Baromètre IFTM-Kactus : le point avec Arnaud Katz

Le baromètre IFTM-Kactus est publié aujourd'hui pour décrypter les grandes tendances sur le marché français du MICE. Arnaud Katz, CEO de Kactus, partage son analyse de l'étude.
Le baromètre IFTM-Kactus fait le point sur les grandes tendances du MICE en France
Le baromètre IFTM-Kactus fait le point sur les grandes tendances du MICE en France

Pour cette deuxième édition, comment avez-vous affiné ce baromètre MICE IFTM-Kactus ? 

Arnaud Katz – Nous avons ajouté plusieurs grandes briques, en particulier le volet RSE, que certains avaient pu nous reprocher l’an dernier de ne pas avoir assez intégré. Nous avions jeté les bases l’an dernier, et là nous avons un baromètre véritablement complet. Nous n’avions jamais été aussi loin dans l’analyse, avec une étude d’une soixantaine de pages. Nous avons par exemple fait témoigné Clef verte, un label de référence en matière de RSE. Nous avons aussi analysé l’impact des JOP Paris 2024, ainsi qu’une analyse de la saisonnalité. Nous avons notamment décrypté les écarts entre les jours de la semaine, pour donner des indications aux responsables des réservations en termes de flexibilité.

Quelle évolutions retenir du paysage MICE made in France ?

Arnaud Katz – Parmi les grandes tendances à retenir, je citerai évidemment les évolutions tarifaires. Les prix ont encore sensiblement augmenté. C’est un véritable sujet, quand on voit par exemples une hausse de 15% sur les journées d’étude, 11% sur les soirées d’entreprises, ou encore 5% sur les séminaires résidentiels. L’inflation continue, alors que parallèlement les entreprises sont beaucoup plus attentives. Il y a beaucoup plus de stratégies d’optimisation des coûts qu’auparavant.

L’étude montre notamment que les réservations « dernière minute » ont cédé la place à plus d’anticipation…

Arnaud Katz – Exactement. L’anticipation est devenue la règle, pour profiter de plus de disponibilités et de choix, d’éléments de comparaison… et donc de négociations. Cela se ressent d’ailleurs sur le volet RSE. On se rend compte que les entreprises ne sont pas prêtes à payer davantage pour un événement responsable. Les entreprises sollicitent de plus en plus de devis qui intègrent une composante RSE, mais à l’heure de payer, elles optent pour le moins cher. Le premier critère assumé aujourd’hui, c’est le prix. Les décideurs ne choisissent pas un lieu parce qu’il est en phase avec une politique RSE. Au mieux, c’est un bonus.

L’étude pointe aussi un certain manque de valorisation de la composante RSE des espaces événementiels…

Arnaud Katz – Tous les lieux sont en train de se mettre en conformité avec les exigences RSE. Mais il y a forcément des incidences sur le prix. L’adhésion à un label aide à valoriser cet effort, mais cela suppose de fonctionner en circuit court, de privilégier le bio, etc. Et in fine, cela entraîne mécaniquement des tarifs plus élevés.

Dans ce baromètre, seul le témoignage de la SNCF pointe une compatibilité entre RSE et économies…

Arnaud Katz – Effectivement. Mais ce qui est surtout très intéressant dans le cas de la SNCF, c’est que l’axe qui se développe le plus concerne le sud de la France. Globalement, le rail performe de mieux en mieux au global, et les gens acceptent de plus en plus de faire 6 h de train pour aller jusqu’à à Nice. Cela a peut-être été imposé par des entreprises au détriment de l’avion.

Quel est le rôle de Kactus ou d’autres plateformes pour aider le RSE a décoller ?

Arnaud Katz – Aujourd’hui, nous n’avons aucun impact sur le choix entre l’avion et le train pour un événement dans le sud de la France. Par contre nous mettons véritablement en avant la dimension RSE des lieux événementiels. Notre plateforme permet par exemple de filtrer la recherche pour n’afficher que les lieux qui disposent d’une certification RSE. C’est aussi notre travail de valoriser ces efforts.

On voit pourtant que seuls 15% des événements sont organisés dans des lieux certifiés d’après le baromètre…

Arnaud Katz – Effectivement. Les entreprises ne sont tout simplement pas prêtes à payer. Les acheteurs subissent de grosses pressions sur les coûts actuellement. Le baromètre montre que choisir des prestataires responsables implique des dépenses supplémentaires, à hauteur de 18 à 20% pour des prestataires certifiés RSE. C’est énorme au regard des tarifs. Par exemple, pour un séminaire résidentiel, le coût moyen par participant atteignait 376 euros en 2023, et 115 euros pour une journée d’étude en moyenne. Si l’on ajoute le surcoût RSE, les entreprises font rapidement le calcul…

Autre sujet majeur abordé par le baromètre : Paris 2024. Que retenir de l’effet JO sur le MICE ?

Arnaud Katz – Ça a été assez catastrophique… Il y a eu un petit exode depuis Paris vers d’autres régions (PACA, Rhône-Alpes, Auvergne). Mais globalement les volumes sont en baisse.

Est-ce vraiment surprenant, au regard du « JO bashing » qui a précédé l’événement ?

Arnaud Katz – Là où nous avons tous été surpris, c’est que la chute a débuté dès le mois de mai. Les JO commençaient fin juillet. En théorie, cela aurait pu n’avoir aucun impact sur le MICE. Je passais mon temps à répéter qu’il n’y aurait pas d’impact dans la mesure où les entreprises seraient déjà toute en vacances le 26 juillet. Il était très difficile d’anticiper que l’événement allait tuer le mois de juin. Et la réalité c’est que beaucoup de nos partenaires ont vraiment souffert car ils n’ont pas pu vendre leurs lieux pour les soirées d’été en juin. Les péniches, les rooftops et tous les espaces qui vivent de cette activité en ont souffert, avec en outre une météo catastrophique… Le deuxième trimestre a donc été particulièrement déceptif pour le MICE français. Certains en ont un peu profité, je pense notamment à certains lieux qui ont accueilli des événements liés aux JO, ou au report vers les régions. Mais globalement, l’effet a été vraiment négatif.

Dans le baromètre, un acteur comme Accor fait pourtant le pari d’un impact positif sur la fin 2024 et sur 2025. Comment l’expliquer ?

Arnaud Katz – Cela s’explique en partie par le report des événements qui n’ont pas eu lieu pendant cette parenthèse olympique. On constate notamment une légère augmentation des soirées sur le mois de septembre par rapport aux années précédentes. La vraie question c’est : « que va-t-il se passer maintenant ? ». Va-t-il y avoir une émulation post-JO sur Paris, avec des entreprises étrangères qui avaient tendance à éviter Paris et qui vont revenir grâce à l’effet JO ? Nous attendons de voir. C’est ce que l’on attend, ce que l’on pressent, ou du moins ce que l’on espère tous.

Au-delà de l’effet JO, le baromètre semble pointer une décentralisation progressive du MICE en France, depuis Paris vers les régions…

Arnaud Katz – Complètement. Il y a un rééquilibrage indéniable, à l’exception de la journée d’étude. D’année en année, les séminaires résidentiels se décentralisent depuis la sortie du COVID. Certaines régions en profitent vraiment, notamment le sud-est, le sud-ouest ou la région lyonnaise. Les Hauts-de-France surfent aussi sur cette tendance, avec une destination particulier : Chantilly. Chantilly est en train de développer depuis quelques années une expertise sur le MICE qui est impressionnante. Cela s’inscrit aussi dans une tendance que nous avions déjà repérée l’an dernier : les séminaires au vert s’imposent comme une tendance durable, qui s’installe dans la durée, qui grignote des parts de marché.

Comment se traduit concrètement la maturité qui gagnerait la gestion du MICE, dont témoigne le baromètre ?

Arnaud Katz – Cela repose notamment sur le fait que toutes les entreprises recrutent désormais des acheteurs MICE, ou en tout cas une personne est identifiée pour la gestion de ce volet au sein des grands groupes. C’est souvent le Travel qui le porte, ou parfois un acheteur indépendant. Dans un cas sur deux, c’est l’acheteur travel qui se charge aussi du MICE. Cette plus grande maturité se traduit aussi par le taux d’équipement en solution MICE. Tous les grands groupes du CAC 40 ont adopté une solution MICE, où sont en train de le faire. Il y a une professionnalisation : aujourd’hui, les experts veulent comprendre ce qu’il se passe. Ils ont compris l’enjeu financier, et ne veulent plus que cela soit incarné par des notes de frais. C’est bien la preuve d’une maturité qui se généralise. De même que l’offre est maintenant très qualitative sur le MICE. Les offres sont claires, packagés. Quand on travaille avec des hôteliers, ils savent maintenant travailler avec des acteurs comme Kactus ou autres. C’est beaucoup plus fluide, le MICE devient une catégorie qui se distribue, comme les autres catégories du Travel.