
Nouveau venu dans l’ASEAN et riche d’ambitions: le Timor-Leste a franchi le 20 mai dernier une nouvelle étape dans sa stratégie de développement touristique. Le pays a officiellement lancé les travaux de son futur Centre international de congrès à Dili, la capitale en présence de son premier ministre -celui là même qui avait conduit le pays à l’indépendance en 2002, Xanana Gusmao. Ce projet emblématique va renforcer son positionnement sur le marché du tourisme d’affaires avant de prendre la présidence tournante de l’ASEAN en 2029.
Implanté sur le front de mer de l’ancien port de Dili, le futur complexe comprendra un vaste centre de conventions doté de salles de conférence, d’auditoriums et d’espaces d’exposition accompagné d’un nouvel hôtel. Le projet prévoit également un important volet loisirs avec une promenade aménagée le long de la jetée, un aquarium, une grande roue, ainsi qu’un quartier dédié aux commerces, à la restauration et aux divertissements.
Cette nouvelle infrastructure constitue un élément clé des préparatifs du Timor-Leste en vue de son accession à la présidence de l’ASEAN en 2029. Elle permettra notamment d’accueillir les principaux rendez-vous régionaux liés à cette présidence, dont le Sommet des chefs d’État de l’ASEAN ainsi que l’ASEAN Travel Forum (ATF), le grand rendez-vous annuel de l’industrie touristique en Asie du Sud-Est.
« En parallèle de nos engagements au sein de l’ASEAN, ce nouveau centre de conventions donnera un élan considérable au secteur touristique du Timor-Leste en nous permettant d’organiser de grandes réunions et manifestations internationales », soulignait en janvier dernier durant l’ATF Antonio da Silva, directeur général du tourisme.
Faiblesses structurelles
Malgré ces ambitions, le Timor-Leste reste aujourd’hui l’une des destinations les moins visitées d’Asie. Le gouvernement estime que le pays a accueilli environ 45 000 visiteurs internationaux en 2025, contre 26 000 en 2024, une progression encourageante mais encore très éloignée des niveaux observés chez ses voisins d’Asie du Sud-Est.
L’adhésion officielle du pays à l’ASEAN l’an dernier nourrit toutefois l’espoir d’un changement d’échelle. Les autorités ont fixé un objectif ambitieux de 200 000 visiteurs annuels d’ici 2030, mais reconnaissent que plusieurs défis structurels devront être relevés pour y parvenir.
Les infrastructures demeurent le principal frein. En dehors de la capitale, le réseau routier reste largement insuffisant, avec de nombreuses routes en mauvais état, parfois endommagées par des glissements de terrain ou encore en chantier. Les liaisons aériennes internationales sont également limitées, ce qui se traduit par des tarifs aériens élevés : un aller-retour entre Singapour et Dili coûte au minimum plus de 600 dollars US. Autant qu’un vol sur l’Australie!
Dans un proche avenir, des vols sont prévus vers Bangkok et Kuala Lumpur mais la hausse des prix du kérosène depuis la guerre dans le Golfe a temporairement freiné les ardeurs de nouvelles compagnies aériennes.
Le secteur hôtelier constitue un autre point faible. Le Timor-Leste dispose d’environ 2 400 chambres, principalement concentrées à Dili, mais seules un peu plus de 500 répondent aujourd’hui aux standards attendus par les voyagistes internationaux, selon Antonio da Silva. Un seul établissement porte le nom d’une marque internationale : le Hilton Dili Palm Springs avec 150 chambres.
Le nouveau centre de congrès s’inscrit cependant dans un vaste programme d’investissements destiné à moderniser les infrastructures du pays d’ici 2029. Parmi les principaux projets figurent la modernisation de l’aéroport international de Dili pour 300 millions de dollars US, la transformation du port de Tibar Bay en terminal de croisière ainsi que le réaménagement du front de mer de la capitale. Avec le souhait du Timor de devenir la dernière frontière touristique de l’Asie – affaires comme loisirs.

















