
Déjà sensible depuis plusieurs années, la dynamique de développement hôtelier en Afrique n’est pas près de s’arrêter. Selon W Hospitality, le nombre de projets recensés en 2026 a connu une hausse de 12,2 % par rapport à 2025. Soit un pipeline de 675 hôtels et resorts pour un peu plus de 120 000 chambres qui viendront renforcer l’offre à travers le continent.
Au Nord, l’Egypte, poussée par les destinations loisirs de la mer Rouge comme par l’expansion du Grand Caire – la zone métropolitaine la plus courue par les hôteliers -, reste de loin le pays le plus prolifique avec 185 hôtels attendus. « L’Égypte est l’un des marchés les plus enthousiasmants pour l’investissement hôtelier dans le monde en ce moment, et pas seulement à l’échelle de l’Afrique », observe Matthew Weihs, Growth Director de The Bench.
Derrière, avec 75 établissements en préparation, le Maroc profite de l’attractivité de ses destinations phares Casablanca et Marrakech – de plus en plus courue pour les événements MICE -, mais surtout de la stratégie touristique du pays, qui vise les 26 millions de touristes d’ici 2030, au moment de l’accueil de la coupe du monde de football. En Afrique sub-saharienne, le Nigeria, avec 57 hôtels en projet, concentre la majorité des développements futurs, devant le Kenya (35), l’Ethiopie (34), l’Afrique du Sud (31), la Tanzanie (29) et le Ghana (26).

Si les « big five » – Accor, Hilton, IHG, Marriott et Radisson – concentrent 70 % des projets en cours, le continent voit s’élever de nouvelles ambitions. Parmi lesquelles celles de Hyatt qui a accéléré son développement sur le continent ces dernières années avec de luxueux Park Hyatt à Johannesbourg et Marrakech, un Hyatt Centric au Caire, des Hyatt Regency à Nairobi et Harare, en attendant d’ajouter Lagos à sa liste de destinations.
Des outsiders ambitieux
De son côté, Best Western, qui ne compte qu’une vingtaine d’hôtels à travers le continent, a fait du Maroc un terrain de conquête à travers la création, par son réseau BWH Hotels France, d’une filiale marocaine dont l’objectif est d’atteindre les 25 hôtels à l’horizon 2030. « L’idée est de mailler l’ensemble du pays comme nous l’avons fait en France, et non de se concentrer sur deux ou trois destinations », nous expliquait récemment Olivier Cohn, DG de BWH Hotels France. Huit hôtels à Casablanca, Marrakech, Ouirgane et Ouarzazate ont d’ores et déjà validés et feront leur entrée dans le réseau dès cette année.
En parallèle, Wytze van den Berg, vice-président des opérations internationales de BWH Hotels, indiquait travailler activement « sur une douzaine de projets en Égypte », l’Éthiopie et la Tanzanie étant aussi vus comme des destinations propices, en plus du Nigeria, où deux ouvertures sont prévues en 2026, celles du Best Western Premier McDons Skye et du Best Western Plus Ambience Ikeja.


De la même manière que Best Western ou Hyatt, les groupes asiatiques lorgnent sur le continent. Minor Hotels, jusqu’ici présent avec sa marque de luxe axée sur les safaris Elewana Collection, amorce son expansion dans les métropoles du continent avec à l’horizon 2030 un NH Collection à Accra, suivant le succès du NH Johannesburg Sandton, en plus d’un resort sur l’île de Pemba, en Tanzanie.
Le leader mondial de l’hôtellerie de longs séjours, le groupe singapourien Ascott, joue de son côté sur le potentiel de diversification de l’offre et l’ouverture d’appart hôtels dans les métropoles du continent. Ascott a ainsi amorcé l’an dernier son implantation au Maroc avec l’ouverture du Citadines Almaz Casablanca, prémices à six autres établissements prévus d’ici 2028, notamment d’autres Citadines à Casablanca, mais aussi à Marrakech et Tanger. En parallèle, cette expansion se diffuse au sud du continent avec des appart hôtels attendus à Abidjan, Addis Abeba, Dakar, Lagos, Nairobi et Yaoundé dans les deux années à venir.
Accor et Marriott, les plus gros des big five
Mais, naturellement, la majorité des futurs établissements proposés aux voyageurs d’affaires sur le continent africain seront le fait des « big five ». En premier lieu du groupe Marriott, qui recèle à lui seul un quart des projets en cours sur le continent avec 180 hôtels attendus. Soit presqu’autant que Hilton et Accor réunis, ses suivants sur le podium du développement en Afrique avec respectivement 109 et 88 établissements en projet. Et encore, ce chiffre annoncé par W Hospitality ne prend sans doute pas en compte l’accord-cadre récemment signé entre The First Group Hospitality et MIDROC Investment pour le développement d’une dizaine de nouveaux hôtels en Éthiopie d’ici à 2031.

Largement représenté en Afrique anglophone depuis le rachat en 2014 du groupe sud-africain Protea, l’hôtelier américain s’est tourné vers l’Afrique de l’Ouest fin 2024 avec l’inauguration du Courtyard by Marriott Dakar Diamniadio, au Sénégal. Autres premières, cette fois fin 2025, l’arrivée du groupe à Kinshasa avec ses marques Protea et Four Points by Sheraton et, en parallèle, l’ouverture du Sheraton Nouakchott. Un resort urbain doté de 200 chambres et suites et de 2600 m² d’espaces dédiés aux réunions et événements, qui a vu l’arrivée de la première marque hôtelière internationale en Mauritanie. Plus récemment, en avril, le groupe américain a aussi fait ses débuts à Madagascar avec un hôtel Delta dans le quartier d’affaires d’Antananarivo. En attendant d’ici la fin de l’année un luxueux EDITION sur le V&A Waterfront du Cap, en Afrique du Sud.
Et bien sûr, Marriott ne fait pas exception. Comme Best Western, le groupe américain s’oriente vers un réseau d’une trentaine d’établissements au Maroc. Déjà fort de 10 hôtels à Rabat, Marrakech, Fès, Tamuda Bay et Casablanca, Marriott va diversifier sa présence avec l’introduction des enseignes Four Points by Sheraton, Moxy, Residence Inn et AC by Marriott à Casablanca d’ici 2027. De quoi se rapprocher, mais à distance, de l’offre de Accor dans le royaume chérifien, forte d’ores et déjà de plus de quarante hôtels, avant ceux à venir.


En effet, si le groupe français a revendu sa participation au capital du premier groupe marocain, Risma, les liens ne sont pas distendus, bien au contraire. Leur collaboration s’est même renforcée début avril, avec plusieurs projets en commun : la création d’une académie de formation, un programme de rénovation et de repositionnement pour les établissements hôteliers existants et l’ouverture en 2027 d’un Sofitel à Tanger.
D’ici là, le groupe français aura procéder à d’autres ouvertures clés sur le continent, notamment au Maroc avec le Pullman Casablanca Bouskoura et un Mama Shelter, toujours dans la capitale économique marocaine. La marque lifestyle est aussi attendue prochainement tout au sud du continent, au Cap, avec un hôtel de 127 chambres et 68 résidences au cœur du quartier d’affaires, doté de salles de réunion et d’espaces de coworking. Autre développement majeur, celui d’un combo ibis Styles et Adagio à Abidjan, dans un complexe immobilier dans le quartier de Cocody. En attendant la renaissance du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, dont la transformation s’inscrit dans le programme de remise à neuf de la marque, les rénovations du bâtiment principal venant de s’achever.
« L’orientation générale demeure positive, soutenue par l’amélioration de la connectivité, engendrant une augmentation des arrivées, et une confiance à long terme dans le potentiel du continent », précise Agnès Roquefort, directrice générale Développement pour les marques Luxe et Lifestyle citant le Kenya, la Tanzanie, l’Égypte, le Maroc, le Nigéria, la Côte d’Ivoire ou encore l’Afrique du Sud comme les marchés les plus actifs. « Pour ses marques Luxe et Lifestyle, le Groupe se concentre sur les capitales du continent, ainsi que de grandes villes comme Dakar, Le Cap, Johannesburg, Lagos, Abuja et Nairobi. Accor développe également son offre dans les destinations touristiques comme Zanzibar et le Sénégal, et répond à la demande croissante des lodges de luxe pour safaris, principalement en Tanzanie, au Kenya et en Afrique du Sud. »
La barre des 100 pour Hilton et Radisson
« L’Afrique subsaharienne demeure une région de croissance stratégiquement prioritaire pour Hilton, où nous continuons d’observer un fort potentiel à long terme, porté par l’essor des pôles économiques, l’amélioration de la connectivité et les investissements croissants dans les infrastructures touristiques », souligne également Carlos Khneisser, directeur du développement du groupe Hilton pour le Moyen-Orient et l’Afrique.
Fort de ce constat, Hilton prévoit d’ouvrir à moyen terme plus de 100 hôtels, dont plus de la moitié en Afrique subsaharienne, pour atteindre les 180 établissements à travers le continent. Antananarivo à Madagascar, N’Djamena au Tchad, Lusaka en Zambie, Cotonou au Bénin, Lomé au Togo, Accra au Ghana : les voyageurs d’affaires fidèles au groupe américain trouveront bientôt un pied-à-terre dans toutes ces destinations.
De la même manière, après l’ouverture d’un Hilton à Brazzaville, dans le plus haut gratte-ciel du Congo, la marque va découvrir d’autres destinations comme le Gabon, dans le cadre de l’émergence d’un nouveau quartier à Libreville. Egalement attendue dans la capitale gabonaise, son enseigne Hilton Garden Inn se posera cette année à l’aéroport de Freetown, au Sierra Leone, mais aussi dans les années à venir à l’aéroport de Luanda en Angola. Sans parler de son expansion au Maroc, où Hilton entend ouvrir une quinzaine d’hôtels sous dix marques dans les années à venir avec des Tapestry Collection à Casablanca et Chefchaouen, un Curio Collection à Marrakech et plusieurs DoubleTree by Hilton à résonance business, notamment à Tetouan et Nador. Le tout s’ajoutant à l’ouverture récente du Waldorf Astoria Rabat Salé, dans l’un des plus hauts gratte-ciel du continent.


Comme Hilton, le groupe Radisson a un programme d’ouvertures bien chargé pour atteindre la barre des 100 hôtels en Afrique. Avec de nouvelles destinations en préparation au Zimbabwe, à Victoria Falls, mais aussi en République démocratique du Congo avec un Radisson Blu à Kinshasa et trois établissements à Lubumbashi, la « capitale du cuivre », avec deux hôtels Radisson et une résidence Radisson Blu Apartments.
Le groupe va aussi renforcer sa présence au Nigeria pour passer de quatre hôtels actuellement à 13 prochainement avec un développement qui ne concerne pas que Lagos, où un luxueux Radisson Collection est attendu d’ici 2029, mais aussi la capitale Abuja et des villes secondaires comme Aba et Yenagoa.
Selon Elie Younes, le directeur mondial du développement de Radisson, la croissance de son groupe s’oriente vers le renforcement de sa présence en Afrique du Sud « avec un pipeline concret en construction » et « une concentration géographique au Nigeria et au Maroc ». Avec, à venir, de nombreuses inaugurations d’hôtels d’affaires, notamment celle du Radisson Blu Hotel & Conference Center Casablanca Bouskoura, du Radisson Hotel & Apartments Rabat Technopolis, en plus d’un resort Radisson Blu à Marrakech, attendu en 2028.




















