
Que doit-on attendre de l’événement Fusion Exchange Paris organisé par Concur ?
Damien Palausi – Il y aura différents ateliers, notamment sur l’actualité produits, sur le travel & expense. L’événement reprendra globalement les éléments qui ont été évoqués à Fusion US, à La Nouvelle-Orléans. L’idée, c’est de montrer deux axes principaux : continuer à avancer sur l’amélioration de l’expérience utilisateur et sur la conformité, notamment avec ce qui se profile avec la facture électronique. Ce sont les grands axes de notre roadmap chez Concur : compliance, expérience utilisateur, et visibilité des données.
Quelle est la principale actualité du moment pour SAP Concur ?
Damien Palausi – S’il y a bien une chose à retenir de Concur ces temps-ci, c’est Joule. C’est à la fois un assistant avec qui on va pouvoir discuter, mais c’est aussi de l’IA intégrée – transparente, invisible – qui va faciliter la réservation et la note de frais. On a lancé Joule sur Concur en octobre 2025 et il est possible de commencer via une solution SAP, que ce soit l’ERP ou nos solutions RH, et de poser quand même une question sur ses notes de frais ou ses voyages. Joule va comprendre le contexte de la question et y répondre, ou amener directement l’utilisateur sur Concur ou une autre solution SAP. C’est vraiment la grosse avancée technologique de SAP ces derniers mois.
Quelles en sont les applications concrètes pour les voyageurs ?
Damien Palausi – Plus récemment, ce que je trouve aussi très fort, c’est l’intégration entre Joule et les outils Microsoft comme Teams et Copilot. Pour tous nos clients qui utilisent ces outils – et il y en beaucoup -, ça va leur permettre de discuter avec Joule, et donc avec Concur, mais hors Concur. C’est assez puissant pour ceux qui font une note de frais ou un déplacement par an, qui ne connaissent pas trop la solution, qui ne savent pas où trouver Concur parmi toute la galaxie de solutions qu’il peut y avoir chez le client. Ils ont juste besoin de lancer l’agent Joule dans Copilot et de dire : « Aide-moi à faire ma note de frais, aide-moi à réserver un voyage à Orlando de telle date à telle date. » Pour moi, c’est vraiment le socle sur lequel se repose la suite, puisque dans la roadmap, beaucoup de choses s’appuient sur Joule.
Quelles sont les prochaines fonctionnalités à venir, justement ?
Damien Palausi – Sur la partie travel, Joule permet aujourd’hui de réserver un voyage. D’ici le mois de juin, on va pouvoir aussi modifier le voyage. On y va brique par brique. Et l’utilisation de cet assistant pour la réservation et la modification du voyage est gratuite. Après, il y aura des fees pour des fonctionnalités qui vont plus loin, mais de base, tous nos clients peuvent gratuitement passer par cet assistant. Toujours en ce qui concerne l’expérience utilisateur, on va aussi pouvoir aussi intégrer des éléments de la politique d’entreprise. Le collaborateur pourra demander à Joule : « Je pars à Berlin, quel est mon city cap sur les hôtels, le plafond pour les restaurants ? » Et Joule va aller chercher dans la documentation du client pour donner la bonne réponse.
Et sur Complete, votre solution en alliance avec Amex GBT ?
Damien Palausi – Joule est maintenant disponible dans Complete. Au 2e trimestre, on va aller un peu plus loin en intégrant dans Joule les équipes support humaines d’Amex GBT. Un utilisateur pourra commencer à discuter avec Joule, donc avec l’IA. Et si la question est complexe ou demande un support humain, automatiquement, Joule va basculer vers le support humain d’Amex GBT, pour une expérience sans couture, « seamless ». Il y a aussi eu très récemment l’intégration entre Concur Expense et Egencia. Au-delà d’une intégration basique d’envoi de données de voyage, on va aussi intégrer les reçus électroniques, pour que la note de frais puisse être complète directement avec toutes les infos d’Egencia. On aura quasiment la même expérience avec Concur Travel ou avec Egencia.
Y a-t-il aussi des nouveautés sur les paiements ?
Damien Palausi – Oui, il y a beaucoup d’actualités. Sur les cartes virtuelles, nous avons longtemps travaillé avec Conferma. Aujourd’hui, nous travaillons directement avec les banques. Ça se déploie notamment avec Amex – ce sera disponible au 2e trimestre – pour que les admins puissent facilement créer des cartes virtuelles pour les collaborateurs. Ça permet d’éviter des avances sur frais ou des programmes cartes qui peuvent coûter cher. Surtout, ça améliore la conformité, puisqu’on aura tous les éléments de dépenses qui remonteront directement de la carte virtuelle. Il y aura aussi des notifications en temps réel – notamment via le réseau MasterCard.
Ce qui nous amène à la facture électronique, réforme majeure attendue au 1er septembre…
Damien Palausi – Exactement. Concrètement, toutes les entreprises vont devoir avoir des plateformes agréées qui vont créer et recevoir les factures électroniques. Un collaborateur qui paiera demain un restaurant ou un hôtel devra demander une facture électronique, donner des informations sur sa société et sur son matricule. Dès que la facture électronique sera émise, ça sera envoyé à la plateforme agréée de l’entreprise qui va la recevoir. Et automatiquement, on aura une connexion avec Concur : la plateforme enverra la dépense à Concur et créera la dépense. Le collaborateur n’aura même plus besoin de prendre de photo. Toutes les données remonteront automatiquement.
Etes-vous prêts pour cette étape majeure ?
Damien Palausi – Nous sommes en train de tout finaliser. Le processus est établi, reste l’interface technique entre Concur et les plateformes agréées. Après l’Allemagne, la Belgique et la Pologne, nous serons prêts pour le marché français au 1er septembre.

Revenons sur le rapprochement avec Amex GBT. Est-ce que les IA de Concur et d’Amex se nourrissent l’une l’autre ?
Damien Palausi – Sur Complete, pour l’instant, c’est Joule qui est présent. Dans la roadmap, Joule sera enrichi par des éléments d’Amex GBT. Et c’est là d’ailleurs où Concur Travel va un peu se différencier de Complete : Concur Travel restera sur les technologiess de Joule, là où Complete va s’enrichir d’éléments complémentaires d’Amex GBT. Par rapport à Egencia, ce sont vraiment deux outils distincts. Egencia a son propre chatbot qui permet, exactement comme Joule, de faire les réservations. Ce qu’il faut voir entre Egencia et Concur Expense, c’est vraiment une intégration qui va assez loin, puisqu’on aura aussi les e-receipts, ce que d’autres solutions de notes de frais ne font pas.
Ce rapprochement entre Concur, Amex, Egencia et CWT n’inquiète-t-il pas le marché ?
Damien Palausi – Ça pose des questions chez nos partenaires agences. Mais depuis le début, nous sommes clairs. En interne, on a vraiment toujours des discussions avec nos partenaires historiques. Concur Travel reste un outil à part entière. C’est clairement pour répondre à des acteurs comme Navan qu’on a une solution plus intégrée, qui permettra d’aller plus vite et plus loin. Le problème, c’est que si l’on doit se mettre d’accord avec toutes les agences de voyage pour développer de nouvelles fonctionnalités, ça prend beaucoup de temps. L’idée de l’alliance avec Amex GBT, c’était surtout de proposer à nos clients d’aller plus vite sur les nouveaux usages. Mais nous gardons l’indépendance de Concur Travel, qui restera un outil à part entière, sur lequel on continue de développer. Nous avons différents clients qui n’ont pas envie de travailler avec Amex GBT. C’est pour ça qu’il est important de continuer à investir sur Concur Travel et sur nos relations avec les autres partenaires. Il y a eu des discussions avec nos partenaires. Mais tout s’est bien apaisé. Tout le monde comprend où l’on veut aller. Et je dis ça aussi parce que ce n’est clairement pas un rachat.
Parlons RSE et empreinte carbone. Comment Concur se positionne sur ce dossier ?
Damien Palausi – Nous avons un partenariat avec TrustCarbon : nous leur envoyons les données pour qu’ils consolident ces éléments. On a aussi quelques fonctionnalités en interne, notamment sur les frais kilométriques : la visibilité et le calcul des émissions carbone, en distinguant véhicule électrique et thermique. Il y avait aussi dans les cartons un module de suivi budgétaire CO₂ – se fixer un budget carbone par entité et voir comment il est impacté par les vols, les frais kilométriques, etc. Mais je ne l’ai toujours pas vu dans la roadmap. Pour être honnête, il y a deux ans, nous avions deux axes stratégiques : l’IA et la sustainability. Maintenant, c’est l’IA. Sincèrement, la sustainability n’intéresse plus autant nos clients. Quand on essayait de pousser ces sujets lors d’événements, ça n’intéressait pas vraiment. C’est triste, mais c’est la réalité. Aujourd’hui, on se repose vraiment sur nos partenaires, notamment TrustCarbon, et les agences de voyage qui ont souvent une information plus riche.
Et sur le duty of care, la sécurité des voyageurs, dans un contexte international tendu ?
Damien Palausi – C’est la même logique. Il y a six ans, nous avions sorti une solution qui s’appelait Locate, une sorte de dashboard pour savoir où étaient les voyageurs en cas d’alertes. On s’est rendu compte que ça n’avait pas vraiment intéressé nos clients. Aujourd’hui, un peu comme pour TrustCarbon, on s’appuie sur des partenaires comme International SOS et sur les agences de voyage, et l’on enrichit avec des données expense. On avait investi sur ces solutions-là, ça n’a pas trouvé son marché, donc on s’appuie maintenant sur des partenaires qui sont meilleurs que nous. Chacun son métier.
Comment une entreprise fait-elle son choix aujourd’hui dans le paysage du travel and expense ?
Damien Palausi – La première question à se poser, c’est le scope géographique : suis-je une société franco-française ou un groupe international ? Si c’est international, les besoins d’accompagnement sont assez particuliers — est-ce que l’OBT et l’outil d’expense vont pouvoir prendre en compte des besoins locaux souvent très complexes, que même la société ne connaît pas toujours ? Et puis, comment est traité le support. Et ce qui est beaucoup plus important qu’avant, c’est l’expérience utilisateur.
L’historique de SAP Concur n’est-il pas un handicap face à des concurrents plus récents, qui prônent un certain « jeunisme », et intègrent l’IA depuis le début ?
Damien Palausi – La force de Navan, c’est qu’ils sont à la fois OBT et agence de voyage. Pour les sociétés mid-market, c’est un contrat en moins, c’est plus simple à gérer. Et franchement, c’est un discours que j’entends. On a effectivement souffert un temps de l’ancienne version de Concur Travel, qui pouvait faire un peu vieillotte. Avec New Concur Travel, on a fait un bond en avant, même s’il a mis du temps à sortir, segment par segment. Maintenant, avec Joule, on est au niveau. Et d’ici cet été, avec notamment la SNCF qui sera enfin disponible sur Concur Travel, on sera au niveau.
Reste le nerf de la guerre : l’aspect financier…
Damien Palausi – Oui, la différence se fait aussi sur le pricing, Navan étant assez agressif, et sur le besoin d’accompagnement. Pour des besoins simples, des entreprises franco-françaises, c’est souvent suffisant. Pour des besoins plus complexes, un couple OBT-agence de voyage a quand même plus de sens.





















