Air Italy, nouvelle victime aérienne en Europe

Il y a deux ans, Qatar Airways lançait Air Italy pour en faire sa compagnie phare en Europe. Le 11 février, sa liquidation a été actée, confirmant ainsi la fin de règne des compagnies secondaires en Europe…

Air Italy
La liquidation d'Air Italy a été officialisée le 11 février, deux ans après la transformation de Meridiana sous la direction de Qatar Airways.

Surprenante déclaration suite à l’assemblée des actionnaires de la compagnie Air Italy ce 11 février. A 14h30, un communiqué signalait la mise en liquidation du transporteur Air Italy, anciennement Meridiana. A sa création en février 2018, l’avenir semblait en effet sourire à cette compagnie a 49% aux mains de la puissante Qatar Airways. La stratégie était simple pour le PDG de Qatar Airways, Akbar Al Baker. Air Italy représenterait rapidement le nouveau standard aérien de l’Italie avec un service modelé sur celui de Qatar Airways et un réseau de lignes moyen-courrier et long-courrier. Le positionnement d’Air Italy à Milan Malpensa allait permettre de conquérir le très lucratif marché d’affaires de la Péninsule italienne. A peine lancée, la compagnie annonçait l’ouverture de lignes sur Bangkok, Delhi, Le Caire, New York, Toronto outre quelques lignes domestiques et européennes, la plupart héritées de Meridiana. Akbar Al Baker annonçait alors qu’à l’horizon 2022, le transporteur disposerait de 50 avions – essentiellement des A350 – et qu’il compterait 10 millions de passagers, contre 1,94 millions en 2018.

Une compagnie restée marginale

Si l’on s’appuie sur les statistiques de trafic passagers en Italie de l’aviation civile, Air Italy arrivait seulement en treizième position, loin du quatuor Ryanair (37,88 millions de passagers en Italie), le groupe Alitalia (21,98 millions de passagers), easyJet (18,48 millions) et Vueling (6,24 millions). Même le groupe Air France/KLM avait un trafic plus élevé qu’Air Italy avec 4,88 millions de passagers en 2018…

La compagnie n’a jamais réussi ainsi à sortir du rouge : 164 millions d’euros de pertes en 2018, plus de 200 millions pour l’année fiscale 2019. Des résultats négatifs liés à de nombreux facteurs : lancement de la marque et de nouvelles lignes, interdiction de vols des 737MAX – forçant Air Italy à louer d’autres avions – et mauvaise santé économique en Italie et dans le monde.

Enfin, l’absence de stratégie de hub entre Europe et reste du monde à Milan Malpensa a empêché Air Italy de s’imposer comme une nouvelle alternative a des hubs établis de longue date comme Munich, Paris CDG ou tout simplement… Rome Fiumicino, fief d’Alitalia.

En 2019, le transporteur fermait ses lignes sur l’Asie puis réduisait son réseau US, rétrocédant l’un de ses cinq Airbus A330. Au 1er février, le transporteur n’exploitait dans sa flotte que neuf appareils en propre.

Un Qatar sans pouvoir

Air Italy recherchait depuis plusieurs mois de nouveaux financements nécessaires à la poursuite de son activité. Aucun accord n’a pu être trouvé pour un plan de relance qui prévoyait un engagement financier immédiat d’environ 340 millions d’euros à répartir entre l’Aga Khan et l’actionnaire minoritaire Qatar Airways.

La compagnie qatarie se trouve en fait en situation de porte-à-faux. En augmentant sa participation au capital de l’entreprise, elle serait devenue actionnaire majoritaire, ce qui aurait fait perdre à Air Italy son statut de compagnie aérienne de l’Union Européenne. Ce statut avait déjà été mis en doute par la Maison Blanche aux Etats-Unis sous le lobbying des transporteurs américains. Ces derniers ont tenté de bloquer par tous les moyens l’expansion d’Air Italy aux Etats-Unis, sous le prétexte qu’autoriser des vols de la compagnie italienne était en fait autoriser tacitement Qatar Airways, L’embargo a plutôt porté ses fruits en refroidissant les velléités d’expansion outre-Atlantique des actionnaires d’Air Italy.

Pour les passagers, Air Italy va continuer d’assurer ses vols jusqu’au 25 février en affrétant divers appareils d’autres transporteurs pour acheminer les passagers. Au-delà de cette date, tous les passagers ayant réservé des vols dont le départ est postérieur au 25 février seront réacheminés ou remboursés intégralement, est-il indiqué dans un communiqué.

Dans une prise de position publique, la Ministre des Transports Paola de Micheli a déclaré que cette décision était inacceptable car elle n’avait pas été préalablement discutée avec le gouvernement. Selon la ministre, une solution alternative aurait pu être trouvée tandis que cette disparition allait peser lourdement sur le trafic aérien en Italie, notamment à Milan et en Lombardie, terre ô combien favorable aux sirènes du populisme. Il y a peu de chances que les actionnaires d’Air Italy fassent un rétropédalage mais qui sait ? Le « Miracle à l’italienne » existe…