La guerre en Ukraine met en lumière le transport aérien en Moldavie

Si la guerre en Ukraine se traduit par l'arrêt temporaire de l'activité aérienne dans le pays en raison des risques de sécurité, elle profite en partie aux pays voisins. Et particulièrement à la Moldavie, nouveau hub aérien vers son voisin oriental. Et qui risque de l'être pendant longtemps encore pour les voyageurs d'affaires.
Le hall de départs de l'aéroport de Chisinau (Photo: Luc Citrinot)

Kosice en Slovaquie, Suceava en Roumanie, Lublin et Rzeszow en Pologne et Chisinau en Moldavie : la fermeture totale du trafic aérien en Ukraine depuis le début de la guerre lancée par la Russie en 2022 a des effets sur les aéroports frontaliers de l’Ukraine. Des effets d’ailleurs positifs pour ces aéroports des frontières orientales de l’Union Européenne, qui connaissent chacun depuis deux ans une augmentation régulière des vols et du nombre de leurs passagers. Le trafic passagers à Suceava est ainsi presque le double de ce qu’il était en 2019, tandis que Rzeszow au nord-est de la Pologne, aéroport le plus proche de Lviv en Ukraine, a dépassé l’an dernier le million de passagers.

Andrei Spinu, ministre de l’infrastructure de Moldavie avec Peter Baumgartner, ex PDG d’Etihad durant la conférence RMO Aviation-Event (Photo: Aviation-Event)

 

Mais la redistribution du trafic aérien est particulièrement perceptible sur l’aéroport international de Chisinau (RMO) en République de Moldavie. La plateforme s’est ainsi récemment retrouvée au coeur de la première conférence internationale sur le transport aérien en Moldavie organisée par Aviation-Event, une organisation spécialisée dans la tenue d’évènements médiatiques en Europe centrale et orientale.

Chisinau monte en puissance pour les compagnies aériennes

La conférence, qui a vu la présence à la fois de ministres et secrétaires d’état moldaves, de représentants de l’Union Européenne et du parlement allemand ainsi que des acteurs du transport aérien, a mis en évidence le développement rapide du seul aéroport international de la Moldavie. Dans le même temps, l’évènement a démontré l’importance que revêt désormais le pays comme rempart à ce qui est désormais perçu comme l’expansionnisme russe en Europe. Avec l’Ukraine, la Moldavie est en effet l’autre candidat officiel à une entrée dans l’UE, afin d’assurer son ancrage à l’ouest.

Chisinau, jusqu’à maintenant aux confins de l’Europe des Balkans, se retrouve aujourd’hui en première ligne. « On est devenu non seulement la porte d’entrée de notre pays, mais aussi celle de notre voisin ukrainien. 27% de notre trafic est constitué de voyageurs se rendant en Ukraine« , décrit Andrei Spinu, Ministre de l’infrastructure et du développement régional de la Moldavie.

L’aéroport a accueilli l’an dernier 2,84 millions de passagers, une hausse de 26% sur 2023. Selon Andrei Spinu, la plateforme devrait en accueillir entre 3,3 et 3,5 millions cette année. Avec en vue 5 millions de passagers avant la fin de la décennie. Chisinau s’affirme donc comme la principale porte d’entrée vers le sud-est de l’Ukraine, Odessa n’étant par exemple qu’à trois heures et demie de route de la frontière moldave.

(Informations: LC)

Ce positionnement a permis d’attirer une dizaine de nouvelles compagnies. Et de permettre à Chisinau de compter désormais sur un réseau de près d’une cinquantaine de destinations. La Star Alliance est particulièrement présente à travers Austrian Airlines, Eurowings, LOT Polish Airlines, Lufthansa et Turkish Airlines. Vers l’Europe francophone, FlyOne, le transporteur le plus important de Moldavie, propose de son côté une fréquence quotidienne depuis Paris CDG ainsi que Bruxelles. La compagnie a également en été trois vols par semaine depuis Nice, tandis que la low-cost HiSky relie par trois vols hebdomadaires Beauvais à Chisinau.

« Même si le transport aérien reprend en Ukraine avec le retour de la paix, l’aéroport de Chisinau va continuer de prospérer. Nous projetons d’investir de 200 à 300 millions d’euros pour la construction d’une nouvelle aérogare capable d’accueillir jusqu’à 10 millions de passagers. Nous songeons à relier l’aéroport par une ligne ferroviaire pour en faire une véritable plaque tournante multimodale. Ce sera effectué en parallèle avec la modernisation de nos lignes ferroviaires, notamment vers la Roumanie et l’Ukraine« , indique encore le ministre.

Un vent d’optimisme souffle ainsi sur le transport aérien à Chisinau, même si les incertitudes politiques demeurent. Preuve en est : en février dernier, le groupe français Lagardère organisait une conférence de presse pour annoncer son intérêt dans un appel d’offre pour des concessions commerciales sur l’aéroport. Appel d’offres que le groupe semblerait prêt à remporter, selon la presse moldave.