conférences de 400 personnes ; le réfectoire des convers pour de mêmes événements, mais de plus petite taille ; la cuisine des moines ou la galerie pour accueillir les repas ; ou encore, à l’étage, la salle des charpentes – un nom pudique pour les anciennes latrines, surplombant un canal d’évacuation ingénieux pour l’époque – qui peut servir aux cocktails comme aux conférences de 250 personnes.
Fais ce que voudras
Ces espaces communiquant souvent entre eux, les groupes peuvent ainsi circuler de façon fluide d’une conférence dans la salle des charpentes à un apéritif dans le cloître, puis à une pause musicale dans la cuisine des moines avant de passer à table dans leur réfectoire pour des soirées mémorables.
A cela s’ajoute une dizaine de salles de réunions qui viennent compléter l’offre et permettent à l’abbaye de pouvoir accueillir plusieurs événements en même temps. « Nous organisons entre 260 et 300 événements business par an, avec une capacité d’accueil simultanée de 300 personnes, réparties sur plusieurs événements, précise Sophie Longa Hertault, directrice d’exploitation. C’est un vrai Tetris quelquefois, puisque nous avons une activité business, mais aussi une autre dédiée au jeune public, aux groupes scolaires, Royaumont souhaitant rendre la culture accessible au plus grand nombre. »

Que ces élèves ou les participants ne soient pas déçus de l’apprendre, de l’abbaye elle-même, il ne reste rien ou presque. Un pan de mur d’un côté, une tourelle abritant un escalier de service de l’autre, quelques traces au sol donnant une idée de l’immensité de cette quasi cathédrale de 30 m de hauteur pour plus de 100 m de long. Soit, à peu de chose près, la longueur de Notre-Dame, mais pour un temps de construction extrêmement réduit, à peine plus de sept ans quand il a fallu presque deux siècles pour achever son pendant parisien.
Pami les activités venant ponctuer un séminaire, la visite guidée du lieu est évidemment un des moments clés. Où l’on apprend que la volonté de Saint Louis était de faire de Royaumont ni plus ni moins que la plus grande abbaye d’Europe. Que sa construction fut sa première décision politique, à l’âge de 14 ans, et qu’elle fut axée sur une œuvre spirituelle et non militaire comme souvent. Qu’elle fut financée sur ses deniers personnels pour « un investissement de 1,5 million d’euros » comme on aurait coutume de dire aujourd’hui. Des fonds sans fin qui expliquent en partie la rapidité de la construction – la présence d’une carrière toute proche en est une autre -, alors que celle de Notre-Dame a été suspendue par de longues périodes de grève.
Une visite où l’on apprend hélas que, s’il a fallu sept ans pour la construire, moins de trois heures ont suffi pour la faire disparaître, en 1792. Fermée pour cause de Révolution, l’abbaye a été revendue à un aristocrate et industriel, le marquis de Travanet, pour en faire une filature de coton. Sans doute soucieux de s’éviter la guillotine, il demanda à ses 300 ouvriers de cacher ces saints que l’on ne voulait plus voir…


A bas l’église, place donc à l’entreprise, même si l’abbaye retrouva un temps sa vocation première en accueillant un noviciat de 1869 à la loi de 1905. Année où Jules Goüin, président de la Société de Construction des Batignolles, acquit l’ancien monastère, son petit-fils, Henry, décidant plus tard d’ouvrir les portes du lieu aux artistes et intellectuels nécessiteux. Un projet pérennisé en 1964 sous la forme d’une fondation, la Fondation Royaumont (Goüin-Lang) pour le progrès des Sciences de l’Homme.
Voilà pour le tour du propriétaire. Quant aux autres activités venant ponctuer les séminaires, elles peuvent être nombreuses et organisées en partenariat avec des prestataires extérieurs. Avec, dans ce catalogue, un incontournable : le Codex. « Un challenge par équipes thématique basé sur l’histoire de l’abbaye et qui explore son riche passé à travers une série d’énigmes », décrit la directrice de l’exploitation.
Le chant des possibles
Autre must, la Fondation Royaumont ayant pour vocation principale la formation des futurs chanteurs lyriques et danseurs de la scène française, « cette spécialisation permet d’offrir aux entreprises des moments exclusifs avec de jeunes artistes formés sur place, créant une valeur ajoutée unique, impossible à reproduire ailleurs », souligne Sophie Longa Hertault. « C’est l’avantage de Royaumont : pouvoir se déconnecter d’un environnement bétonné pour se reconnecter à la nature, à l’histoire, à la culture, poursuit la directrice de l’exploitation. C’est un produit atypique où l’accent est mis sur le rapprochement, la convivialité. Au lieu de s’isoler dans leur chambre, les participants vont se rassembler au salon ou en terrasse, profiter d’être ensemble pour échanger, discuter. »

Un lieu intemporel, et donc d’actualité, Royaumont ? Sophie Longa Hertault constate « une évolution des demandes en événementiel d’entreprise, passées du team building intensif il y a dix ans vers des séminaires stratégiques, puis à la remotivation post-COVID, et actuellement une demande croissante pour ce que nous offrons : la déconnexion. » Reste sans doute le seul écueil dans ce cadre : la capacité d’hébergement du lieu. L’établissement ne dispose en effet que de 53 chambres, loin de sa capacité événementielle.
Mais, s’il est question d’échange entre participants lors des séminaires dans ses murs, il est aussi question d’échanges hors les murs pour pallier ce manque. Royaumont collabore avec des hôtels partenaires, notamment ceux de Chantilly comme le Mercure pour les événements plus importants ou, pour des séminaires de plus petite taille, avec son voisin, le Palais Abbatial de Royaumont. Une maison de séminaires du groupe Chateauform en partie établie dans un pavillon rappelant les villas palladiennes construit à la demande du dernier abbé. Ou comment créer un écosystème collaboratif au profit de tous.


















