Interview : Stéphane Bensimon, président de Wojo

Wojo entend devenir le leader européen du coworking. Stéphane Bensimon dévoile les ambitions de cette enseigne issue du partenariat entre Accor et Bouygues Immobilier et anciennement connue sous le nom de Nextdoor.

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Stéphane Bensimon, président de Wojo.

Wojo a pour volonté de devenir le leader européen du coworking dans les années à venir. Comment votre offre va-t-elle se déployer de façon aussi rapide ?

Stéphane Bensimon – Alors que nous avons dix sites à l’heure actuelle, huit à Paris et deux à Lyon, et que nous comptons 5000 membres et plus de 350 entreprises clientes, nous avons pour ambition d’avoir le premier réseau de coworking d’Europe d’ici trois ans. Pour cela, nous allons créer un maillage dense avec notre coactionnaire Accor (NDLR : avec Bouygues Immobilier) en implantant des Wojo Spots dans les hôtels du groupe. C’est à dire des lieux où les cadres nomades, plutôt que d’aller au Starbucks ou au McDo du coin, pourront se poser une ou deux heures dans le lobby, au bar ou au restaurant pour travailler. Les conditions existent déjà dans tous ces hôtels, mais nous allons les rendre plus visibles, car, à part les habitués, peu de personnes ont le réflexe de pousser leurs portes pour venir travailler.

Dans les faits, quels équipements les voyageurs pourront-ils trouver dans les Wojo Spots ?

S. B. – Wojo Spot est en quelque sorte un label qui garantit que l’établissement offre un wifi d’excellente qualité et de bonnes conditions pour travailler avec des assises correctes, des tables. Au final, alors que nous sommes en train de finaliser une application qui va permettre de les géolocaliser, nous estimons que les voyageurs professionnels trouveront un Wojo Spot à dix minutes de là où ils se trouvent. Ce sera notre grande force. Nous pensons pouvoir proposer plus de 1000 espaces en Europe d’ici deux ans. Le déploiement sera très rapide en commençant par Paris et Lyon, puis toute la France en 2019, avant le reste de l’Europe en 2020.

Cette offre est-elle gratuite ou payante ?

S. B. – Nous proposons une formule freemium, avec un accès libre et gratuit pour tous et, pour les clients plus réguliers, un abonnement à 9,90 euros par mois offrant en plus des réductions et des avantages dans les hôtels. En outre, les abonnés rentreront dans la communauté des membres Wojo, qui sera à terme animée depuis l’appli. Ca aussi, c’est notre force.

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Wojo entend répondre à la nouvelle façon de travailler (c)LionelSamain

A côté des Spots, vous développez aussi une deuxième offre, les Wojo Corners. En quoi consiste-t-elle ?

S. B. – Avec les Wojo Corners, nous allons un cran plus loin, car on transforme des lieux existants en vrais espaces de coworking où les professionnels, les freelances en particulier, peuvent travailler à la demi journée, à la journée ou au mois selon leur besoin. Ces espaces calmes et fermés, laissant à disposition snacks et café, se trouveront dans des hôtels pour commencer, mais pourraient se trouver demain dans une gare ou un centre commercial. Nous allons transformer une centaine de lieux en Europe d’ici 2023.

Qu’en est-il de votre offre historique, les espaces Wojo, anciennement connus sous le nom de Nextdoor ?

S. B. – Nous avons pour ambition d’avoir une cinquantaine de sites à l’horizon 2022-2023 en Europe, contre dix aujourd’hui. Pour avancer sur ce développement, nous nous appuyons sur nos actionnaires. On peut très bien imaginer des combos hotel et espaces de coworking avec Accor par exemple. Mais c’est surtout Bouygues Immobilier qui va nous aider à renforcer notre offre sur les marchés où ils sont très présents, la France bien sûr, mais aussi la Pologne, la Belgique et l’Espagne. Bouygues Immobilier est également en train de réfléchir aux nouvelles façons de traiter l’immeuble de bureau et on travaille avec eux sur plusieurs projets, l’idée étant d’implanter un espace de coworking Wojo tout en nous chargeant de l’animation de l’ensemble de l’immeuble. Je suis convaincu qu’on peut créer quelque chose de nouveau dans l’approche de l’expérience de travail par rapport à un immeuble classique.

Cette évolution est-elle nécessaire face aux attentes des nouvelles générations ?

S. B. – Si vous voulez recruter aujourd’hui, ce n’est pas la même histoire si vous recevez un jeune diplômé dans un espace de coworking ou dans un immeuble d’un autre temps. Il y a une vraie prise de conscience. Notre volonté est de créer des lieux en accord avec cette nouvelle façon de travailler qui entend favoriser à la fois la performance, mais aussi une meilleure harmonie entre la vie privée et la vie professionnelle. Car un collaborateur épanoui est mieux dans ses baskets, et donc plus performant. Cela devient un mouvement sociétal global. Depuis quelques années déjà, beaucoup d’entreprises ainsi que leurs collaborateurs recherchent un sens plus profond au travail. Les méthodes de management, poussées par la digitalisation des outils et le nomadisme business que cela autorise, ont considérablement évolué. A cela s’ajoute, à l’image des réseaux sociaux, la volonté de créer des liens, de pouvoir échanger entre entreprises.

Notre volonté est de créer des lieux en accord avec cette nouvelle façon de travailler qui entend favoriser à la fois la performance, mais aussi une meilleure harmonie entre la vie privée et la vie professionnelle.

Comment Wojo aborde-t-il cette nouvelle façon de travailler  ?

S. B. – Nous l’abordons avec des espaces composés en grande majorité de bureaux dédiés – des postes de 2 à 4 personnes et des open spaces de 10 à 30 personnes -, mais également d’espaces de coworking calmes et d’autres plus animés. On essaie de cultiver des lieux différents, car la façon de travailler évolue dans la journée. Les collaborateurs ont tantôt besoin de lieux où interagir avec leurs collègues et de salles de réunions inspirantes pour travailler ensemble, tantôt d’endroits calmes pour s’isoler et réfléchir ou d’autres plus animés pour discuter autour d’un café le matin ou lors d’afterwork. On pousse même le bouchon jusqu’à des espaces de sieste, le tout afin de présenter une multitude de moments qui correspondent aux nouveaux usages. On veut promouvoir le plaisir au travail, sans que ce soit du “fake”.

Et à quoi ressemblent ces espaces “vraiment” inspirants ?

S. B. – Ce sont des lieux qui inspirent l’épanouissement des collaborateurs à travers un maximum de services et d’expériences émotionnelles. Nous avons résumé cela par le vocable “workspitality”. Ce qui passe en premier lieu par le design de nos sites, à chaque fois différent. Par exemple, le prochain Wojo qui ouvrira ses portes en fin d’année boulevard Malesherbes, à quelques pas de l’église de La Madeleine, aura pour thème l’esprit haussmannien, mais aussi la madeleine de Proust, le tout revisité de façon un peu pop art.

Le service prend-il aussi une part importante ?

S. B. – Derrière la “workspitality”, il y a naturellement cette notion de service. Ce qui est assez nouveau pour des lieux d’affaires. Cependant, il n’y a aucune raison de ne pas être aussi exigeant sur le service offert aux collaborateurs ou au chef d’entreprise qui viennent chez nous. L’accueil et le café matin, l’ambiance générale, les événements business, les animations quotidiennes d’ordre plus personnel comme des séances de sophrologie et des cours de yoga, des services plus basiques, mais qui n’existent pas toujours comme une restauration adaptée ou la conciergerie : tout ça part du principe de la création de valeur par le plaisir des clients. Ce regard particulier que l’on retrouve dans l’hôtellerie sur l’expérience et le parcours client, on le transpose au monde du tertiaire. Faire des lieux de travail où les gens se sentent bien, ouverts sur l’extérieur, on sait faire. On a une vraie légitimité. Trois de nos managers de sites étaient directeurs d’hôtel auparavant. Ils ont ce réflexe de faire plaisir à leurs clients.

Dans ce cadre, quelle ligne de conduite fixez-vous à vos équipes ?

S. B. – Leur rôle est d’accompagner les entreprises dans leurs besoins, de détecter leurs problématiques pour trouver des solutions parmi nos membres, que ce soit des start-up, des indépendants ou des grands groupes. A cet effet, nos équipes vont être formées pour devenir des ‘business partners’. Ce sens de la communauté fait la différence avec le monde de l’entreprise classique.