Interview : Pablo Nakhle Cerruti, directeur général de Viparis

Première place de Paris au classement ICCA, Covid-19, flexibilité et connectivité : Pablo Nakhle Cerruti, directeur général de Viparis, évoque l'impact de la crise actuelle et trace de nouvelles perspectives pour la reprise d'activité des sites de Viparis.

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Pablo Nakhle Cerruti, DG adjoint de Viparis.

En ces temps particulièrement difficiles pour les secteurs du tourisme et de l’événementiel, commençons d’abord par une bonne nouvelle. Paris a conservé sa première place au classement ICCA avec 237 congrès tournants accueillis en 2019.

Pablo Nakhle Cerruti – Nous sommes évidemment très contents que Paris soit en tête de ce classement. Il faut noter deux éléments importants  : tout d’abord le fait que Paris ait été trois fois à la première place au cours des cinq dernières années, ce qui montre bien l’attractivité constante de la ville. Ensuite, le fait qu’en 2019, on ait creusé l’écart avec nos poursuivants, la part de marché de Paris s’accroît. C’est, notamment à mettre au crédit des équipes commerciales et de développement international de Viparis, comme d’ailleurs de nos équipes opérationnelles qui assurent aux organisateurs que leurs événements se dérouleront dans les meilleures conditions. Mais cela montre aussi l’expertise que nous avons développé avec l’ensemble de nos partenaires quant à la gestion de la destination (Aéroports de Paris, Accor, …).

Ce résultat est donc le fruit d’un travail collectif.

P. N. C. – Mettez-vous à la place d’un visiteur. Vous montez dans un avion, vous arrivez à l’aéroport, vous prenez un taxi ou les transports en commun, vous allez à l’hôtel, au restaurant. Vous faîtes du shopping en plus d’aller sur le lieu de congrès ou d’expositions. Si les visiteurs ont une mauvaise expérience à tel ou tel moment, ils la ramèneront avec eux. Si en revanche, on travaille tous ensemble pour que les participants aux événements mondiaux repartent en ayant vécu une bonne expérience, une expérience très parisienne, ils seront d’autant plus enclins à revenir à Paris. Tout l’enjeu, c’est de donner envie de revenir aux organisateurs, de les fidéliser. Dans ce cadre, la dimension partenariale est essentielle, que ce soit les partenariats public-privé que nous avons mis en place depuis quelques années avec le Bureau des congrès de Paris et le comité régional du tourisme, mais aussi les relations que nous avons tissé entre les acteurs de la destination, c’est-à-dire avec les aéroports, les hôteliers, les grands magasins. Ce qui permet d’avoir une réponse unique. Car, ce que recherchent nos clients internationaux – et ce qu’ils recherchent pour le compte de leurs visiteurs -, c’est avant tout l’expérience parisienne au complet.

Sur 300 événements concernés, les deux tiers ont été annulés et le tiers restant reporté.

Passons à l’impact de la crise sanitaire. Avant la fermeture de vos sites le 7 mars, au soir de l’avant-dernier jour du salon de l’agriculture, l’année en cours devait-elle poursuivre cette dynamique ?

P. N. C. – Après une année 2019 de très grande qualité, 2020 s’annonçait sur les mêmes bases. Nous avions beaucoup de grands événements prévus dont, pour l’anecdote, la société européenne de microbiologie et des maladies infectieuses, ECCMID. Nous avons enregistré à la fin du mois de mars un recul de notre activité de 29,3% pour le premier trimestre 2020 vs 2019. Sur 300 événements concernés, les deux tiers ont été annulés et le tiers restant reporté, pour certains au deuxième semestre, et pour d’autres à l’année prochaine. Quant au deuxième semestre, une incertitude majeure pèse toujours : l’état du trafic aérien. Quand pourra-t-on voyager au sein de l’espace Schengen, quand les vols long-courriers reprendront-ils ? Pour tous les événements internationaux prévus au deuxième semestre, c’est une donnée capitale.

En ce qui concerne les congrès et expositions, l’approche sera-t-elle différente selon qu’ils touchent une clientèle française ou internationale ?

P. N. C. – Clairement. Les événements internationaux ont besoin de visibilité sur leur capacité à faire venir des acheteurs, des exposants, des visiteurs au-delà des frontières de la France ou de l’Europe. Nous avons le pari de pouvoir les accueillir. Après, cela relèvera des décisions gouvernementales et de la décision in fine de l’organisateur. Nous pensons que ces événements se tiendront, mais sur des formats réduits. 

Ces formats réduits risquent-ils de perdurer ?

P. N. C. – Il est un peu tôt pour se prononcer sur la suite. Nous raisonnons sur une reprise progressive pour l’année 2021. A ce stade, il faut déjà qu’on ait une vision claire sur le second semestre. Il y a encore beaucoup d’inconnues.

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Le pavillon 6 de Paris Expo Porte de Versailles, récemment inauguré.

Si le déconfinement est maintenant bien engagé, vos sites sont toujours fermés. Quand pourront-ils rouvrir ?

P. N. C. – Nos sites n’ont pas vocation à ouvrir avant la fin de l’été. Les événements de plus de 5000 personnes sont interdits jusqu’au 1er septembre. Nous partons donc du principe qu’ils seront à nouveau autorisés à partir de cette date. D’ici là, nous échangeons avec les préfets de Paris et de Seine-Saint-Denis pour pouvoir recevoir pendant l’été des événements de type « drive », de moins de 5000 personnes évidemment, à la porte de Versailles, à Villepinte et au Bourget. Par exemple des « music drives » ou des « ciné drives » sur nos parkings.

Le travail de labellisation des sites que vous avez entrepris avec Bureau Veritas est-il clé pour assurer la reprise dans les meilleures conditions ?

P. N. C. – C’est important à trois niveaux. D’abord, pour notre organisation interne. Nous opérons 9 sites et je veux m’assurer que les procédures et protocoles sanitaires soient homogènes sur l’ensemble de ces lieux. Ensuite, Il y a une dimension réassurance forte vis-à-vis de nos clients, des exposants et des visiteurs, mais aussi de nos prestataires et de ceux des organisateurs et des exposants. Il faut envoyer le message que nos sites, dès leur ouverture, seront parfaitement sûrs d’un point de vue sanitaire, avec des procédures de nettoyage, de comptage, de logistique, de réaction en cas de suspicion d’un cas Covid. Enfin, troisième point, vis à vis des autorités publiques: nous voulons être les acteurs de notre propre reprise. Ce qui passe par notre capacité à montrer que toutes les mesures nécessaires ont été mises en place pour accueillir des événements sans risques sanitaires. L’idée, avec ce label Safe V, est aussi de fonder un socle commun pour le secteur. Il a par exemple servi de socle à la charte d’engagements sanitaires publiée par l’UNIMEV (Union Française des Métiers de l’Événement). Par ailleurs, nous avons mis en commun tous nos référentiels, nos engagements, afin de définir une charte partagée par les acteurs de la destination Paris.

La façon dont l’activité va reprendre pourrait-elle varier selon vos différents sites ? Par exemple, un site de taille plus petite et destiné en premier lieu à la clientèle domestique comme le palais des congrès d’Issy-les-Moulineaux redémarrera-t-il plus facilement ?

P. N. C. – Chaque situation est différente. On peut aussi remarquer que, sur un grand site, on peut faire de la distanciation d’une manière plus radicale. Ils offrent également plus d’espaces à l’air libre. Le label sanitaire va nous donner un socle commun qui nous permettra d’être capable d’apporter une réponse appropriée en fonction des événements selon leur typologie.

L’essence même des congrès et autres événements que vous accueillez est avant tout de favoriser des échanges, des rencontres. Comment faire pour que rencontres et distanciation sociale ne soient pas antinomiques à l’avenir ?

P. N. C. – C’est la question que se posent tous les organisateurs avec lesquels je discute en ce moment. Et il est encore difficile de donner une réponse ferme. On a vu pendant le confinement tout l’avantage de l’écran et des plates-formes digitales, mais on a vu aussi leurs limites. A ce stade, on a tous conscience qu’il va falloir faire un peu des deux. J’ai peu de doutes sur le fait que le fameux « phygital », dont le commerce connaît les usages depuis un moment, envahira nos sujets. Dans le fond, un événement, c’est une communauté qui se réunit. La question, c’est : comment la gère-t-on d’un événement à l’autre ?

Des sites qui offrent une grande flexibilité, et surtout une parfaite connectivité.

Comment voyez-vous le digital et le virtuel s’intégrer aux événements dans les années à venir ?

P. N. C. – Là aussi, c’est un peu tôt pour le dire. D’autant que cela relève en premier lieu des organisateurs d’événements. De notre côté, nous devons leur offrir les moyens de déployer leur scénographie, quelle qu’elle soit, de manière la plus libre possible, sans que notre outil ne soit pour eux une contrainte. C’est tout l’attrait de Paris Convention Centre. Non seulement, c’est un centre de congrès, mais c’est aussi le lieu le plus adapté pour recevoir les événements les plus importants au plan mondial. Que ce soit de grands congrès, des lancements de téléphone, des présentations de logiciel… Car ce lieu permet de réunir du monde autant assis que debout, que ce soit en grande ou en petite configuration, ou encore d’organiser des expositions. Cette flexibilité est clé et le sera encore plus à l’avenir. A coup sûr, il y aura toujours besoin de sites, mais qui offrent toujours plus de flexibilité – car les événements vont prendre des formats différents de ceux qu’on a connu jusque là – et surtout une parfaite connectivité, car les événements auront besoin d’une dimension digitale forte.

Dans ce cadre, qu’allez-vous entreprendre ?

P. N. C. – Nous devons nous assurer que la 5G sera disponible chez nous avant les autres, mais aussi que la connexion Wifi soit irréprochable, qu’on puisse descendre au niveau du Bluetooth pour avoir un degré d’échanges plus fin et au niveau du LoRa pour avoir un transport de paquet d’informations destinées à l’internet des objets. Nous avions déjà engagé ce travail et allons encore accélérer.

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Le Paris Convention Centre, plus grand centre de congrès en Europe.