Le trafic aérien entre la Chine et l’Europe en danger

L’interdiction de voyager pour les groupes de touristes chinois, élargie aux voyageurs individuels, va certainement se traduire par la réduction du nombre de vols entre Chine et Europe.

Air China
L’épidémie de coronavirus va porter un coup sérieux à la croissance exponentielle des déplacements entre Chine et Europe, et à leurs retombées économiques...

La décision des autorités chinoises ce mardi matin de recommander à la population de cesser tout voyage à l’étranger va avoir des conséquences extrêmement négatives sur le plan économique, l’industrie du tourisme étant bien évidemment aux premières loges. En 2018, le nombre de Chinois se rendant à l’étranger avait atteint 149 millions, contre 10,5 millions en 2000. Surtout, ces voyageurs ont dépensé en 2018 plus de 277 milliards de dollars, loin, très loin devant les dépenses des Américains (144,2 milliards de dollars), des Allemands (94,2 milliards de dollars) et bien sur des Français (47,9 milliards de $). Une manne qui pour l’instant s’évapore.

Si l’Asie sera le continent le plus touché par la disparition provisoire des visiteurs chinois (on comptait par exemple plus de 51 millions de Chinois sur la région administrative spéciale de Hong Kong en 2018 et plus de 10,5 millions en Thaïlande), l’Europe ne sera pas épargnée. Selon la China Tourism Academy (CTA), plus de six millions de voyages de visiteurs chinois ont été enregistrés vers l’Europe en 2018 tandis que sur les six premiers mois de 2019, ce chiffre était en hausse de près de 8%. L’Europe est de fait la destination qui connait le plus fort taux de croissance auprès des voyageurs chinois et se classe en seconde position après l’Asie.

Près de deux millions de Chinois se sont rendus en Europe de l’Ouest en 2018, la France faisant partie des cinq pays les plus populaires avec l’Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suisse selon CTA. En 2018 et au premier semestre 2019, la France était la première destination MICE des Chinois, toujours selon CTA.

L’afflux de touristes chinois sur le continent européen explique le nombre croissant de lignes aériennes directes depuis et vers l’Europe. Selon l’aviation civile chinoise CAAC, en 2019, il existait 140 lignes aériennes entre la Chine et l’Europe dont 101 proposées par des compagnies aériennes chinoises. Les transporteurs chinois constituaient approximativement 55% des capacités en sièges l’an dernier.

Selon les dernières statistiques de la CAAC datant de 2018, 15 millions de passagers ont voyagé par avion entre la Chine et l’Europe. Ce nombre augmente d’environ 10 % par an et 2019 ne dérogerait pas a priori à ce taux de croissance.

La croissance aérienne enrayée par le virus

L’expansion du trafic aérien entre Europe et Chine s’est accélérée depuis 2015 avec une hausse de 77% du nombre de lignes. Selon une étude de l’Institut de Recherche de l’Aviation basé au Royaume-Uni, ce fort accroissement du trafic est essentiellement dû au développement rapide de l’économie chinoise. A la hausse du pouvoir d’achat d’un nombre croissant de Chinois correspond un nombre plus élevé de voyageurs vers l’Europe. Le nombre de vols directs reliant les villes chinoises aux villes européennes est ainsi passé à 34 en 2018 et 80 % des nouvelles liaisons aériennes ouvertes depuis 2017 concernent des villes chinoises secondaires.

En 2019, quatre nouvelles compagnies aériennes chinoises et six autres villes chinoises ont bénéficié de nouvelles lignes aériennes vers l’Europe, Air China ayant par exemple ouvert un Pékin-Nice l’an dernier. Le groupe Air France-KLM est présent sur six villes de Chine continentale dont notamment les villes secondaires de Hangzhou (KLM) et Wuhan (Air France). Paris CDG est de fait l’une des principales portes d’entrée européennes sur la Chine avec près de trois millions de passagers annuels et cinq compagnies aériennes offrant 200 vols hebdomadaires.

Chine Europe
Evolution du nombre de lignes aériennes entre l’Europe et la Chine 2010-2019 (Source : Institute for Aviation Research UK avec OAG – base juillet de l’année citée)

Parmi les opérateurs européens les plus actifs sur la Chine figurent également le groupe Lufthansa et Finnair tandis que coté chinois, c’est l’ensemble des compagnies du groupe HNA (incluant Hainan Airlines et Beijing Capital Airways) qui dominent avec 31 lignes suivi par Air China et sa filiale Shenzhen Airlines avec 29 lignes, China Southern/Xiamen avec 19 lignes et finalement China Eastern avec 18 lignes.

La disparition des touristes chinois qui représentent souvent jusqu’à 80% de l’ensemble des passagers, pourrait mettre en péril ces routes vers des villes secondaires. Difficile en effet de rentabiliser un Francfort-Shenyang ou un Amsterdam-Xiamen.

En 2019, un accord de coopération commercial aérien a été conclu entre Chine et Europe permettant à toute compagnie de l’Union Européenne de desservir la Chine depuis n’importe quelle ville de l’UE. Si l’Union Européenne venait à finaliser un accord sur une coopération officielle avec la Chine dans l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative), elle s’accompagnerait certainement d’une densification des liaisons aériennes entre les deux continents. Marseille est par exemple sur les rangs pour devenir la tête de pont maritime de la Route de la Soie pour l’Ouest méditerranéen. Cependant, la France et l’Allemagne demeurent encore réticentes à cette participation active au sein des Nouvelles Routes de la Soie. L’épidémie de coronavirus reste pour le moment le grain de sable dans cette belle mécanique de croissance.